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Attention, une discrimination peut en cacher une autre !

Les femmes de pouvoir posent un vrai défi. En effet, elles contreviennent aux stéréotypes les plus communément admis des femmes discriminées et renvoyées aux fonctions subalternes, si ce n’est pas simplement à leurs fourneaux et bébés. En même temps, ayant traversé le fameux plafond de verre, les femmes de pouvoir devraient sereinement profiter de leur position chèrement acquise et même permettre aux autres femmes d’accéder également à des fonctions valorisantes.

Or, il n’en est rien. L’idée très répandue dans la littérature scientifique féministe qu’une société régie par les femmes serait bienveillante obéit également à un stéréotype : celui de la femme douce, bienveillante et dévouée.

Or, il apparaît qu’être une femme de pouvoir, ce n’est certainement pas mener une vie sereine et la discrimination continue  à être active, mais d’une autre manière. Parfois, souvent même ce sont les femmes elles mêmes qui discriminent d’autres femmes.

Les femmes ont le choix : soit reprendre les stéréotypes masculins les plus machos et se comporter comme un homme, soit se retrouver à devoir prouver en permanence leur valeur en en faisant toujours plus, en ne s’autorisant aucune erreur ou faiblesse (la perfection est leur seul objectif), tellement dévouées à leur travail qu’elles doivent renoncer à une vie privée « normale » et en particulier à vivre pleinement leur maternité.

Face à un tel « choix » imposé par une société phallo-centrée, les femmes qui réussissent sont celles qui, d’une manière ou d’une autre, obéissent à l’image du pouvoir comme une fonction agressive et violente. Elles en « imposent » tout autant que les autres. Parfois mêmes elles en imposent plus car elles doivent prouver leurs capacités au commandement, parce qu’elles sont femmes, là où un homme n’aurait rien à prouver. Elles doivent également renoncer à être aimées et à avoir des enfants (ou du moins à les élever). Les premières femmes à occuper des postes importants (professeurs, médecins…) étaient célibataires sans enfants (1920-1930) et légèrement suspectes.

 

En fait, lorsqu’on va rechercher l’origine de la construction sociale des stéréotypes de genre qui sous-tendent les discriminations des femmes, on tombe sur l’idée d’une « nature » féminine au rôle social bien définis.

La femme est épouse et mère. C’est à dire belle (pour être choisie par un mari), physiquement fragile (pour ne pas pouvoir se révolter) et donc dépendante de la force physique des hommes, serviable et douce pour soigner et prendre soin de sa famille, intuitive (car plus proche de la nature qu’elle subit tous les mois ou qu’elle porte pendant 9 mois), relationnelle (elle parle, elle n’agit pas), et n’aime pas la violence (elle a moins de testostérone qui rend agressif) et… un peu moins intelligentes. Ainsi, la femme reste fatalement dominée, ne pouvant opposer qu’un discours de conciliation et de pacification à la violence des hommes.

Or, l’histoire et les mythes (qui retranscrivent les fantasmes sociaux) nous montre des femmes très différentes. Des femmes violentes (Médée), puissantes (Catherine de Russie, Élisabeth Ière d’Angleterre), indépendantes et libres (Artemisia Gentileschi), solides et combatives (Jeanne d’Arc), cassantes et autoritaires (Mme Thatcher)…

Dans les pays mêmes où les femmes sont les plus opprimées par la culture, on trouve des maîtresses femmes que les hommes respectent et dont ils ont peur (la Mama italienne, la Mère juive (madame Proust ou la mère de S. Freud), la mère d’un fils dans la culture arabe, la reine-mère en Occident). Ces femmes ont acquis un pouvoir qui leur permet d’imposer leurs décisions bien mieux qu’un homme, comme de choisir elles mêmes l’épouse de leur fils (Haifaa Al-Mansour, film Wadja, 2012).

Car le pouvoir appelle toujours un contre-pouvoir (Bourdieu, 1985). Il n’y a pas de domination naturelle dans le monde des être humains. La spécificité des êtres humains est d’être uniques et non réductible à un comportement d’espèce et de genre. La liberté du choix d’agir, de penser et de s’exprimer est ce qui différencie radicalement les animaux des hommes. La nature humaine est d’entraide, non de domination. Fragile, avec comme arme de défense que son cerveau, l’être humain doit pouvoir compter sur ses semblables pour survivre. Et le plus fragile, le plus petit ou le plus handicapé peut être aussi le plus intelligent. Lorsque les ressources ne manquent pas, cette collaboration peut se mettre en place et la société s’organisera autour de l’échange, du partage et du vivre ensemble. La domination masculine ne date que du néolithique. Il semblerait que les âges de la Grande Chasse du paléolithique aient vu se développer pendant presque 20 000 ans, une société humaine bien plus égalitaire et collaborative (Falabrègues, 2013).

Dans un contexte de pénurie, que ce soit en ressources ou en partenaire, la compétition se met en place et la société, en organisant les rapports entre les être humains va imposer des hiérarchies et des rôles sociaux et de genre. Mais on voit bien, en observant la diversité des cultures que ces rôles n’ont rien de « naturels ». Ils ne sont pas inhérents à la nature humaine mais construits pour répondre à un objectif social déterminé : être plus fort pour s’attribuer la plus grosse part de ressources.

Il en est de même pour les hommes et les femmes. Parfois ce sont les hommes qui dominent, parfois ce sont les femmes. L’existence même de sociétés matriarcales prouve que la domination masculine n’a rien de « naturel ». C’est un choix social.

La domination est toujours une construction sociale imposée par les circonstances qui ont obligé les catégories dominées à accepter le pouvoir des dominants contre sa protection ou un autre avantage. Pour autant, les dominés vont développer un contre-pouvoir occulte, masqué et chercher à renverser la domination qui leur est imposée.

Dans les sociétés patriarcales des premiers villages, les femmes vont ainsi, et au fil des siècles, développer des contre-pouvoirs : la séduction de la jeune fille, la puissance de la mère castratrice, et peu à peu, vont exclure les hommes de la parentalité comme incompétents avec les enfants. La « mâle peur » devant la sexualité féminine (interdite pour rassurer les hommes), les sorcières des contes populaires, les blagues sur les belles mères autoritaires et les blondes stupides sont des transcriptions de cette puissance occulte.

D’autres femmes se sont simplement affirmées libres, intelligentes et puissantes et ont pu s’imposer dans un monde d’homme sans renoncer à leur propre féminité. Artémisia a été la première femme peintre de l’Académie de Florence, a eu un mari, des amants et des enfants et recevait de grosses commandes pour faire marcher son atelier. Se sentir puissante est le meilleur moyen d’être reconnue comme telle. La puissance n’est pas le pouvoir. Elle suppose la liberté et permet la rencontre d’une autre puissance pour la création d’un couple égalitaire (Pinkola Estes, 1996).

Accepter la domination des hommes comme un fait naturel revient à s’y soumettre. Lutter contre la discrimination des femmes au travail, c’est exiger un salaire égal à celui des hommes pour un même travail comme une évidence, c’est se savoir forte et renoncer à se plaindre et à accuser les hommes. Tout le monde n’en est pas capable. Tout le monde n’en a pas envie.

Parce que, justement, chacun est différent et la multiplicité des désirs, des besoins et des personnalités font que certains (hommes ou femmes) peuvent avoir envie de diriger, d’autres (hommes ou femmes) de s’occuper de son foyer, d’autre encore (hommes ou femmes) de se bâtir une vie harmonieuse entre travail et enfants. La frontière des rôles sociaux n’est pas entre les genres mais entre les individus. Les femmes peuvent être mères, mais les hommes peuvent être pères. Les femmes peuvent être chefs et les hommes aussi.

La fin des discriminations permettrait à chacun de choisir sa vie en fonction de ses désirs spécifiques et non en fonction de stéréotypes erronés qui imposent au sujet les rôles (ou contre rôles)  de son genre, de son ethnie, de sa religion ou toute autre catégorie.

A la discrimination des femmes au travail répond la discrimination des hommes dans leur fonction paternelle. Elle crée frustration et agressivité là où devrait s’organiser une collaboration sereine. Remplacer la domination par une autre n’a aucun sens. L’égalité s’est accepter chacun pour ce qu’il est, quel que soit son sexe et bâtir ensemble une société équilibrée, naturelle.

 

 

 

 

Illustration du texte précédent… Sexe et préhistoire

Avant la chute…

Quand la femme et l’homme avaient encore tous leur pouvoir de jouissance.

« Le feu crépitait dans l’âtre posé à même le sol. Des ombres étranges dansaient, donnant vie aux dessins magiques qui couraient le long des parois de la caverne. La vieille femme était là, accroupie sur ses talons. Elle avait vécu de nombreuses lunes et donné naissance à des enfants vigoureux et magnifiques. Elle avait pleuré, aimé et ri. Elle avait du accompagner certains de ceux qu’elle aimait vers les terres sacrées de l’au delà et avait souffert de leur absence. Elle avait aimé des hommes profondément, et avait dansé avec eux la danse sacrée de l’amour, emportés dans les vagues du plaisir et de la tendresse.

Son visage maintenant ridé disait tout cela. Le feu éclairait par intermittence ses traits et ses cheveux rassemblés en une immense natte grise enroulée autour de sa tête. Un chat roux présentait ses pattes aux flammes virevoltantes, avec ravissement.

Les yeux de la femme étaient brillants et vifs dans la pénombre douce de l’abri. Elle souriait. Elle était d’une grande beauté.

deux jeunes femmes et leur compagnon intimidés et gauches, lui faisaient face.

- Grande Mère, explique nous ! lança, rougissante, la plus jeune des filles.

- Que voulez-vous savoir ?

- Le plaisir, comment vient le plaisir ?

- Il vient de la vie.

- Et la vie, où faut t’il la chercher ? Que faut il faire ? demanda un des garçons.

- La vie nous est donnée. Il n’y a rien à faire. Il ne s’agit que de l’accueillir, pas de la contrôler. Nous ne sommes pas maîtres de la vie. Elle vient dans notre sein, à nous les femmes, et nous devons la protéger et l’aider à émerger au monde.

- Grande mère, à quoi servons nous, nous, les hommes, alors… bredouilla un des garçons légèrement hirsute.

- Oh! Mais vous avez un grand rôle ! C’est de la rencontre d’un homme et d’une femme que nait la vie. L’amour éprouvé, vécu l’un pour l’autre, appelle la vie qui vient se poser dans le ventre de la femme. Rien ne peut arriver sans la communion de vous deux, l’un avec l’autre, l’un dans l’autre…

Les deux jeunes hommes se regardent, un peu inquiets. Ils ne comprennent pas. Pour eux, il y a un simple désir qui les prend au sexe et cette histoire de vie qui se pose…

La vieille femme sourit. Elle connait ces réticences masculines. Ils préfèrent aller au plus simple, ne pas se poser de questions, ne pas se livrer, aussi, aux mains des femmes qui les effraient un peu. Ces femmes qui semblent disposer du pouvoir de vie et de mort sur l’humanité, qui saignent régulièrement sans mourir, qui savent les herbes qui soignent et communiquent avec les grands esprits qui décident de la vie et de la mort…

Désignant leurs compagne, la femme sage dit:

- Sois sans crainte, elles vous guideront. Elles ont reçu l’enseignement des femmes. Elles vous aiment et respectent. Soyez sans peur pour découvrir votre force virile au fond de vous.

Le plus jeune insiste:

- les autres disent qu’il ne faut pas écouter les femmes, qu’il y a danger, qu’elles nous prennent notre force si nous les laissons faire. Qu’elles veulent nous garder pour elles et que pour cela elles nous prennent notre sexe… Qu’elles nous envahissent et nous dévorent si nous ne les dominons pas… le jeune homme parlait de plus en plus vite et commençait à bégayer…

- Il y a en toi une grande frayeur. Qui te l’a donné ?

Le jeune homme rougit et baisse la tête:

- les autres hommes, ceux qui ne veulent plus obéir aux esprits, qui veulent être libres et prendre ce qui leur fait envie. Ils disent que les femmes sont dangereuses, menteuses, qu’elles utilisent leur ventre pour nous mettre en esclavage, faire toujours ce qu’elles veulent… Qu’il faut les prendre et les posséder. C’est tout !

- Ils ont peur, répond la Grande Mère d’une voix douce, parce qu’ils n’ont pas confiance en eux mêmes. Ils craignent pour leur puissance parce qu’ils n’y croient pas au fond, et projettent leur impuissance sur les autres, les femmes. Ils veulent dominer parce qu’ils craignent d’être dominés. Mais, crois-moi, ils se coupent d’eux mêmes et de la vraie jouissance. Ils se comportent comme des animaux furieux parce qu’ils sont blessés. Oublie-les et découvre le vrai plaisir avec ton amie. fais lui confiance et vis ta dimension d’homme. Tu sais, ajoute t’elle avec un clin d’oeil, ils ne vivent pas. Ils survivent et ne peuvent plus voler avec les esprits. Ils sortent de leur éjaculation épuisés et impuissants. Toi, tu en sortira heureux et puissant. Tu pourras te connecter, avec ton amie, aux Esprits, à l’énergie de vie du monde… Crois-moi, ça vaut le coup ! Avec elle, tu va pouvoir créer un nouveau monde… Bon, allez, déguerpissez… j’ai besoin de me reposer maintenant !

 

Femme de 50 ans (besoin de votre avis !)

50 ans : ce fut une fin pour nos grand mères et nos mères.

Ce sera un début pour nous.

Image de soi qui se lézarde dans le miroir. Image qui s’éloigne des standards du jeunisme obligatoire, visage où la vie s’est inscrite, doucement ou pas, unique.

Lézarde vers un effondrement ou une reconstruction ?

On a vécu, aimé, pleuré, ri, séduit, essayé de trouver sa place, sa juste place dans le monde tel qu’il nous était donné.

Et puis, on se trouve là, étonnée et surprise face à ce miroir qui nous renvoie cette image de nous qu’on reconnaît sans se reconnaître.

Age des paradoxes, des remises en question, du sens.

Ai-je bien fait ? Ai-je bien agi ? Silence

 

Et puis après… est-ce si important ?

Tout cela est le passé, c’est fini. Il n’est pas encore temps de le fixer dans un bilan crispé et un jugement définitif. On a agi. Voilà. On a vécu. Bien ou mal, on a traversé le monde de notre présence et on est arrivé ici, là, au présent.

Une fin ? Non.

Une naissance, un recommencement, un tremplin, une nouvelle vie, avec expérience, cette fois.

Vivre quelque chose de radicalement différent, de nouveau et de vivant (je dirais « jeune »). Bien dans son corps accepté, vibrante d’âme, donneuse de vie.

La perte de nos fertilités biologiques nous ouvre la porte de la fertilité d’une autre sorte à inventer. Créative, spirituelle, intellectuelle, poétique, artistique, sage, philosophique, belle, généreuse…

Chacune la sienne. Le passage du temps et les épreuves nous ont modelées, rendues plus humaines et nous ont appris tant de choses ! Appris à être, à assumer notre féminité, sa douceur et sa puissance, qui met en mouvement, en vivance, notre corps, notre sexe, notre esprit et notre cœur. Les hommes jeunes ne s’y trompent pas, qui recherchent les « kougards », des femmes qui savent être femmes et les guider vers la découverte de leur virilité.

Car être femme, cela s’apprend (comme être homme d’ailleurs.) L’être humain n’est pas déterminé. Il doit donc apprendre à être, grâce aux autres mais aussi grâce à lui même, par la pensée sur soi.

Pendant des siècles, la société nous a coupé de notre savoir féminin, on nous a reléguées dans nos rôles « traditionnels » de mères ou de putain, on nous a interdit d’être femmes grâce à l’ignorance de notre corps, de notre sexe.

Il faut arriver à 50 ans, parfois, pour se libérer des rôles assumés, dans la soumission ou la révolte, et prendre le risque d’une remise en question de notre être, pour enfin, le rencontrer dans sa vérité.

Parfois, c’est une maladie, un accident qui nous y pousse. Parfois, une « crise » de vie, un divorce, un licenciement, qui produit un effondrement du sens de notre vie, une remise en question psychologique…

Passage douloureux, mais sans doute nécessaire, pour déconstruire ce qui nous avait enfermées, pour ouvrir la prison des culpabilités, des frustrations, des peurs et des croyances erronées.

Nos nouveaux enfants ne porteront pas de couches (ça, on en laisse le plaisir aux plus jeunes… héhé ), nous ne paierons plus tous les mois un tribu au sang versé avec la fatigue et les douleurs, nous n’aurons plus peur de tomber enceinte lorsque nous prendrons du plaisir dans les bras d’un homme (les contraceptif, c’est bien, mais il y a des ratés !… et puis, la capote avec un mec sans HIV, c’est bof !), nous ne serons même plus obligées de faire semblant (au lit, au bureau, à la maison… on s’assume)…

Nous allons être libres !

 

Libres d’utiliser notre énergie créatrice pour autre chose ! Pour ce qui nous correspondra, ce qui sera la marque de notre nouvelle fertilité : notre don au monde, notre empreinte pour et dans le monde.

Libres car essentiellement responsables de nous mêmes, nous pouvons enfin prendre le risque de renverser la tyrannie du sexisme rampant qui n’ose se dire, qui se cache mais se pratique encore très bien.

Libres parce que nous ne sommes plus dépendantes. Que peux t’on nous enlever ? Nous n’avons plus peur de ne pas vivre (la maternité, le mariage, la carrière, la reconnaissance des autres), nous l’avons vécu. Bien ou mal, mais c’est fait. Il nous reste à aller vers l’essentiel, ce qui est gratuit : l’amour, la joie, l’épanouissement de nous mêmes, le partage de cette richesse avec d’autres.

Les plus belles histoires d’amour arrivent souvent à 50 ans !

On partage ce que l’on est au lieu de demander à l’autre de nous rassurer et de nous donner ce qui nous manque.

D’une manière plus générale, les femmes de 50 ans ont la chance de pouvoir remettre l’être humain au centre de notre société et détrôner le règne de l’avoir pour inaugurer l’idée du règne de l’être. Elles ont le temps, le bagage, la sagesse.

Autrefois maîtresses de la vie et de la mort, les femmes sont garantes de l’humanité contre les mécanismes de notre société déshumanisée soumise à la finance destructrice.

Avoir 50 ans, c’est oser, c’est rire, c’est choquer parfois, c’est devenir pleinement vivante et dire au monde que la femme, sans être forcément l’avenir de l’homme, a bien des choses à lui apprendre ! A commencer par savoir être !

La trace…

On n’a aucun souvenir avant 5 ans, mis à part les souvenirs reconstitués à partir de ce qu’a dit l’entourage…

Par contre le corps garde la trace des anciens traumas et cette mémoire du corps se réactive face à des situations qui ressemblent même de loin à la situation initiale.

Alors, elle envahit tout et nous remet dans une position de dépendance totale vis à vis de notre environnement, une dépendance où notre survie est en jeu, comme lorsque nous étions tout petits. On revit, on ressent, on redevient exactement tel qu’on était alors, au moment de la situation traumatisante initiale.

J’ai vécu, toute petite, bébé, une peur intense. J’ai cru mourir, J’ai ressenti une telle agressivité à mon égard, une telle violence, que j’ai voulu mourir. La « tradition » familiale et mon carnet de santé m’ont appris qu’effectivement j’ai refusé de me nourrir pendant un mois à un mois et demi après ma naissance. Je vomissais tout. Je vomissait cette vie si insupportable d’angoisse, je me vomissais. Surtout quand c’était ma mère qui se chargeait de me nourrir…

Cette angoisse de mort, innommée, indicible, sans mots,  je ne pouvais alors la comprendre (je ne pouvais que la ressentir). C’ est la même qui me retombe dessus quand je suis face à de la violence, du rejet, de l’abandon ou simplement de l’indifférence de la part de quelqu’un que j’ai investi d’amour, d’un rôle dans ma vie. Cela me submerge sans que je puisse mettre des mots ou même des images dessus.

C’est la peur noire, profonde, brute, devant laquelle je suis impuissante. Je n’entrevois d’issue que dans la fuite, dans la mort… Je veux que ça s’arrête, c’est atroce. Je vomis, j’ai des apnées. Je ne veux plus respirer…

Et pourtant j’ai survécu, j’ai grandi. J’ai quand même voulu vivre. Je suis maintenant une adulte qui fonctionne à peu prés bien. Des bonnes volonté m’ont pris en pitié et m’ont donné le goût de vivre malgré tout… et puis cette vie en moi qui est si forte …

Rien n’a été oublié et je dois gérer ces passages où je perds pieds sans raison apparente.

Sauf que, désormais, je comprend. Désormais je peux mettre des mots.

Cela me permet de prendre du recul et de tenter de me séparer de ma peur. De le désintérioriser, de faire qu’elle ne soit plus moi. L’adulte que je suis peut prendre soin de ce bébé perdu.

Avec l’aide de ceux qui m’aiment.

Reprendre confiance en la vie et remiser cette peur totale dans les oripeaux des monstres d’enfance.

Le vilain monstre qui m’a fait si peur s’est dégonflé…

Mais je le surveille encore quand même…

On sait jamais…

 

Le silence

Il ne dit rien.

Il ne communique pas.

Dans un monde où la communication tous azimut est la règle, où tout le monde est branché à un téléphone ou à une boîte mail comme à une perfusion de survie, il reste hors d’atteinte.

Son téléphone, le même modèle que tout le monde, pourtant, au scintillement si attachant et si fascinant, celui que l’on pianote en permanence, les yeux rivés sur l’écran, au mépris de ceux qui nous entourent… qui , de toute façon, font la même chose…

Son téléphone, donc, s’obstine à sonner dans le vide. Puis la voix du répondeur, le même message d’une voix inconnue, chaque fois, voix programmée et impersonnelle  qui m’enjoint de laisser un message…

Mes Sms tombent dans un grand vide. Pas de réponse. Ou si peu.

Comme si je n’avais pas d’importance.

Comme si je le dérangeais de mon affection envahissante.

Comme s’il ne voulait plus de moi et qu’il tentait de décourager ainsi, par le silence, mes tentatives vaines et maladroites d’exister pour lui.

Comme si j’essayais de lui prendre sa liberté…

Des larmes…

…Coulent doucement sur ma joue.

Tristesse d’une colère refusée, interdite.

Je pleure sur moi. Sur ma tendresse que je vois laissée pour compte… Que je crois laissée pour compte…

Sur les battements de mon coeur qui s’affole…

Pour rien… je sais bien…

Je sais qu’il est ainsi. Qu’il y a bien longtemps, sans doute, il a perdu le goût de dire, d’exprimer, de faire confiance, de s’ouvrir à l’autre, de respecter ses propres envies et ses propres besoins… pour se protéger.

Je sais que son silence n’est pas dirigé contre moi.

Mais j’ai si peur. Et lui, il a si peur.

Deux peurs face à face, pas les mêmes, mais qui dressent un mur d’incommunicabilité entre nous. Il devient impossible de se dire. On a peur de ce que l’autre va faire de notre mise à nu. Comme dans le dernier film avec Lindon, où le silence entre la mère et le fils, tue.

Alors nous nous se taisons.

Même moi, je me tais.

Je n’ose plus le rappeler, lui écrire.

Sauf ici.

Je ne crois pas que je vais avoir le courage de lui envoyer cela. Et il ne lit pas mon blog.

Enfin, je ne crois pas. Il ne me dit pas grand chose…

Et pourtant au fond de moi, je sens bien que l’amour git au fond de nous… blessé mais encore vivant !

Comme le canard de l’histoire de Robert Lamoureux… (http://www.youtube.com/watch?v=xKXTwBSAwYQ)

La peur de la Mère…

Le paradoxe de la civilisation patriarcale est d’avoir soumis les femmes et développé dans le même temps une peur viscérale de la mère.

La mère, dans l’imaginaire de l’homme qui se veut dominant est à la fois désirée dans une fusion intense et crainte car cette fusion pourrait le détruire. Freud a parfaitement décrit ce phénomène avec son complexe d’Oedipe qui épouse sa mère et nie ainsi sa dimension d’homme en remettant son pénis entre les mains de celle qui l’a fait.

L’homosexualité latente de Freud l’a mis sur la voie d’une analyse très juste des mécanismes complexes et cachés de la société où l’Homme détient, seul, le pouvoir. Car, et ceci est un autre paradoxe, l’homosexualité masculine, l’amour pour le Même, est la forme la plus aboutie du patriarcat.

On y voit généralement ces hommes se débattre entre un amour profond pour leur mère dont ils ont beaucoup de mal à se détacher et une crainte du sexe des femmes. Amour ambivalent de petit garçon où la mère est à la fois le seul recours, la seule protection contre l’angoisse de séparation et de mort, et une taulière qui leur a confisqué leur pénis, l’emblème de leur puissance masculine à l’encontre des femmes. La Mère, cette femme sans sexe, cette femme qui fait « un » avec eux et donc qui partage leur pénis, qui est donc Même, à la fois interdite et désirée, cette Mère Castratrice de Freud, les pousse à préférer aimer des hommes, des Mêmes, non angoissants, non geôliers potentiels, non castrateurs.

Mais ce pouvoir terrible de la Mère toute puissante et castratrice est la conséquence de l’organisation sociale patriarcale. L’homme ayant asservi la femme, celle-ci ne peut renoncer à son pouvoir naturel, et donc le fait renaitre dans une lutte occulte et sournoise de l’esclave contre le maître. N’ayant plus la force et la légitimité sociale, elles utilisent la séduction et la manipulation.

On le voit bien dans les cultures les plus oppressives pour les femmes: la femme est une esclave mais la Mère est toute puissante. La Mère des garçons s’entend. Le pouvoir qui est dénié aux femmes est récupéré de manière affective et occulte par la Mère qui se venge de l’oppression de son mari sur son fils qu’elle met en son pouvoir… et sur la Belle fille… avant que celle-ci ne devienne mère du garçon-héritier et reprenne le pouvoir à la mort de sa belle mère.

C’est toute la problématique des régentes, à la fois recours salvateur et détestées.

Paradoxe apparent car le maître a toujours peur de ceux qu’il opprime. Il sait bien qu’à la moindre faiblesse, ceux-ci le tueront pour se libérer. Tous les dictateurs vivent dans la peur. Car ils savent que leur prise de pouvoir est obtenue par la force et n’a aucune légitimité naturelle. Fragile, elle peut s’effondrer d’un moment à l’autre…

De même le pouvoir exclusivement masculin n’a rien de naturel.

Je dirais même plus, comme Dupont et Dupond de Tintin, le pouvoir exclusivement féminin non plus.

Car, n’en déplaise à Rousseau, l’Etat de nature n’existe pas pour l’Homme. Il n’y a pas un état primitif de l’homme, qu’il soit bon ou mauvais, que la société et la civilisation aurait perverti ou du moins changé.

Toutes les expériences, parfois assez atroces, qui consistaient à vouloir élever des enfants sans interactions sociales pour voir émerger cette strate « naturelle » et primitive de l’homme, pure de toute influence sociale, se sont soldées par la folie et la mort pour les malheureux sujets de l’expérience.

C’est la grande différence de la nature de l’homme avec les animaux et les autres êtres vivants sur cette terre. L’Homme n’existe pas en dehors de son organisation sociale. Le pouvoir masculin n’est donc pas lié à une donnée naturelle et génétique contre laquelle on ne peu rien. C’est une détermination qui lui permet de grandir et de se développer en tant qu’être humain pensant. Une structure de pensée préexistante à sa naissance, dont il hérite et qui va le tuteurer, l’accompagner, le former tout au long de sa croissance. Une « éducation » avec laquelle il pourra prendre ses distances à l’âge adulte mais qui est la condition sine qua non de sa vie d’être humain. C’est un moule qui va lui donner sa forme.

Or ce moule n’est pas prédéterminé. En étudiant l’histoire de l’humanité, ce qui a été, en étudiant la diversité du monde actuel, ce qui est, on ne peut manquer de remarquer qu’il en existe de multiples formes, certaines apparentés, d’autres non, de moules.

Certains sont en totale contradiction, d’autres extrêmement proches malgré les apparences. Certains donnent le pouvoir aux hommes, d’autres aux femmes, d’autres à seulement certaines catégories de personnes, d’autres encore ont des systèmes compliqués où la religion et la politique s’entremêlent…

Qu’est ce qui détermine se moule ? Comment s’est il formé un jour avant d’être reproduit génération après génération, respecté ou remis en question et détruit ?

je crois qu’il y a une réponse très simple: la Nature. La grande oubliée de notre civilisation, et pourtant celle qui a le plus grand pouvoir sur nous (qu’on se souvienne du Tsunami par exemple)…

L’accès aux ressources est la clé de la fabrication du moule.

C’est un bouleversement climatique et un changement radical des ressources disponibles qui a fait s’effondrer la civilisation paléolithique et a créé notre monde patriarcal dans la plus grande partie du monde.

C’est la crise des ressources naturelles, pillées et abîmées, détruites aujourd’hui qui va aboutir, également à un changement civisationnel profond… ou à la destruction de l’humanité.

Comme il y a 10 000 ans, il va falloir s’adapter. Et comprendre ce qui s’est passé à cette époque pour des hommes et des femmes « naturellement » pareils à nous (mais sans téléphone portable greffé à l’oreille) peut nous aider à gérer cette adaptation au mieux. Nous n’avons pas le choix.

Et, enfin, ne plus avoir peur de la Mère…

Les mecs…

Je crois qu’un mec, quand il sait ne pas avoir la possibilité d’assumer matériellement une vie de couple, met sa fierté à l’éviter.
Une femme non. Elle fait avec les difficultés et se contente des moyens du bord.
La présence de l’homme qu’elle aime est le plus important, pas le rapport financier inégalitaire ou la situation bancale du compte en banque du dit homme.
Un homme se sent diminué s’il est pris en charge, plus ou moins. S’il est « aidé » par une femme… S’il n’est pas en position de ramener le gigot de mammouth … Héritage de 10 000 de patriarcat qui met les rapports Homme/ Femme sous la houlette de l’avoir, du matériel, du pouvoir (de l’argent). Remake désagréable, également, du rapport de dépendance d’avec la mère qui pouvait lui dicter ce qu’il devait faire.
Le couple comme possession de l’autre, lien social et lieu de pouvoir.
Le mariage comme acte politique.
Pour un homme, il est important d’ »en » avoir… de l’argent, des objets de prestige, des couilles… au risque de ne pas se sentir un homme.
Pour un homme il est important d’avoir les moyens du pouvoir, même s’il ne les utilise pas. C’est l’assurance qu’on ne les utilisera pas contre lui, qu’il les contrôle et s’en protège.
Pour une femme, c’est l’être qui compte… Le rapport entre les êtres est un rapport de deux êtres particulier, homme et femme, uniques et sans lien avec ce qu’ils possèdent ou pas. Le couple n’est pas un lien essentiellement social, de pouvoir mais personnel et totalement égalitaire.
Généralement.
En effet, le conditionnement social de notre société depuis belle Lurette, fait que beaucoup de femmes aiment se sentir « dominées » pour se sentir femme… Jouent à ce jeu du pouvoir, usent de séduction manipulatoire…
Rares sont les femmes ayant retrouvé cette puissance libératrice de leur sexe et renoncé à la soumission patriarcale (j’entend pas là réagir pour ou contre et ne se comporter, non pas en fonction d’elles mêmes, mais en fonction de cette domination masculine: Les féministes pures et dures sont elles aussi dans un rapport de pouvoir face aux hommes et ne pensent le couple qu’en fonction du pouvoir) pour un échange de collaboration et d’enrichissement immatériel l’un de l’autre (bonheur, plaisir, énergie).
J’ai un ami qui me fait penser à cela…
Peut être, sa gêne relationnelle avec moi vient de là. Incapable de se projeter dans un avenir professionnel stable, submergé de problèmes personnels, il n’a pas envie et a peur d’être « pris en charge » par une femme à cause de sa fragilité actuelle. Et il fuit. Pour garder sa fierté d’homme.
J’espère qu’il a envie de me voir mais il voudrait le faire en gérant les choses, en « mâle dominant », pas en victime de la vie…
Sans doute faut il laisser le temps au temps, en espérant qu’il retrouve ses repères… un boulot, un appart, une organisation avec sa fille sans que ses parents ne prennent trop de place. Et qu’il réalise que je n’ai rien à foutre d’un mâle dominant… Qu’un rapport de couple peut être bien différent du rapport familial qu’il a connu dans son enfance et peut être même encore maintenant, et que l’amour n’a rien à voir avec la dépendance, la possession ou la prise  de pouvoir…
C’est lui qui m’intéresse, ni son compte en banque, ni son image sociale ou son prestige viril…
ce n’est pas ce qu’il a qui m’intéresse, mais ce qu’il est. Et ce qu’il fait avec ce qu’il est et avec moi.
Mais il y a un risque qu’il n’y parvienne pas.
Je prie pour qu’il y arrive…

Ma mère…

Ceci est un article très politiquement incorrect.

Ma mère m’énerve, m’agace, me met en colère. Et pas qu’un peu.

Elle projette sur moi une image totalement déformée et négative, sa propre image en fait, et s’imagine faire mon bonheur alors qu’elle me détruit.

Elle ne fait pas exprès et agit avec la meilleure bonne foi possible. Elle se déteste à un point tel qu’elle ne sait même pas aimer, encore moins aimer sa fille, reflet d’elle même.

Mais sa haine d’elle même, je n’ai pas envie de la porter.

Cela ne concerne qu’elle, pas moi. Moi, j’ai envie de vivre alors qu’elle a envie de mourir et qu’elle voudrait que je la suive sur cette pente morbide.

Et elle ne comprend pas.

Elle refuse de me voir telle que je suis, différente d’elle, libre d’être moi (et pas ce qu’elle pense que je suis), libre d’avoir mes propres choix et mes propres pensées. Elle ne les conteste pas, mes choix, elle les nie. Elle ne me reproche pas d’être différente d’elle, elle me nie. Je suis interdite d’être, de parler, de penser, d’exister…

Elle ordonne, juge, interdit… Il est impossible de communiquer et d’échanger…

C’est absolument insupportable.

Et pourtant, c’est ma mère. La seule qui existe sur cette terre, et je ne peux m’empêcher de l’aimer comme certainement elle essaie de le faire à mon égard, au fond d’elle même…

Mais c’est vraiment dur d’aller au delà de la colère causée par ses violences, pour l’accepter telle qu’elle est sans me sentir blessée. C’est vraiment dur de l’entendre, de la voir, de l’aimer tout en me protégeant d’elle….

Enlever toute valeur à ce qu’elle dit et projette de moi, comme une vapeur nauséabonde, immatérielle et sans consistance qui s’échapperait d’un plat par ailleurs indispensable à la vie… ? Me boucher le nez ?

Voir sous la réalité, la tendre enfant blessée qu’elle a été et rester sourde aux vociférations séniles de la vieille femme ?

Peut être…

Demain, je dois la voir… J’en ai mal au ventre…

Le bracelet

Apprendre le détachement.

Apprendre à se séparer du passé, de ce qui nous rassurait et nous tenait enchaînés…

C’est sans doute le sens de la perte de ce bracelet.

J’avais donc un bracelet qui n’avait pas grande valeur, si ce n’est que je le considérais, sur la foi de … (je ne sais pas trop sur la foi de quoi, en fait… peut être de la pub marqué dessus lorsque je l’ai acheté), bref, je le considérais porte bonheur. Le porter devait mettre mes chances de mon côté pour avoir enfin ce que je désirais, le bonheur d’être aimée…

Le fait est que, pendant tout le temps que je l’ai eu en ma possession, je n’ai pas vu de différence notable dans ma vie et que ma vie amoureuse n’a pas vraiment pris le tournant que je souhaitais.  J’ai rencontré les habituels billes narcissiques que je semble attirer et, chaque fois, mon château en Espagne est devenu un château en ruines… Franchement, je n’ai pas trop l’impression qu’il m’ait beaucoup porté chance, ce bracelet…. Mais bon, un vieux fond superstitieux, sans doute hérité de ma mère, me poussait à vouloir quand même y croire et à lui donner une certaine importance.

Ce matin, je l’ai perdu.

Inexplicablement, je l’ai posé sur ma cheminée, et il a disparu.

Impossible de mettre la main dessus. Le genre de chose très énervant parce qu’incompréhensible et irrationnel. Les choses nous échappent, on prend conscience que l’on ne maîtrise pas grand chose et c’est assez angoissant, finalement. Pourquoi ce bracelet posé à un endroit précis, n’y est plus deux heures plus tard ? L’aurais-je déplacé comme une somnambule ? L’aurais-je fait tomber sans le voir, sans rien entendre ? Vide total…

Je déteste cela. Cela me donne l’impression que je suis à la merci de n’importe quel évènement et que je n’ai prise sur pas grand chose puisque je ne peux même pas me souvenir de ce que j’ai fait de ce truc.

J’ai commencé à embêter tout le monde pour le retrouver. Sans succès.
Et puis, j’ai décidé de prendre les choses autrement…

Ce bracelet, cet grigri dont j’attends le bonheur et l’amour a t’il vraiment une raison d’être ? Finalement, ne me maintenait t’il pas dans une sorte de passivité vis à vis de ma vie puisqu’il était sensé faire ce que je n’osais pas faire moi même, me donner ce que je ne faisais pas grand chose pour le prendre. Pourquoi attendre de la chance (apportée par un grigri) ce que je dois aller chercher moi même? Pourquoi attendre de l’extérieur ce que je dois trouver à l’intérieur ??? hein ?

Il représente sans doute mes comportements passés. Cette manière d’être soumise aux désirs des autres, victime du destin forcément funeste, pleine de peurs et d’angoisses, méconnaissant ma force et ma valeur, et ne me faisant absolument pas confiance pour trouver par moi-même le bonheur, croyant ne pas mériter d’être aimée… et donc usant de stratagèmes…

je vous demande un peu … Quelle gourde !

Finalement, c’est peut être une chance d’en être débarrassée. Cela recadre les choses.

Le bonheur n’est pas un truc qui vous tombe dessus, c’est un état d’être que l’on doit cultiver.
L’amour n’est pas non plus un cadeau que vous recevez par hasard, c’est une lumière que l’on doit faire naître et faire vibrer en soi. Une lumière qui attirera une autre lumière.

Un jour je pourrai déposer mon coeur dans le coeur d’un homme heureux. En attendant, il y a tant de choses à aimer… à commencer par moi même…

Cela dit, si je le retrouve, ce foutu bracelet, je serai contente, mais je crois que je ne le porterai plus… ou plus pareil… Ce sera juste un bracelet… et rien d’autre…

Autoportraits…

En cette période de recherche sur ma petite personne (qui suis-je?, ou vais-je? en quel état j’ère (Ce n’est pas de moi, mais de Francis Blanche, rendons à César et à Francis ce qui leur reviennent), en cette période de recherche, donc, sur ma petite personne, ce qui en langage savant et psychologique peut s’appeler « quête narcissique » (mais uniquement lorsqu’on veut frimer, sinon, ce n’est pas nécessaire, cela ne rend pas la chose plus aisée…), je me suis prise à  la fantaisie de faire des autoportraits…

Bon, j’arrête d’écrire avec un cul de poule, cela m’agace…Donc, des autoportraits.

Avec un appareil photo.

Oui, car avec des mots, j’ai plus de mal.

J’ai l’impression que j’aurai tendance à faire de moi une vague caricature déplaisante ou, dans un mouvement de correction exagéré, de faire à l’inverse un tableau idyllique parfaitement saint sulpicien (genre: la pooovre Agnès attaquée par le sort dès sa plus tendre enfance…)

Le cynisme ou le gnan gnan…

Beurk !

Le recours à la technique photographique, surtout lorsqu’il est pratiqué par moi qui ne maîtrise absolument pas les raffinements du travail de l’image, donnera, il me semble, une image plus fidèle de moi même. Image que je contemple en général longuement, en essayant de deviner dans cette image qui a été attrapée par l’objectif quelque chose qui soit moi. Une raisonance, une familiarité, un truc que je reconnaisse et qui m’identifie…

dsc00687.jpg

Mais, je dois avouer que je suis extrêmement perplexe…

C’est moi, ça ?

La question est idiote. Bien sûr que c’est moi… C’est même moi qui ai appuyé sur le déclencheur et dans la pièce il n’y avait que moi…

Il y a des moments où j’ai des rapports un peu étrange avec la réalité. Lors de la naissance de ma fille, après avoir mordu l’infirmière pendant le travail et m’être demandé ce que je foutais là et que si j’avais su, je serai pas venu et autre idées élevées d’amour maternel, j’ai regardé, ahurie, cette petite merveille qui venait de sortir de mon ventreet j’ai demandé: « C’est moi qui ai fait ça ? » C’était tellement beau, si manifestement réussi que je n’arrivais pas à croire que j’aie pu en être capable, y être pour quelque chose…

Etant donné que j’étais, dans cette salle la seule femme en train d’accoucher, et qu’il n’y avait pas eu de livraison par une cigogne, il a bien fallu me rendre à l’évidence. Mais quand même… c’était incroyable.

Et les infirmiers (j’avais le privilège d’en avoir tout une tripotée à mon service, infirmiers et élèves infirmiers, puisque accouchant par le siège, j’étais une belle occasion d’apprendre… Cela a été plus facile de les choper pour les mordre lors des contractions avant la péridurales d’ailleurs…) m’ont regardé comme une gentille demeurée rigolotte de poser ce genre  de question débile…

Bref…

auto1.jpg

Lorsque je regarde ce visage, ces yeux, ces lèvres, ces cheveux, je vois bien qu’il y a une vague ressemblance. Mais c’est comme si cette apparence n’était pas vraiment moi. Comme si je habitais pas là…

………………………………………………

Je vois bien les yeux de mon père, la bouche de ma mère, mais dans ce patchwork, je ne sens pas mon individualité. C’est sans doute là que se situe le problème. Je n’arrive pas à me sentir moi, sans rester reliée, d’une certaine manière à un autre, sans cette dépendance qui est celle de l’enfant qui n’a pas eu l’autorisation d’exister en dehors de ses parents. Des parents qui ne l’ayant pas désirée, n’ont pas pu l’aider à se construire et lui faire confiance pour qu’elle vole de ses propres ailes.

Car il faut beaucoup d’amour pour accepter de voir son enfant s’envoler du nid et s’affirmer autre, différent de soi. Pour l’encourager à prendre son propre chemin et non de lui faire prendre celui que l’on est en train de suivre. Il faut beaucoup d’amour pour se séparer de son enfant, et s’effacer. Pour accepter de plus avoir d’influence sur lui et le considérer comme un égal. Beaucoup d’amour et du courage, de la force et pas trop souffrances non résolues…

Combien de parents restent accrochés à leur progéniture, soit par culpabilité de ce non désir, soit par peur du vide d’un désir qu’il ne savent pas assumer?

Comment alors devenir soi lorsque l’on porte une image parentale sur le dos comme une tortue alors que l’on se voudrait papillon?

Il doit y avoir de ça …

Mais bon, voilà. Cela commence à bien faire ! Papa-maman, tout ça, c’est du passé. Faudrait bien que je commence à vivre en adulte, non ? Et si le désir parental a merdé, il y a bien eu désir quand même, sinon, je ne serais pas là, vivante, en train faire des bêtes photos pour voir quelle tête je peux bien avoir !

Et c’est là que je sors mon Jung !

Ben oui. Au delà de la petite famille, qui c’est qui existe ? l’inconscient collectif. Le désir de l’inconscient collectif. celui de la lignée, l’héritage, l’humanité, la terre. Cela fait un peu fumeur de moquette, mais cela fait du bien de penser qu’on est relié à un désir qui nous fait exister au delà du petit désir raté de notre histoire immédiate, qu’on est relié à un grand tout qui nous donne à la fois notre humanité particulière et générale.

Et c’est là que je sors les philosophies orientales!

Perdre son égo pour exister à un autre niveau…

C’ est encore un peu flou pour moi, mais peu à peu, j’avance. Le paradoxe me plait. Il me semble plus juste dans sa vision de monde.

La vie est mouvement entre une chose et son contraire. Chaque manque porte en lui sa richesse. Chaque richesse porte en lui son manque. Chaque identité n’existe que par rapport à une non identité…

On est soi parce que l’on est aussi passager de la terre comme tout les autres, à la fois distinct et indistinct dans une oscillation permanente et pleine de vie.

C’est comme la lumière. Elle n’existe que par rapport à l’ombre. Et vice versa.

Et moi, je n’existe que par rapport à tout ce qui n’est pas moi. Et en même temps, je participe aussi à tout ce qui n’est pas moi, en tant qu’être vivant. C’est une immense foire qui fait que la vie est sans cesse mouvante, imprévisible, étonnante et indissociable de tous ses états. Ce qui arrive à l’un rejaillit sur l’autre, bien ou mal…

Et l’égoïsme (pas l’égocentrisme) nourrit l’altruisme, car comment ne pas aimer l’autre lorsque l’on s’aime. Puisque nous somme liés. Etre bon avec soi donne envie d’être bon avec l’autre, par une pente naturelle qui veut qu’une source produit un cours d’eau qui abreuve tout sur son parcours… Non ?

Je ne sais pas. Je me trompe peut être mais il me semble que c’est une voie à creuser…

Je vais bien finir par savoir qui est cette femme…
Avec une tasse de thé….

 

 

 

 

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