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Un nouveau monde? une nouvelle société? Il faut transgresser

Transgression…

Ah ! je vous vois penser… vous êtes en train de penser la transgression à la mode libération sexuelle et/ou morale. Dans la lignée de 1968, il est devenu tendance de renoncer à toute règle, à tout repère, à tout cadre qui pourrait limiter la victoire totale de l’individu sur le collectif.

L’individu a le droit de tout faire, de tout oser, de tout transgresser pour mener son propre épanouissement personnel. Il doit le faire. Sinon, c’est un coincé, un étriqué, un passéiste. Tant pis si cela implique de renoncer à l’autre. L’autre est de toute façon un concurrent, un empêcheur de réalisation de soi, un poseur de limites. Pouah caca !

Et on peut en dire autant de ces structures collectives que l’on appelle société, famille, équipe, collectif de travail, nation, humanité. De même l’héritage de ceux qui nous ont précédés, les sagesses traditionnelles, les philosophes qui nous ont donné leur compréhension de leur réel, la morale, la pensée religieuse… Elles mettaient en place un vivre ensemble dans un cadre reconnu de tous, et limitent, oui, d’une certaine manière, la liberté individuelle, mais en échange, permettent une reconnaissance, une sécurité, une solidarité et des liens d’amour qui nous permettent de ne pas être seuls, rejeté, abandonné, en errance, et fou. Bien sûr, ces structures vivent et comme tout vivant, vieillissent. Comme tout vivant, elles sont imparfaites, maladroites, parfois étroites et castratrices. Mais, s’il est utile de les remettre en permanence sur le chantier, il me parait dangereux de les détruire.

Aujourd’hui, il y a une injonction à tout transgresser, détruire tous les cadres, toutes les règles, tout se permettre sans limites, jusqu’au non sens, sauf la pensée.

On doit créer sa propre vie, à partir de soi et uniquement de soi, sans les autres, sans héritage, sans transmission, dans un unique but: diviniser une image de soi imposée par la société, faire de soi-même un absolu, l’alpha et l’oméga de tout mais dans un cadre normalisé, marketé, rentabilisable. Le « Je » devient roi et nous enferme dans un délire narcissique infantile qui veut tout, tout de suite, éternellement, dans la logique bien huilée de la société de l’Avoir. Il faut tout le temps avoir envie de quelque chose pour se sentir vivant, pour correspondre à l’image qui nous est assénée de la personne belle, heureuse, et admirée parce qu’elle a une voiture (ou une montre, ou un parfum, ou une lessive, ou une application, ou un téléphone, … vous complèterez…) L’objectif de l’être humain de la société de consommation est d’Avoir, d’Avoir l’autre, d’Avoir l’air, d’Avoir tout compris… et d’avoir payé pour ça. Donc de se débrouiller le mieux possible pour Avoir de l’Argent, par le travail ou la bidouille… L’Argent est le maître qui donne accès au bonheur.

Et à mesure que la transgression devient la règle en ce qui concerne les relations humaines et la morale, ce qui se manifeste à travers le sexe, qui est le domaine le plus intime et donc le plus fragile de notre humanité, la pensée, elle est de plus en plus enfermée.

La pensée se voit enfermée, limitée, technicisée, étriquée, étouffée dans les règles et des dénis, tuée.

Et c’est grave en sciences sociales, car c’est elle qui élabore les propositions du vivre ensemble d’une société. C’est elle qui doit donner du sens, c’est à partir d’elle que chacun et tous, nous construisons notre monde.

Où sont les intellectuels qui nous donnent à voir autre chose que ce qui s’est pensé avant eux, sans pédantisme, sans rabâchage, parfois revanchard, souvent abscons, de vieilles querelles ? Des intellectuels qui transgressent la pensée de leurs prédécesseurs pour adapter leur analyse au réel ?

Où sont les chercheurs qui cherchent à comprendre le monde tel qu’il est et non pas tel qu’ils ont appris à le voir ?

Où sont les femmes et les hommes qui cherchent à comprendre ce qui se passe et posent des hypothèses réellement novatrices car ils se sont oubliés en tant que « références en vue » pour se mettre humblement à l’écoute ?

Où sont les universitaires qui transgressent les règles pour rendre à la pensée sa liberté, sa folie, sa force et son intelligence, au delà du cadre scientiste et technique qui l’étouffe et la castre ?

Où sont les livres qui donnent de l’espoir parce qu’ils permettent de penser le réel, la vie, et engagent un dialogue intelligent avec la société ?

Moi je ne vois que vieilles recettes, idéologies racornies, manque d’imagination, cadre étroit et confus (sous prétexte de complexité), compétition idiote et rancœur nauséabonde. je vois de pauvres et tristes enfants qui ont peur et qui essaient d’impressionner les autres… Je ne vois qu’experts infatués d’eux mêmes qui pontifient sur les médias pour montrer à quel point ils sont intelligents et qui ne brassent que du vent ou des vieilles rengaines obsolètes.

Ah oui, on transgresse ! On a le droit de faire tout ce que l’on veut de notre corps. L’abîmer, le tatouer, l’exposer, le torturer, le vendre, le mépriser, le transformer. On a le droit de faire tout ce qu’on veut des autres dès qu’on en a les moyens et le pouvoir. Les épuiser, les violer, les licencier, les éborgner, les handicaper, les humilier, les voler, les asservir , les maltraiter (« ils n’ont qu’à se défendre, traverser la rue, avoir économisé pour leur retraire, prendre un emprunt pour leurs études, ce sont des loosers… »). Mais on n’a pas le droit de penser autrement que ce qu’on nous dit de penser. On n’a pas le droit de penser le Bien, ensemble, de penser un Bien commun possible en dehors du cadre productif !

La pensée officielle en sciences sociales est devenue esclave d’une double pensée unique, qui se bagarrent comme des gamins de cour d’école primaire, sous l’œil amusé de ceux qui sont en train de prendre le pouvoir totalitaire sur nos vies, grâce au contrôle et la désagrégation de la culture, de l’histoire, de la philosophie, des transmissions des savoirs faire qui nous donnaient les moyens de maîtriser le monde par nous mêmes, des savoirs-être ensemble qui nous permettent un juste équilibre entre notre liberté individuelle et la liberté des autres à travers des règles de respect et d’égalité de droits communs.

Il faut produire pour consommer. Et consommer pour pouvoir écouler la production.

Tout le temps

Toujours

Sans limites

Le travail, c’est une technique pour produire, toujours plus et toujours plus vite. En échange d’un salaire pour pouvoir consommer toujours plus et toujours plus vite.

Toutes les activités humaines, même les plus simples et les plus intimes doivent être utilisées pour créer de l’argent. Méditer, se reposer, dormir, aimer, lire, marcher, regarder, manger, toucher, être avec l’autre, donner, écouter, entendre sont des marchés à rentabiliser, à faire rentrer dans le cadre productif.

On crée des produit pour cela. Des formations, des coachs, des applications, des start-ups, des sites, des lieux, des méthodes, des spécialistes… payants. Et qui vont nous imposer de vivre selon un cadre bien précis. « Bien » marcher, « bien » méditer, « bien » manger, « bien » travailler… Être là où c’est rentable, rassemblé comme un troupeau à tondre, connectés, tracés, fichés.

Dans ce monde qui érige la liberté comme un absolu, notre liberté de vivre à notre guise (bien ou pas bien) en fonction de notre humeur et de notre envie, notre liberté à déterminer nous-mêmes ce qui nous fait du bien, choisir qui nous fait du bien, et où et comment on a envie de vivre, et de ne pas faire comme tout le monde, mais d’obéir à notre petite folie particulière, est condamnée.

Avoir le choix

Voir le travail comme une œuvre

Penser le loisir comme le plaisir de ne rien faire

Renoncer à la laisse des nouvelles technologies

Laisser notre corps être ce qu’il est avec plaisir

Préférer le lien à l’épanouissement uniquement personnel

Imaginer un monde dans lequel la production est au service du Bien commun et se trouve limitée par notre intelligence

Imaginer un monde où l’Avoir est raisonné,

et, à la place de l’Avoir, choisir le lien à l’autre, les moments d’échange et de partage, le temps avec l’être aimé

Imaginer un monde que tout le monde construit, à l’intérieur de règles communes, pour que personne ne reste sur la route.

Respecter la merveilleuse capacité des humains à prendre soin des autres et renoncer à la compétition et à la compétitivité qui détruit

Ce qui veut dire:

Imaginer un monde qui n’a jamais existé dans l’histoire (dans la préhistoire, c’est autre chose)

C’est renoncer aux vieilles manières de penser, adaptées (plus ou moins) au monde du passé, c’est à dire renoncer au Capitalisme néo libéral

Mais aussi au Marxisme

Et inventer les règles qui vont prendre dans le capitalisme et dans le marxisme et aussi dans notre pensée créatrice pour créer une structure fiable, pragmatique et intelligente adapté à notre temps.

Peindre, raconter, créer ce nouveau monde

Pour que les gens puissent avoir le plaisir de le construire ensemble

Et de le penser.

C’est le rôle de penseur. Initier un récit.

Je n’en voit pas…. dans les « officiels » du moins

Autoportraits…

En cette période de recherche sur ma petite personne (qui suis-je?, ou vais-je? en quel état j’ère (Ce n’est pas de moi, mais de Francis Blanche, rendons à César et à Francis ce qui leur reviennent), en cette période de recherche, donc, sur ma petite personne, ce qui en langage savant et psychologique peut s’appeler « quête narcissique » (mais uniquement lorsqu’on veut frimer, sinon, ce n’est pas nécessaire, cela ne rend pas la chose plus aisée…), je me suis prise à  la fantaisie de faire des autoportraits…

Bon, j’arrête d’écrire avec un cul de poule, cela m’agace…Donc, des autoportraits.

Avec un appareil photo.

Oui, car avec des mots, j’ai plus de mal.

J’ai l’impression que j’aurai tendance à faire de moi une vague caricature déplaisante ou, dans un mouvement de correction exagéré, de faire à l’inverse un tableau idyllique parfaitement saint sulpicien (genre: la pooovre Agnès attaquée par le sort dès sa plus tendre enfance…)

Le cynisme ou le gnan gnan…

Beurk !

Le recours à la technique photographique, surtout lorsqu’il est pratiqué par moi qui ne maîtrise absolument pas les raffinements du travail de l’image, donnera, il me semble, une image plus fidèle de moi même. Image que je contemple en général longuement, en essayant de deviner dans cette image qui a été attrapée par l’objectif quelque chose qui soit moi. Une raisonance, une familiarité, un truc que je reconnaisse et qui m’identifie…

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Mais, je dois avouer que je suis extrêmement perplexe…

C’est moi, ça ?

La question est idiote. Bien sûr que c’est moi… C’est même moi qui ai appuyé sur le déclencheur et dans la pièce il n’y avait que moi…

Il y a des moments où j’ai des rapports un peu étrange avec la réalité. Lors de la naissance de ma fille, après avoir mordu l’infirmière pendant le travail et m’être demandé ce que je foutais là et que si j’avais su, je serai pas venu et autre idées élevées d’amour maternel, j’ai regardé, ahurie, cette petite merveille qui venait de sortir de mon ventreet j’ai demandé: « C’est moi qui ai fait ça ? » C’était tellement beau, si manifestement réussi que je n’arrivais pas à croire que j’aie pu en être capable, y être pour quelque chose…

Etant donné que j’étais, dans cette salle la seule femme en train d’accoucher, et qu’il n’y avait pas eu de livraison par une cigogne, il a bien fallu me rendre à l’évidence. Mais quand même… c’était incroyable.

Et les infirmiers (j’avais le privilège d’en avoir tout une tripotée à mon service, infirmiers et élèves infirmiers, puisque accouchant par le siège, j’étais une belle occasion d’apprendre… Cela a été plus facile de les choper pour les mordre lors des contractions avant la péridurales d’ailleurs…) m’ont regardé comme une gentille demeurée rigolotte de poser ce genre  de question débile…

Bref…

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Lorsque je regarde ce visage, ces yeux, ces lèvres, ces cheveux, je vois bien qu’il y a une vague ressemblance. Mais c’est comme si cette apparence n’était pas vraiment moi. Comme si je habitais pas là…

………………………………………………

Je vois bien les yeux de mon père, la bouche de ma mère, mais dans ce patchwork, je ne sens pas mon individualité. C’est sans doute là que se situe le problème. Je n’arrive pas à me sentir moi, sans rester reliée, d’une certaine manière à un autre, sans cette dépendance qui est celle de l’enfant qui n’a pas eu l’autorisation d’exister en dehors de ses parents. Des parents qui ne l’ayant pas désirée, n’ont pas pu l’aider à se construire et lui faire confiance pour qu’elle vole de ses propres ailes.

Car il faut beaucoup d’amour pour accepter de voir son enfant s’envoler du nid et s’affirmer autre, différent de soi. Pour l’encourager à prendre son propre chemin et non de lui faire prendre celui que l’on est en train de suivre. Il faut beaucoup d’amour pour se séparer de son enfant, et s’effacer. Pour accepter de plus avoir d’influence sur lui et le considérer comme un égal. Beaucoup d’amour et du courage, de la force et pas trop souffrances non résolues…

Combien de parents restent accrochés à leur progéniture, soit par culpabilité de ce non désir, soit par peur du vide d’un désir qu’il ne savent pas assumer?

Comment alors devenir soi lorsque l’on porte une image parentale sur le dos comme une tortue alors que l’on se voudrait papillon?

Il doit y avoir de ça …

Mais bon, voilà. Cela commence à bien faire ! Papa-maman, tout ça, c’est du passé. Faudrait bien que je commence à vivre en adulte, non ? Et si le désir parental a merdé, il y a bien eu désir quand même, sinon, je ne serais pas là, vivante, en train faire des bêtes photos pour voir quelle tête je peux bien avoir !

Et c’est là que je sors mon Jung !

Ben oui. Au delà de la petite famille, qui c’est qui existe ? l’inconscient collectif. Le désir de l’inconscient collectif. celui de la lignée, l’héritage, l’humanité, la terre. Cela fait un peu fumeur de moquette, mais cela fait du bien de penser qu’on est relié à un désir qui nous fait exister au delà du petit désir raté de notre histoire immédiate, qu’on est relié à un grand tout qui nous donne à la fois notre humanité particulière et générale.

Et c’est là que je sors les philosophies orientales!

Perdre son égo pour exister à un autre niveau…

C’ est encore un peu flou pour moi, mais peu à peu, j’avance. Le paradoxe me plait. Il me semble plus juste dans sa vision de monde.

La vie est mouvement entre une chose et son contraire. Chaque manque porte en lui sa richesse. Chaque richesse porte en lui son manque. Chaque identité n’existe que par rapport à une non identité…

On est soi parce que l’on est aussi passager de la terre comme tout les autres, à la fois distinct et indistinct dans une oscillation permanente et pleine de vie.

C’est comme la lumière. Elle n’existe que par rapport à l’ombre. Et vice versa.

Et moi, je n’existe que par rapport à tout ce qui n’est pas moi. Et en même temps, je participe aussi à tout ce qui n’est pas moi, en tant qu’être vivant. C’est une immense foire qui fait que la vie est sans cesse mouvante, imprévisible, étonnante et indissociable de tous ses états. Ce qui arrive à l’un rejaillit sur l’autre, bien ou mal…

Et l’égoïsme (pas l’égocentrisme) nourrit l’altruisme, car comment ne pas aimer l’autre lorsque l’on s’aime. Puisque nous somme liés. Etre bon avec soi donne envie d’être bon avec l’autre, par une pente naturelle qui veut qu’une source produit un cours d’eau qui abreuve tout sur son parcours… Non ?

Je ne sais pas. Je me trompe peut être mais il me semble que c’est une voie à creuser…

Je vais bien finir par savoir qui est cette femme…
Avec une tasse de thé….

 

 

 

 

Retour de thérapie 5/ Je ne suis pas une mère parfaite !

Il faudra que je m’habitue…

Cette impression de tristesse, de vide et de manque total de sens fait indéniablement partie de ma vie. Je me sens incapable et assez nulle. Inapte… Plus d’énergie pour réagir…
cette impuissance douloureuse, je ne peux qu’apprendre à la gérer pour qu’elle ne soit pas trop envahissante et essayer de l’équilibrer en développant une autre partie de moi, plus joyeuse et pleine de vie, le Soi (jungien, pour ceux qui s’y connaissent).

Bon, c’est pas une nouvelle extra. J’espérais bien que mon investissement hebdomadaire chez la psy allait me permettre de lâcher cet espèce de boulet dans le vide et de commencer une autre vie, plus cool.

Cela semble un peu « planète des bisounours », dit comme cela, mais j’y croyais… Il semblerait que je doive atterrir sur une réalité moins rigolote… mais peut être plus constructive… Qui sait ?
Ce soir, les cheveux trempés et dégoulinants dans le cou après mon bain, au lieu de me répandre comme une estrasse (ndlr: expression marseillaise pour dire larve, merdouille, invertébré neurasthénique et flasque) sur mon blog, je devrai être de train de réviser pour mon examen de vendredi, ou, au moins, assumer ma charge de mère… Mais je n’y arrive pas.

Raz le bol, tête vide, pas envie. Du fond de ma baignoire dans laquelle je m’étais sournoisement réfugiée après leur avoir servi leur repas, j’entendais mes enfants s’écharper et je n’avais pas le courage d’aller rétablir le calme… Peux plus.

Avant, ils étaient en garde alternée. C’était pas mal. Je n’avais pas cette charge, si lourde à porter seule, en permanence. Je pouvais souffler une semaine sur deux et m’octroyer une vie personnelle…

Mais j’ai du y renoncer et réclamer la garde pleine. Non pas, comme leur père m’en a accusé, pour le faire chier, le séparer de ses enfants (trémolos hypocrites de sa part) ou récupérer une pension (au demeurant dérisoire) mais parce qu’il ne s’en occupait pas bien, voire très mal, mis à part le minimum vital alimentaire. Ils étaient laissés à eux mêmes et commençaient à avoir de sérieux problèmes…

Ce fut un sacrifice, car désormais, je n’ai plus de plages de décompression et je dois tout assumer de front, ce qui, seule, est parfois au dessus de mes forces…

Pas le droit de craquer… Il faut être parfaite… et éventuellement, renoncer à tout ce qui n’est pas mon rôle maternel… (mes études, ma vie perso, mes loisirs, mes rêves…) Au risque d’être une mauvaise femme, une mère dégénérée, un monstre…
Quant à ma place de femme, cela fait un bail que je suis sommée de ne pas y penser… Mes précédents articles n’ont été qu’une manière de faire illusion avec des textes écrits il y a 3 ans dans d’autres circonstances et que je suis bien en peine d’avoir mis en pratique récemment… Et puis, pour être honnête, je fais comme la plupart mes soeurs, je ne fais pas la difficile et me contente de ce que le monsieur veut bien me donner, quand il y a un monsieur, ce qui n’arrive pas souvent… Je n’oserais jamais lui dire tout cela…

Enfin, peut être si, désormais. Je change quand même peu à peu et je me mets à voir mes engagements amoureux d’un oeil plus serein et moins peureux (Arghhhh j’ai peur qu’il me jette, je suis une nulité et il ne va pas vouloir de moi, ma vie dépend de ce homme, je ne peux vivre sans lui, ma vie sans sa présence n’a ps de sens, je veux mourriiiirrr…. et je vous en passe et des plus idiotes… Bon, vous y êtes, pas besoin d’un dessin je suppose. On est plein comme cela, hélas…) Et quitte à ne pas avoir la quantité, je crois que je vais me rabattre sur la qualité… The must sinon rien…

Donc, c’est rien en ce momentLangue….  Sourires…

Autoportrait en parfaite idiote

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C’est assez perturbant, il faut bien l’avouer, de réaliser, au fur et à mesure que le voile de nos vieilles habitudes protectrices se déchirent, à quel point on a pu se comporter en parfaite idiote…

Je crois qu’en la matière, je peux prétendre à un prix haut la main… L’oscar de la crétine de bonne foi… Moi qui ne gagne jamais à une loterie ou un jeux de hasard, j’ai cette fois, je crois gagné le pompon ! Mais il faut dire que cela n’a rien à voir avec un quelconque hasard…

 J’ai tout fait toute seule de mes petites mains habiles, j’ai tout organisé de A à Z, je pourrais en tirer un livre « Comment irrémédiablement rater ses relation amoureuses et passer pour une pauv’ fille… »

Le pire, c’est que je me croyais une victime, de la fatalité, d’une malédiction familiale, des mecs (tous les salauds sauf celui en cours… provisoirement), de la société, des blessures psychologiques des hommes, de mon ex, et j’en passe… Mon imagination pour trouver une explication à mon malheur était extrèmement fertile.  La seule personne que je n’ai pas supectée, c’est moi… Je n’en étais pas responsable…

Enfin, si, bien sûr, je me croyais tellement intrinsèquement nulle qu’il était logique que personne ne veuille de moi… Mais ce n’était pas vraiment de ma faute. J’étais un horrible caca boudin, certes, mais je n’avais rien fait pour cela. C’était le Pas de chance. Ma destinée et ma croix… Et j’aurais bien aimé que quelqu’un, n’importe qui, me dise: « Mais non, t’es pas si horrible, allez… même que je veux bien de toi …. » Histoire de me rassurer…

Et c’est ainsi que j’avais le chic pour m’attacher à tous les mecs qui passaient, surtout et de préférence s’ils étaient un peu destroy émotionnellement. Je retrouvais chez eux la vieille rengaine du « je ne suis pas assez bien »… que j’avais en moi. Du connu, donc. Et, donc, j’allais leur apporter ce que j’imaginais qu’ils avaient besoin (à l’aune de mes propres besoins). C’est un peu compliqué mais j’espère que vous suivez… Je leur offrais donc ce que j’espérais recevoir, c’est à dire de l’attention, de la tendresse et de l’amour rassurant. Sauf qu’ils n’en avaient rien à faire.

Je me faisais avoir dans un jeu de miroirs déformant d’un palais des glaces pervers…

Or, je vois maintenant qu’ainsi, je faisais tout pour me faire marcher dessus.

En fait, mon principe était le suivant: Il m’aime mais ne sait (variante: ne peut) pas l’exprimer. Je vais donc être patiente et aimante (et tout accepter: le sexe pas terrible, les coups de téléphone « oubliés » qui me laissent des heures scotchée à mon portable qui s’obstine à ne pas sonner ou alors c’est ma mère qui appelle (merde !), les semaines de silence (Il travaille….), les mensonges…) pour qu’il se rendre compte à quel point je suis quelqu’un de bien et à quel point il va être comblé avec moi… Et surtout ne rien demander en échange, ni engagement, ni implication. Je fais tout le boulot dans la relation, puisque, le pôôôvre garçon est une personnalité blessée (par maman, son ex, les deux, la société, les femmes, les blessures psychologiques de son enfance…. au choix) qui ne peut exprimer ses émotions et son désir.

Ouais… bon….

En réalité, je crois qu’ils étaient bien aise de trouver une bonne poire pour s’occuper d’eux quelques temps… une nana plutôt bonne au lit, qui les chouchoute, les masse, leur fait des cadeaux, leur envoie des SMS valorisants… en attendant, soit de trouver mieux (une vraie femme qu’on respecte), soit de passer à autre chose (comme de se donner à fond dans le boulot ou une cause). Mais tant qu’ils avaient un créneau, ma foi, on me garde au chaud… c’est cela, j’étais (je suis?) une poire pour la soif, un cul au cas où…

La réalité, c’est que je ne comptais tout simplement pas. S’ils ne manifestaient pas leur amour, c’est qu’il n’y avait pas d’amour. Pas la peine de me faire des films à n’en plus finir pour leur trouver des excuses. Ces mecs là ne savent tout simplement pas aimer. Point.

C’est comme cela, ce n’est pas de leur faute, mais, bon, il n’y a rien à en tirer. En tout cas pour moi. J’en ai assez de jouer les infirmières psy, disponible et nue sous sa blouse…

Et la meilleure, c’est que sans eux, je ne vais pas mourir ! Ben non ! Contrairement à ce dont j’étais profondément persuadée, je n’ai pas besoin d’eux pour exister, pour être moi et être femme… Ils n’ont pas cette puissance là.

Par contre, moi, je redécouvre la mienne, ma force de vie et d’indépendance.

Et j’arrive (pas toujours, mais cela arrive de temps en temps) à poser sur moi le regard sympa dont j’ai besoin et de me rassurer. Bon, c’est vrai, mes vieilles défenses ne se laissent pas abattre si facuilement et je vis encore de grandes angoisses d’anéantissement (si personne ne m’aime, je ne suis pas !!!! mamannnnnnnn! au secours, je sombre……) et ce n’est pas drôle du tout quand on est dedans…

Les veilles habitudes ont la vie tenace !

Par contre, de dehors, c’est parfaitement ridicule….

Donc, voilà… voilà… vais-je continuer à me comporter comme cette pauvre crétine que j’étais? Pas trop envie…

 

Thérapie 4 le retour…

Je suis un peu en vrac à cause de toutes ces remises en questions lors de ma thérapie… J’ai besoin de me recentrer sur moi, de me reconstruire, avant de choisir de partager quelque chose avec quelqu’un. je ne sais plus ou j’en suis… au fond…

Il y a en moi deux Agnès qui se font la guerre: l’ancienne qui est une grande dépendante affective (héritière de son passé et de ses vieilles croyances ), qui s’accroche au premier mec qui la regarde comme à une planche de salut, et qui a l’impression mourir si personne ne l’aime (tout en considérant que personne ne peut l’aimer, donc désespoir annoncé et victimisation forcenée), bref une parfaite idiote, et la nouvelle, qui commence à voir clair dans le jeu de la première. Celle-ci a envie d’une relation libre avec un homme qui est ce qu’il est (intelligent, plein d’humour et plein de défauts) sans que cela l’empêche de mener sa vie et de s’épanouir, dans son travail, avec ses enfants .

Agnès 1 me fait vraiment chier en me jettant périodiquement dans la détresse, la panique, et en m’obligeant à faire des trucs que je ne veux pas comme téléphoner au copain de service au lieu de lui ficher la paix et lui donner encore plus envie de me faire le mort (« désolé, j’ai un sanglier sur le feu, là mais je te rappelle… jamais »), ou d’imaginer ma vie en fonction d’un quidam qui m’a souri dans le tram  (c’est dingue pas le délire qui me prend parfois)…

Le problème, c’est qu’elle est encore puissante, cette Agnès 1, la garce!  Elle bénéficie de l’habitude, de la peur de l’inconnu et des conditionnements auxquels j’ai été soumis pendant si longtemps…

Agnès 2 essaie d’exister mais elle a du mal…

Bref, c’est Berouth là, dedans moi !!!! A coté de ce qui s’y passe, le conflit  Laurent Gbagbo – Alassane Ouattara, c’est de la gnognotte… Je vais donc essayer de me mettre entre parenthèse, le temps de la guerre civile entre les deux Agnès…

Mais tout le monde sait que les casques bleus, sont pas trop efficaces…

Je crois que j’ai fait une boulette…

ah, l’égo des journalistes !

Ce matin, conférence de presse à laquelle j’étais conviée en vertu de mon statut de presque journaliste.

J’aime bien, de temps en temps, me retrouver dans cette ambiance à la fois feutrée et aussi dangereuse que la jungle, où tout le monde s’épie et s’analyse comme si sa vie en dépendait. Cela ressemble à la cour de Versailles où les sourires de rigueur cachent assez mal des dentitions de carnivores. Qui est en grâce, qui en disgrâce, qui rencontre qui, qui se retrouve tout seul sur la touche… Moi, qui ne prétend plus vivre de ce métier, et qui suis parfaitement étrangère à cet état d’esprit, je me sens libre et je regarde cela comme une pièce de théâtre revancharde et amusante.

Je dois avouer que c’est bien parce que je ne jouais pas le jeu des hypocrisies obligées et du clientélisme digne des meilleurs moments de la décadence romaine, que j’ai été bien vite mise sur la touche de l’univers frelaté de la presse. Je ne suis décidément pas de la race des prédateurs et cet univers impitoyable n’était pas pour moi. Je le laisse à plus requin que moi. Même avec un masque, j’aurai été vite repérée…

De plus, je n’ai jamais caché mes erreurs, et mes éventuelles lacunes, considérant que la clarté était le meilleur moyen de m’améliorer et de fournir le meilleur travail possible. Enfin, je ne chantais pas mes louanges à tout bout de champ, ni celles des autres. Je préfère la modestie et le travail efficace dans la discrétion. Sans doute une incapacité lamentable de ma part. Tant pis.

Ainsi, alors que je travaillais dans un quotidien local, je me suis bêtement construit une fausse image de nulle , image absolument incompatible avec les critères du standing journalistique. Je n’étais pas de leur monde. Exit.

Là, donc, j’ai rencontré une collègue journaliste. Seule comme moi, elle a été ravie de papoter un peu et de me débiter le nom prestigieux du magazine pour lequel elle travaille, et donc de montrer qu’elle avait un beau pedigree à son actif. Las… je n’ai pas percuté tout de suite, et lorsqu’enfin, après qu’elle ait dû répéter trois fois, j’ai enfin compris, je ne me suis pas esbaudi devant ce titre de noblesse, mais j’ai simplement (bêtement) dit, « Ah, bon ». Ce qui était manifestement insuffisant pour son égo.

Je ne suis pas totalement idiote (enfin, je ne crois pas), et là, j’ai nettement vu dans ses yeux que je n’étais pas à la hauteur. D’autant plus que sommée, moi aussi de préciser la raison de ma présence, j’ai avoué travailler occasionnellement pour un canard dont la particularité n’est pas le nombre de ses pages culturelles… Je n’étais vraiment pas crédible…

Et c’est là que j’ai fait une boulette.

Histoire de mettre un peu de liant dans notre conversation un peu rêche, je lui ai parlé d’un article qu’elle venait de faire sur une amie commune qui tint un café danois à Nantes (Madame Bla, je vous recommande… 8 Rue Armand Brossard, 44000 Nantes, 02 51 82 75 11), et où, malencontreusement, l’adresse et les références manquaient.

L’idée était de parler de ce sympathique café venu du Nord, tenu par une non moins sympathique Birgitta qui a créé, près du cours des 50 otages, un havre de convivialité et un refuge chaleureux, à base sourires, de gentillesse et de gâteau chocolat-caramel à la chantilly à tomber par terre et à réchauffer le coeur. Pour le régime, on verra plus tard…

Là, j’ai eu l’impression que je l’avais attaquée au lance-flammes. Elle m’a vertement répondu qu’il s’agissait des coupures dues au calibrage et que cela lui était parfaitement égal. Comme si je ne savais pas ce qu’était un calibrage…

Non, on ne coupe pas les infos essentielles d’un article au calibrage. Cela obligerait le magazine à un erratum qui fait toujours mauvais effet. On coupe dans le corps du texte, si on a besoin de faire plus court.

Manifestement, elle avait sans doute omis l’info. ce qui peut arriver à tout le monde. Mais il est impensable à un journaliste d’avouer être simplement au niveau de la plupart du commun des mortels. Un journaliste est parfait, sait tout, connait tout et ne pond que des merveilles… Point barre. S’il y a un souci, c’est la faute à quelqu’un d’autre. Forcément.

Devant mon air ahuri et incroyant, elle m’a haïe. J’avais naïvement attaqué son égo sur-dimensionné et fragile de journaliste, tout à fait sans le vouloir. Je me suis faite illico une ennemie.

Elle n’a plus répondu à mes questions et m’a fuie comme si j’avais la peste, le béri béri et le choléra associés, accompagné d’un sida foudroyant.

C’est dommage, tout de même, car nous aurions pu devenir copines, puisque nous avons une amie commune, la dite propriétaire du bar cité ci haut. Mais bon, comme souvent dans ma vie de gaffeuse professionnelle, j’ai tout gâché en mettant les pieds dans le plat !

Je devrais le savoir, quand même ! ScelleToute vérité n’est pas bonne à dire… surtout à un journaliste !

PS: Que mes amis journalistes (car il y en a) ne se sentent pas visés. Car, à l’image des chasseurs décrit par certains humoristes zinconnus, il y a des bons journalistes et des mauvais journalistes…

Et mes amis sont des bons… forcément…

Re PS: La journaliste en question est en fait quelqu’un de très bien… mais ce jour là, il y avait un os. Bon. Personn e n’est parfait (et surtout pas moi) et on s’est marchés sur les pieds, mutuellement et carrément. Ce qui nous a énervées l’une et l’autre (je ne suis pas tendre ci-dessus). Donc, je fais amende honorable, et si ce que je dis de certains journalistes à l’égo fragile et surdimensioné reste vrai, cela ne l’est pas pour celle-ci. Et ben voilà, c’était pas son bon jour. Et sans doute pas le mien non plus…

Il ne nous reste qu’à en rire, et nous moquer de nous-mêmes dans cette bizarre comédie humaine que sont les médias…

nouvelles

Iles

Les rencontres de hasard sont parfois les plus riches.

Elles font partie de ces moments qui vous déboulent dessus sans crier gare et qu’il parait dangereux d’accepter. L’inconnu, la nouveauté, braver l’interdit leur donne une saveur délicieuse qu’on ne retrouve pas dans les bras de l’habitude. C’est vrai, il y a du risque à se lancer ainsi dans une telle aventure. Surtout lorsque l’on est une femme. La liberté est une vertu que l’on préfère masculine. Lorsqu’elle concerne l’autre sexe, elle se teinte, qu’on le veuille ou non, d’un voile de vice libertin et mal venu.

J’étais dans une île. J’ai toujours aimé les îles. On y est à part, un peu à l’écart de la société humaine, protégé par la mer de toute part. On y a le droit d’être différent, dans ces lieux cultivant leur particularisme avec un soin jaloux. Il y a les îliens et les autres, le troupeau, la masse des continentaux. Solitude riche, séparé des autres, libre.

Dans une île on est obligé de choisir. On ne peut tout emporter… juste ce qui peut être porté par deux mains sur le bateau qui va nous y conduire. Une valise, un sac, quelques livres, l’essentiel. Chacun ayant sa version de l’essentiel, bien sûr. Une fois débarqué, on retrouve une simplicité reposante. On n’est plus embarrassé de ces gadgets de la vie moderne derrière lequel nous passons notre temps à nous cacher, qui nous permettent de jouer un rôle et de nous oublier.

Et puis, le temps et l’espace y sont d’une autre essence. On y touche l’essence de l’être. La superficialité de notre vie civilisée, avec ses machines, son bruit, ses horaires, ses productions utiles n’y ont pas cours. On est obligé de suivre l’éternel cours naturel du temps, celui des marrées, des vents, de l’orage et du soleil. On s’y déplace à pied ou à vélo, on doit attendre le bac, on doit se soumettre à la nature, à la mer, au temps qu’il fait. Parce que c’est ainsi et cela ne peut être autrement.

J’étais donc dans une petite île de l’Atlantique. Seule. Au calme. Pour travailler et trouver enfin l’envie d’écrire. J’avais besoin de me retrouver face à moi-même. Je sortais d’une rupture amoureuse et je ne savais plus trop j’étais au juste. La femme que j’avais en face de moi, je ne la reconnaissais pas. Je réalisais que depuis ma naissance j’avais toujours demandé aux autres de me renvoyer mon image et je vivais en fonction de cette image, j’étais devenue cette image. Parfois bonne, souvent mauvaise, mon moi naviguais au gré de l’opinion des autres.

Cet homme que j’avais tellement aimé, m’avait permis de me découvrir un peu, au début, lorsque je me sentais aimée et que je n’avais plus peur. Sécurisée par son affection, il m’avais pris la curiosité de me regarder enfin et j’avais découvert quelqu’un que je ne connaissais pas mais qui, ma foi, pouvait être intéressante à connaître.

Et puis, bêtement, tout s’est effondré d’un coup, lorsque il m’a abandonnée pour une autre, brutalement, comme cela, du jour au lendemain.

Je n’y ai rien compris et il a fallu des nuits et des nuits de pleurs et de rage, des réveils douloureux, des journées bouffies de larmes et de tristesse pour comprendre que cet amour n’était qu’illusion, ou plutôt une triste farce.

Je m’étais faite avoir par un Casanova de bas étage qui jouait remarquablement son rôle d’amoureux, mais ne cherchait qu’à se rassurer sur une virilité problématique. Ce n’était pas l’amour de ma vie, il ne me restait plus qu’à tourner la page.

Et tant qu’à faire, découvrir enfin qui j’étais vraiment.

Une petite chambre claire, bleue et blanche, ouverte sur un vieux pommier tout tordu, une table, une chaise paillée et un stylo accompagné de son cahier d’écolière sage, étaient mon univers. Une chaise longue aussi, où je rêvais à l’ombre dans un petit jardin qui sentait un peu l’océan tout proche.

Les premiers jours, je n’avais pas beaucoup rempli de pages sur mon cahier. J’avais préféré respirer, sentir et regarder la mer, son cycle rassurant d’allers-retours sur le sable de la plage. Ecouter aussi les mille petits bruits de sussions, de claquements, de gargouillis qui s’échappaient sous mes pieds dès que l’eau se retirait.

Je partais aussi en vélo, pédaler tant que je pouvais autour de l’île et m’enivrer de ses parfums, de ses paysages et de sa lumière. Je ne fréquentais personne. Je n’en avais ni l’envie ni le courage. Les seules paroles que je pouvais échanger étaient celles destinées au boulanger et à l’épicier du petit village, histoire de ne pas mourir de faim.

Un jour, environ un mois après mon arrivée, un homme, un bel homme, peintre, s’installa un jour sur la plage, non loin de moi. Je ne l’ai pas vu tout de suite. J’avais le regard perdu vers le large, la mer, sans trop me préoccuper de mes semblables… J’étais justement venue ici pour les fuir…

Il installa son matériel, et se mit à faire des aquarelles. Lui non plus ne semblait pas avoir conscience de ma présence. Nous étions en été, mais nous étions à peu près les seuls sur cette plage. Un peu plus loin, une famille bien comme il faut s’ébattaient dans le sable et dans l’eau. On ne les entendait pas.

Plusieurs jours se sont passés dans cette fausse proximité. Peu à peu, sans paroles, une intimité était pourtant en train de naître. Je ne connaissais ni le son de sa voix, ni la couleur de ses yeux, et pourtant, lorsqu’il n’était pas là, il me manquait.

Un soir, il faisait particulièrement doux. Je décidais de rester jusqu’à la nuit noire. Laisser la nuit dévorer le jour et transformer l’horizon en brasier avant que l’ombre ne se répande sur la mer…

Il était remonté chez lui.

J’étais assise sur le sable. J’écoutais ma propre respiration et les mille bruits de la nuit qui s’avance, me laissant couler dans l’harmonie tranquille de l’instant, lorsque je sentis sa présence derrière moi.

Bizarrement, je n’ai pas eu peur. Au fond je l’attendais, comme si nous nous étions donnés sans le savoir un rendez-vous secret.

Je sentis ses mains se poser, légères comme deux ailes, sur mes épaules.

- Bonsoir.

Un étrange frisson passa sur moi. Il avait une voix grave et vibrante qui s’imprégna jusqu’au fond de mon ventre en onde délicieuses. Une voix douce comme du velours. J’aurais dû me dégager, lui demander de quel droit il se permettait pareille familiarité… Je ne le fis pas. Ces gestes avaient le naturel de l’évidence. Sans le savoir je les attendais. Il murmura de nouveau:

-         Bonsoir. … Belle nuit.

-         Oui.

Ma voix était quasi inaudible.

-         Vous aussi êtes belle

-         …

-         Je vous ai dessinée 20 fois depuis que je vous ai vue.

-         …

J’étais incapable d’émettre un son. Non pas que je j’aie peur ou que je me sentes mal à l‘aise, mais simplement je ne trouvais rien à dire. J’étais étonnamment détendue et toute parole me paraissait déplacée en cet instant. Mon corps acquiesçait à la caresse de cet homme dont je ne voyais pourtant même pas le visage et j’avais envie de cette rencontre là, au-delà des mots, des explications et des justifications plus ou moins sincères des amants civilisés.

-         Ne dites rien. Seulement ceci, cela ne vous dérange pas, mes mains?

-         Non… c’est bizarre mais… non…

-         Merci

Ses mains se mirent alors, avec lenteur et délicatesse à voyager sur ma peau, écartant le tissu parfois, sans forcer, tendrement, pleines de respect. Elles s’arrêtaient toujours avant d’aller trop loin, demandant une permission muette que j’étais bien incapable de leur refuser. Alors elles reprenaient leur voyage tendre.

Enfin, sa bouche vint chercher mes lèvres. Notre baiser fut profond et interminable. Mais il aurait pu encore continuer sans que je ne m’en plaigne, tant j’étais bien contre et dans sa bouche.

Il quitta pourtant mes lèvres pour descendre le long de ma poitrine, de mon ventre.

Il était maintenant face à moi et me souriait. Une serviette nouée comme un pagne recouvrait ses hanches. Il avait les yeux d’un vert profond et un merveilleux sourire tendre. Un corps qui ressemblait à ceux des Botitshava de pierre que j’aimais aller admirer au musée Guimet. Un corps emprunt de sensualité et de retenue, d’où émanait une virilité sereine et rassurante.

Il laissa tomber la serviette, découvrant son maillot de bain, me prit la main et m’emmena vers les flots qui venaient à notre rencontre. La marée montait et l’eau était maintenant toute proche.

Nous sommes entrés dans l’Océan au moment où le soleil y disparaissait. L’éclat de ses yeux m’hypnotisait.

-         Viens… as-tu froid ? Veux-tu nager ?

-         Ca va …

Nous avons nagé un peu, lui me frôlant sans cesse, m’évitant les rochers affleurants qui sont nombreux sur ces côtes, me permettant de me reposer sur ses bras lorsque j’étais un peu fatiguée. Je sentais l’eau masser doucement mon corps et je ne savais plus si c’était ses mains ou l’océan qui me touchait. L’un ou l’autre c’était une caresse si suave, si sucrée, si délicieuse que j’aurais voulu que ces minutes durent l’éternité.

Je prenais possession de mon corps avec délices, sous son égide, mais en toute liberté et conscience. Sensation délicieuse de s’éveiller à la sensation et de s’ancrer dans la réalité de l’instant présent.

De retour sur la plage, il me sécha vigoureusement en riant puis me raccompagna chez moi et me souhaita une bonne nuit.

- Douce nuit, belle dame. Je vais rêver à vous, je crois…

Je lui souris sans répondre et referma doucement ma porte.

Le lendemain, sur la plage, nous bavardâmes librement, de tout, de rien et surtout pas de nous. Parfois, une remarque, un mot, une ombre dans les yeux de l’un et l’autre disait une souffrance qui était accueillie et comprise par l’autre sans même être formulée. Leur enfance dans le silence et la solitude, l’impression d’être étrangers au monde, la joie de la vie et des belles choses, le douceur de l’instant.

Il l’invita à dîner chez lui. Dans sa maisonnette qui ressemblait plus à un abri de jardin qu’à un lieu de villégiature, il y avait deux petites toiles, des papiers, des pinceaux, un lit et une valise. rien d’autre. La table était dehors, sur la terrasse abritée d’une glycine et regardait l’océan. Un poisson grillé sur un barbecue rouillé, du pain, des crevettes, du fromage et la fraîcheur acidulée d’une bouteille de vin blanc… Une pêche qu’il lui éplucha fut leur dessert partagé. Il n’y avait pas de questions. Simplement le plaisir d’être là, ensemble.

Nos yeux se sont accrochés et ont attiré nos corps. Comme lors de notre rencontre ses mains voyagèrent sur moi. Sous ces caresses, je me laissais faire, sans force, toute en sensations. Chaque parcelle de ma peau semblait s’éveiller à la vie et vibrer dans un grand concert musical et sensuel. J’existais toute entière par ses mains. Je ne voulais rien d’autre, hors du temps et de l’espace. Je m’abandonnais.

Puis, il se leva, souriant, avec dans les yeux un mélange de désir et d’allégresse. Il me prit par la main et m’entraîna sur la plage toute proche. Il n’y avait plus personne, que la lune qui nous regardait d’un air complice, que les vagues et la légère brise caressante.

Il redevint sérieux en portant la main à mon maillot pour me demander s’il pouvait l’enlever. Je lui répondis d’un sourire et en portant mes mains vers le sien qui glissa très vite sur le sable.

Il étala la grande serviette près de nous et m’y allongea avant de m’ôter délicatement mon vêtement mouillé. Il avait des gestes  précis et beaux. Rien n’était vulgaire, ni forcé, tout était parfaitement harmonieux et sensuel.

Il prenait manifestement plaisir à me regarder, à me toucher, à faire jaillir des vibrations gourmandes de ma peau, évitant le sexe mais le frôlant sans cesse. Il m’embrassa absolument partout, du visage au bout des orteils.

-         Tu es belle, ainsi, abandonnée et farouche. Je sais bien que tu ne donnes que ce que tu veux bien donner. Je n’ai aucun droit sur toi, alors que tu es en train d’en prendre sur moi par le désir que j’ai de toi.

Je me taisais toujours. Ce qu’il disait était vrai. Je ne donnais que ce que je voulais bien donner, le plaisir que pouvait procurer mon corps. Plaisir que je donnais et qu’il me rendait au centuple. Mais la part secrète de moi, ce qui est du domaine du cœur et de l’âme, il ne pouvait l’atteindre, je n’en avais pas envie. Il le savait.

-         J’adore ta peau. Elle est douce et tendre.

Il se pencha vers ma toison, chercher d’autres lèvres qui s’ouvraient à ses baisers avec avidité.

Lorsque nos deux corps s’unirent, une vague immense de plaisir me submergea. J’ai dû gémir, crier, pleurer, je ne sais plus. Je ne me souviens que de cette jouissance totale qui m’emportait et me tordait de plaisir. J’étais mon sexe, j’étais vivante, j’étais moi…

Quand je rouvris les yeux, il me regardait en souriant. Heureux .

Ses yeux, vert d’eau m’enveloppaient de douceur et de reconnaissance tendre.

Je me blottis contre lui, encore tremblante. J’étais bien, enveloppée dans ses bras, contre son corps dont je respirais l’odeur avec bonheur. Je sentais son sexe dressé qui se frottait doucement contre moi, lentement, pour ne pas déranger mon repos.

La nuit avançait. Je crois que je me suis endormie un peu, confiante, contre sa poitrine…

A mon réveil, j’étais dans sa chambre. Il m’y avait portée et installée confortablement dans les draps de lin blanc et frais. C’était le milieu de la nuit. Il avait veillé mon sommeil dans un grand fauteuil, vêtu d’une robe de chambre en soie sombre et s’y étais un peu assoupi. Je bougeais un peu et il se redressa.

- Où je suis ?

- Chez moi. Je ne voulais pas que tu attrapes froid sur la plage.

- Pourquoi n’es tu pas dans ton lit ?

- Je n’avais pas envie. Tu dormais. Je ne voulais ni te réveiller ni te mettre devant le fait accompli. Tu n’as peut être pas envie de partager mon lit … dit-il en riant.

- Crois-tu ?

Je souriais.

Nos regards étaient plongés l’un dans l’autre. Et il y avait beaucoup de lumière dans ses yeux. Je lui demandais de venir près de moi.

Il laissa tomber son vêtement et s’allongea à mes côtés puis m’embrassa…

J’aimais qu’il me possède avec un mélange de force et de délicatesse qui imprégnait tous ses gestes. Nous tanguions au rythme de nos souffles, lui dans mes reins, caressant mes fesses, mes seins et mon sexe. Moi découvrant son corps avec ma peau, mes mains et ma bouche, avide de tout connaître jusqu’aux moindres recoins. Nous avons joui ensemble, unissant nos râles, donnant et recevant avec le même bonheur.

Depuis cette nuit, nous nous sommes plusieurs fois retrouvés. Soit sur la plage, soit dans la mer, soit chez lui.

Peu à peu, je me sentais renaître à moi-même. Nous parlions peu mais je sentais sa confiance et son désir. Il ne m’obligeait en rien, même pas à l’aimer. J’étais libre. Mais le regard qu’il posait sur moi me forçait à me regarder, à me connaître et à m’aimer. Initiation silencieuse.

Parfois, après avoir fait l’amour, je restais un peu à le regarder dessiner. Il m’a beaucoup représentée et chaque fois, je me découvrais à travers ses yeux, changeante, vivante, toujours un peu la  même et toujours différente.

Je ne connais pas son nom. Il ne m’a jamais demandé le mien. Cela n’avait pas d’importance.

A la fin de l’été nous sommes repartis chacun de notre côté, silencieux et étrangement confiants. J’avais encore un long chemin à faire pour devenir pleinement moi-même et il saurait attendre. Rien ne pressait. Je n’étais pas prête pour un nouvel amour. Il le savait. Il me l’a dit lorsque nous nous sommes dit au revoir, la dernière nuit, sur le pas de sa porte. Comme d’habitude, j’ai du reconnaître qu’il avait raison.

Le bac s’éloignait de l’île et les côtes se sont estompées peu à peu, se mêlant à l’océan, devenant chaque minute plus floues. Il n’était pas à bord. La vie réelle et concrète m’attendait de l’autre côté et me happerai bientôt. Notre histoire avait-elle été réelle ou simplement rêvée dans la langueur de ces journées océanes ? Tout ceci n’était peut être qu’une aventure née de mon désœuvrement et de mon imagination…

Nous savons pourtant tous les deux que nous nous retrouverons un jour, quand ce sera possible dans nos vies… Peut être… et pourquoi pas ?

Le modèle

« Vous pouvez vous installer là, s’il vous plait. La lumière est meilleure. Pour vous déshabiller, c’est derrière le paravent… » lui dit Clara d’un air affairé, sans même lever les yeux sur le modèle qui venait d’entrer d’un pas hésitant. Elle rangeait ses crayons, son matériel, ses carnets avec une précision presque maniaque, à son habitude. Elle détestait par-dessus tout avoir à chercher un crayon ou une gomme en pleine séance de travail. Pour être libre de se consacrer à son dessin, aux méandres d’un trait, à l’équilibre de l’ombre et de la lumière, tout devait être parfait au départ.

C’était la première fois qu’elle faisait venir un modèle masculin dans son atelier. La plupart du temps, jusque là, elle dessinait et peignait des femmes, des enfants, des animaux, des compositions, des natures mortes ou bien allait croquer des personnages dans la rue, à la terrasse d’un café ou dans une salle de concert. Non pas qu’elle évitât ce genre de sujet, mais elle n’en avait simplement jamais eu envie. Elle aimait transcrire le mouvement de la vie, les changements de la lumière, les vibrations des êtres plus que la beauté statique des choses. L’immobilité s’apparentait pour elle à la mort. Bien sûr, elle admettait qu’il y avait une beauté et un côté fascinant à la mort, mais cela ne l’attirait pas. Les statues d’hommes nus, qu’elles viennent de l’antiquité grecque ou qu’elles soient plus récentes lui paraissaient, certes, belles et pourtant comme mortes, froides, prisonnières de la matière et de leurs formes parfaites. Elle avait le souvenir en demi-teinte d’un Apollon de David, trônant face à la plage de Marseille, au corps magnifique mais qu’elle ne pouvait s’empêcher de trouver légèrement ridicule comme un baigneur gêné qui aurait perdu son maillot.

Mais ce jour-là était différent. Pour une fois, elle avait eu envie de s’attaquer à un corps d’homme, sa musculature, sa manière bien à lui d’être humain, sa force et sa faiblesse… Nu, dépouillé de ces attributs de la puissance virile que sont les vêtements, costume ou jean faussement décontracté. Elle le voulait nu, vulnérable, livré à son regard et en même temps éminemment digne de respect. L’homme, cette drôle d’espèce, si pleine de contradictions…

Et puis, il y avait aussi, pourquoi le nierait-elle, une envie soudaine et mutine de changer quelque chose dans le regard qu‘elle posait sur les choses, les gens, son travail. Elle s’amusait à l’avance de l’inversion des rôles qu’elle allait provoquer. Dans l’histoire de l’humanité, c’était le plus souvent les hommes qui peignaient des femmes nues. Elle n’arrivait pas à se souvenir d’une femme artiste représentant un homme nu, si ce n’est lors de leurs années d’école ou d’ateliers, comme tous les autres apprentis créateurs. Et bien cette fois-ci, ce serait une femme qui ferait glisser son crayon le long d’un dos et d’une fesse d’homme… Il y avait une petite jubilation à se libérer de ce carcan sexiste.

Le jeune modèle semblait intimidé. Etait-ce parce que cette artiste-là, non pas parfaitement belle, était troublante… manifestement à son insu.

- Comment voulez-vous que … ? commença t’il en regardant ailleurs après s’être déshabillé derrière le paravent. Il était debout, face à elle, nu comme un ver, attendant ses instructions.

Elle leva les yeux et le regarda enfin. Il avait des yeux magnifiques, intelligents et profonds d’un bleu intense piqueté d’or. Ses mains élégantes étaient pudiquement placées devant son sexe qu’elles cachaient peu. Une grande douceur émanait de lui. Une grande force aussi. Il était beau. Non pas une beauté plastique et parfaite mais une beauté émouvante, vivante et puissante.

Il rougit un peu sous son regard, mais ses yeux ne la fuyaient pas.

- Vous êtes gêné ? Vous savez, si vous n’êtes pas à l’aise, cela ne pourra pas se faire. Je ne veux pas que vous vous sentiez obligé. Si ce que je vous demande ne vous plait pas, je vous paye et on en reste là. Je comprendrai. Ce n’est pas forcément facile de se livrer comme cela à un peintre… Dites-moi vraiment…

-  Non, non… ça va… C’est juste que je n’ai pas l’habitude de…

- De ? Vous n’êtes pas modèle depuis longtemps, c’est ça.

- Oui… non…. C’est vrai que je ne pose pas depuis très longtemps. Mais ce n’est pas ça…

- Vous savez, je n’ai jamais mangé personne, et encore moins un modèle, homme ou femme. Vous êtes pour moi un sujet à dessiner. C’est tout.

 

« Du moins pendant la pose », rajouta-t’elle beaucoup plus bas avant de reprendre à voix haute et avec un sourire amusé:

- Et s’il vous plait, ne bandez pas… sinon je vous la coupe…

Elle venait de remarquer que les éléments constitutifs de la virilité du jeune homme commençaient à donner des signes de vie autonomes.

Le jeune homme eut un sursaut et tout rentra dans l’ordre. Il est des mots qui, même dits en plaisantant, vous calment tout de suite… elle le savait bien. L’angoisse de la castration est toujours nichée au fin fond de l’inconscient de chaque homme. Monsieur Freud n’avait rien inventé.

Elle lui montra la pose et commença à dessiner.

Le modèle, immobile, ne pouvait s’empêcher de la regarder. Elle était concentrée sur ce qu’elle faisait et ne lui jetait que des coups d’œil rapides et techniques. Une mèche de ses cheveux s’obstinait à retomber sur son front. Ses longs cils noirs qu’elle n’avait pas maquillés adoucissaient un regard pétillant d’intelligence. Sa bouche parfaitement bien dessinée s’entrouvrait légèrement sans qu’elle s’en rendre compte. Parfois elle se mordillait la lèvre inférieure lorsqu’elle cherchait un trait, un mouvement qui lui résistait. Elle portait une grande blouse ample qui masquait ses formes. Mais elle paraissait fine et féminine. De belles jambes se croisaient et se décroisaient sous sa chaise. La peau de son cou et de son décolleté appelaient des caresses. Blanche et tendre.

Ses yeux, surtout, le fascinaient. Il avait envie de les voir se fermer de plaisir. Oui, c’était cela, cette femme irradiait de plaisir et de sensualité. Il avait rarement été bouleversé ainsi par une femme qu’il ne connaissait pas. De jolies femmes, des femmes splendides, il en avait beaucoup croisé dans sa vie. Amies, amantes, modèles comme lui, il avait l’habitude de les côtoyer et de les mettre dans son lit quand il le voulait. Mais elle… elle était différente. Il ressentait des émotions sur les quelles il ne pouvait mettre un nom. Quelque chose d’archaïque et de violent, de tendre et de raffiné, un désir fou et un respect total. Il avait envie de la posséder, là tout de suite et savait qu’il ne se l’autoriserait jamais. Pas elle. Ne pas lui faire de mal. Il ne s’en sentait pas le droit malgré la violence douloureuse de son désir.

Le soleil d’avril commençait à glisser le long du plancher en bois blond et donnait au modèle une couleur dorée et chaude qui faisait vibrer sa peau. Le crayon glissait avec aisance sur la feuille, donnant forme et réalité à un être qui était le modèle sans être tout à fait lui. Il y avait un peu d’elle dans chacun de ses dessins et cette fois-ci il y avait quelque chose de troublant à mêler sa féminité créatrice à la manifestation si évidente et nue de la virilité.

Toute à ses croquis, elle ne sentait pas le temps passer. Il y avait quelque chose en lui qui lui donnait envie de prendre, de saisir cette émotion, de lui donner forme, de la fixer, de l’emprisonner dans les traits noirs et gris de ses fusains pour la garder à jamais vivante.

Ne pas laisser s’envoler l’instant, vaincre le temps qui offre tout et le reprends aussi vite, s’agripper à la vie qui file entre les doigts à chaque respiration, échapper à l’immobilité et au néant de la mort…

Elle ne s’est pas rendu compte tout de suite que les lèvres du jeune homme commençaient à se tendre, la respiration devenant moins souple, les yeux plus durs. La fatigue gagnait son modèle et la tension qu’il s’imposait allait bientôt devenir insupportable.

- S’il vous plait… osa-t-il en désespoir de cause. Cela fait plus d’une heure…

Elle leva la tête, contrariée. Mais très vite, elle effaça de son front les marques de son agacement pour lui sourire et s’excuser.

- Oh, pardonnez moi, je ne me suis pas rendu compte de l’heure. Bien sûr. Reposez vous. Il y a un peignoir derrière le paravent.

- Merci.

- Voulez-vous arrêter ou avez-vous le courage de poser encore un peu tout à l’heure? J’aimerai finir cette série…

- Non, il n’y a pas de problème. Je reprends tout à l’heure. Mais à midi et demi je dois partir, j’ai un rendez-vous.

Pendant qu’elle classait ses dessins terminés et remettait de l’ordre dans son matériel, Mathias était allé s’accouder à la fenêtre et fumait une cigarette.

Elle se redressa, s’étira un peu et regarda l’homme qui lui tournait le dos, un peu engoncé dans un peignoir manifestement un peu trop petit pour lui.

“Je vais devoir investir dans un nouveau peignoir à la mesure de mes nouveaux modèles!” Pensa-t-elle en souriant intérieurement.

“Dieu qu’il a de belles fesses !”

Elle était un peu étonnée de se voir sensible aux charmes du jeune homme. Elle ne se connaissait pas ainsi. Était-elle en train de changer ? Une nouvelle envie de dessiner des mâles nus, une sensibilité à fleur de peau devant leurs appâts dans le plus simple appareil… ou bien était-ce lui, cet homme là, en particulier qui lui faisait de l’effet…Mais pourquoi ?

Jusqu’à présent elle avait toujours eu une vie sentimentale et sexuelle satisfaisante… enfin presque… Du moins avait-elle trouvé depuis peu un équilibre dont elle était fière. Une vraie autonomie matérielle et affective et quelque fois des amants devenus des amis qui venaient chez elle passer une nuit de plaisir en toute liberté. Plus de serments, plus d’obligations… Elle avait renoncé à demandé aux hommes de l’aimer, encore moins à s’engager avec elle.

Elle avait été mariée, avait eu des enfants, avait joué le jeu de la femme dévouée et fidèle pour se rendre compte, au final qu’elle n’était qu’exploitée et méprisée.

Puis elle avait cru aux déclarations d’amour d’hommes éperdus. Elle se voyait alors mise sur un piédestal, admirée, désirée, mise sous cloche et finalement intouchable, elle qui ne demandait que la sincérité d‘un peu de tendresse. Les beaux serments ne résistaient pas au temps. Il y avait même eu cet homme qui la désirait tellement qu’il avait fini par ne plus pouvoir lui faire l’amour et qui, mortifié, avait pris le parti de la quitter. C’était il y a un an.

Cette blessure avait été la plus douloureuse et l’avait vacciné contre l’amour. Elle s’était retiré dans une forteresse dans laquelle elle se sentait maintenant bien et qu’elle n’avait pas du tout envie d’ouvrir. Surtout pas à un beau gosse comme celui là qui se moquerait bien certainement d’elle…

“Il a un rendez-vous… sûrement sa petite amie… Allez, calme toi, Clara, cet homme n’est pas pour toi…” lui murmurait une voix au fond d’elle même.

La journée était belle. Une de ces journées de printemps qui tiennent un peu de la magie. Surtout à Paris. L’air change de texture, il est léger, gai et pousse à envisager les pires audaces. Elle vint à la fenêtre respirer un peu. Accoudée à ses côtés, elle regardait la lumière peindre les façades de l’immeuble en face. Il avait terminé sa cigarette. Leur souffle était calme. Ils ne disaient rien. Le silence entre eux était doux et confiant et cela lui faisait du bien.

Il bougea légèrement et sa hanche vint frôler celle de Clara. Une douce sensation de chaleur envahit celle-ci au même moment. Elle se sentit troublée et se retourna vivement pour reprendre sa place mais pas assez vite pour éviter de croiser son regard. Une seconde où elle perdit pied.

Elle ferma résolument les yeux un instant et marcha comme une automate vers sa table de travail.

La séance de pose ne connut plus d’autre incident.

Elle décida de ne plus lui demander de revenir et changea de modèle pour ses dessins.

Il sortit de son immeuble avec l’envie très précise de la revoir. Mais comment ? Il ne se voyait pas la rappeler pour lui demander de poser de nouveau pour elle, encore moins pour lui demander de passer une soirée avec lui…

Il était mal à l’aise, c’était la première fois qu’il ressentait une telle émotion face à une femme et se trouvait stupide. Il ne savait ni l’analyser ni le nommer. Il décida donc de l’oublier et reprit le cours de sa vie.

…/…

L’Opéra.

Les musiciens attaquaient le prélude lorsqu’un retardataire vint s’assoir auprés d’elle. Les ouvreuses remplissaient ainsi les loges au fur et à mesure des arrivées.

Toute entière concentrée sur la musique, elle n’y fit pas vraiment attention. Elle poussa légèrement sa chaise pour faire de la place au nouvel arrivant.

Malgré la pénombre, il la reconnut tout de suite. Six mois avaient passé et pourtant, tout lui revint dans la figure à l’instant même où il jeta un regard sur elle.

Il enleva son manteau, le plia et le posa sur le dossier de sa chaise. Il s’assit sagement et attendit la fin du morceau pour se pencher lentement vers elle:

- Bonjour.

Elle se retourna, étonnée.

- Bonjour. Mais qui…

- Matthias, le modèle, il y a quelques mois… avez-vous fini ce que vous vouliez faire ? Vous ne m’avez pas rappelé…

- Oui… Non… je….

Clara bénit le manque de lumière de la salle pour cacher le rose qui venait de lui monter aux joues. Elle était bouleversée, se trouvait idiote de l’être et se disait que sa soirée allait être gâchée par cette présence intempestive dans sa loge qui l’empêcherait de se laisser aller librement aux plaisirs de la musique.

Il souriait gentiment et cette fois elle ne pouvait fuir son regard.

“Mais que me veut il ? Pourquoi me regarder comme cela ?” Des pensées incohérentes vinrent submerger son cerveau l’obligeant à l’impuissance.

Alors, très lentement, il lui prit la main et la porta à ses lèvres.

Le contact de son baiser sur sa peau donna à Clara l’envie de grimper aux rideaux, à supposer que ceux de la scène eussent été à sa portée. ..

Elle ne suivit pas vraiment le spectacle mais elle en sortit épuisée et profondément bienheureuse.

Mathias était un amant délicat et à l’écoute de ses désirs les plus ténus, elle était libre et généreuse dans son accueil. Ils s’accordaient au rythme de la musique, se laissant entraîner dans un monde parallèle qui n’appartenait qu’à eux.

A la fin du spectacle, lorsqu’ils remirent leurs manteaux après avoir quelque peu réparé les dommages de leur tenue, il lui prit la main, comme un enfant et l’emmena chez lui….

 


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