Page d'archive 27

De la religion sinon rien…

 

Hier soir, je suis allée voir un opéra, Le Concile d’Amour, adapté de la pièce d’Oscar Panizza, un auteur suisse allemand un peu fou de la fin du XIX ème siècle (il est mort en 1921). Il y attaque violemment l’Eglise catholique accusée de toutes les dépravations (avec raison en ce qui concerne l’époque incriminée, le règne des papes Borgias qui ont « un peu » exagéré dans la licence morale…) et la Religion dans son ensemble.

Farce burlesque autant que dénonciation délirante, la pièce est pourtant porteuse de messages d’un réel humanisme. Elle défend le respect de l’homme, de sa faiblesse comme de sa grandeur, de son droit inaliénable à la liberté et à l’amour véritable.

Las ! l’Opéra n’a pas tenu ses promesses. Il nous a été imposé un sermon ennuyeux et finalement bien pensant, pas de délire, pas de burlesque, pas d’humour… On reste dans les limites de la décence, du politiquement correct, on ne prend pas de risques, on se méfie de la folie…

La folie ouvre pourtant bien des fois les portes de la sagesse… Par son outrance même, elle a le culot de déranger les idées reçues et de faire bouger les choses. Idées reçues souvent sclérosées et porteuses de souffrance sous leur apparente bienséance.

Mais… c’était un exercice difficile et… eh bien… on ne réussit pas toujours… Qu’importe.

La vision de Dieu et des rapports religieux dans cette pièce m’a cependant interrogée. Rien d’immanent, de transcendant, de spirituel dans cette pièce. Un vieux Dieu cacochyme perclus de rhumatismes, prisonnier du temporel, personnage issu des images d’Epinal de l’époque (le vieillard à la barbe blanche) et qui se plaint de ne pouvoir mourir, une vierge perverse qui détient la réalité du pouvoir sur les hommes, un Jésus minable « qui se laisse manger » comme dans un mauvais roman cannibale…

Pas grand-chose à voir avec la théologie, quelle soit catholique ou d’un autre bord.

Mais cette image de la trinité (Marie tenant plus ou moins le rôle du St Esprit, absent) est fort instructive pour comprendre la société qui lui a donné naissance, ce XIX eme siècle supposé si religieux, voire fanatique et puritain.

En fait, il me semble que ce XIX eme siècle a, au contraire, malgré le nombre de ses églises et de ses prêtres et religieuses, été le plus matérialiste et athée de l’histoire de l’Europe. Si religion il y a eu, ce ne fut que la religion de l’argent et du pouvoir que celui-ci procurait. La religion n’étant que le bâton merdeux du pouvoir utilisé pour asseoir la domination sans partage de la bourgeoisie sur  le peuple. Enseigner la résignation aux volontés divines, ainsi que la promesse d’une récompense au ciel, d’autant plus importante que les souffrances endurées étaient nombreuses et profondes, permettait à la classe dominante d’asservir sans culpabilité d’autres être humains qui n’avaient pas la chance d’être « bien nés ». Mettre l’opprobre sur le plaisir et la liberté que l’on pouvait vivre en dehors du Travail aboutissait au même résultat.

Dieu est celui que l’on doit « craindre », qui juge, qui condamne et qui trône sur un fauteuil doré entouré de ses anges, la barbe blanche et le regard sévère.

Où est la douceur et l’amour du prochain des Evangile, où est la nature intemporelle de la divinité (pour laquelle être jeune ou vieux n’a également aucun sens), où est la liberté de l’homme sans laquelle il ne peut y avoir d’amour ? Ben… Certainement ailleurs que dans cette religion masochiste et sociale, une religion qui a servi de prétexte à une domination politique, un simulacre que l’on retrouve encore chez les intégristes de tous poils qui se servent de la marionnette Dieu, créé à leur image,  pour asseoir leur propre puissance. Et l’on exige des sacrifices, et l’on tue, et l’on fait tuer pour la plus grande gloire de ce soi-disant Dieu.

Pas étonnant que les hommes respectueux de leur semblables ne supportent pas ce Dieu fantoche et le dénoncent comme faux… Ils ont raison. Ce Dieu là n’existe pas.

Quant à savoir si un vrai Dieu existe, c’est l’histoire privée de chacun de nous… Cela ne peut donner matière à opéra…

Des roses…

En préparant mon bain, ce soir, j’ai subitement réalisé que depuis un ou deux ans, je m’étais adonnée une addiction bien particulière, celle des roses… Une période qui est en train de s’achever, chose dont je me suis rendue compte en déversant dans ma baignoire : du bain moussant à la rose, des sels de bains de la mer morte à la rose et un soupçon d’huile de rose. La main au dessus du bouillonnement rosoriférant, pendant que la baignoire se remplissait, je me suis réalisée un peu monomaniaque… D’autant plus que je m’étais apporté un petit encas sur un plateau sur lequel trônait une théière de thé… à la rose. Ben oui, j’ai un petit rituel à moi qui me fait beaucoup de bien (vous pouvez essayer, c’est super… sauf pour les kilos).

 

Lorsque je rentre d’une journée de crapahutage un peu stressant sous un ciel plombé accompagnée par une température frisquette et divers personnages revêches qui m’ont bien agacée, une journée normale, quoi, je cesse à l’instant de me comporter en femme responsable et correcte et je m’offre ce plaisir de sybarite qui consiste à prendre un bain chaud avec de la mousse et qui sent bon, un livre à portée de la main, une tasse de thé et un certain nombre de tartines…

C’est assez courant chez moi d’avoir envie de faire plusieurs choses à la fois. C’est toujours pareil. J’ai l’impression de perdre mon temps si je me contente d’une seule activité à la fois. J’ai tellement d’envies, et tellement envie de les combiner, histoire d’ajouter les plaisirs que je n’arrive pas à les mettre en ordre, chacun son tour avec un ticket et que je tente, parfois jusqu’à la catastrophe, d’avoir quelques mains supplémentaires à la Shiva.

Cela peut être de lire en tricotant, d’écrire en grignotant et en lisant, de repasser en regardant un film et en dansant, de dîner en lisant et en prenant des notes etc… En général il y a toujours de la lecture en jeu et puis d’autres trucs (souvent manger). Je n’ai jamais essayé lire en faisant l’amour, je crois que cela serait assez mal perçu par le monsieur à l’œuvre, mais je crois que cela me plairait… Tout cela est assez inquiétant, au fond et je me garderai bien d’en toucher le moindre mot à mon psy !!!

Donc, me voilà, une main pour tenir le livre, une autre pour tourner les pages, une main pour beurrer la tartine et y mettre la confiture (qui dégouline), une pour la porter le tout à la bouche, une main pour attraper le thé, une autre pour sortir le fromage de son emballage (oui, car j’aime bien aussi le fromage avec mes tartines), une main pour récupérer l’emballage dans la baignoire, une pour sécher la main qui tient le livre pour ne pas lui faire de tâches… et un cerveau qui essaie d’éviter que tout cela ne finisse en catastrophe, le livre dans la mousse, la tasse cassée et la tartine surnageant dans l’ensemble… D’autant plus que le plaisir ne serait pas au rendez vous si je ne faisais pas tout cela en position allongée et détendue… Cela ne correspondrait pas à l’idée que je me fais de la chose…

Ce qui fait un certain nombre de mains supplémentaires… et des talents de contorsionniste que je n’ai pas vraiment.

 

En définitive, cela participe à cette perpétuelle impression que j’ai d’être en perpétuel jonglage et devrait contribuer à un stress certain. Ben… non… Je m’en sors plutôt bien, à part quelques ratages dus à un manque d’entraînement ou à un pas de bol de fatigue.

 

Pour en revenir à la rose, au fond, il y a d’autres parfums dans la vie …

Mais, j’avais sans doute besoin de douceur… J’ai toujours aimé les roses, comme ma grand-mère. J’ai un souvenir tendre de son jardin rempli de ses roses qu’elle affectionnait tant, trouvant dans leur beauté et leur parfum, la douceur qu’elle n’avait pas eu dans sa vie. J’aime aussi beaucoup les pivoines, mais outre qu’elles ne sont pas associées au sourire de ma grand-mère, elles n’ont pas le même parfum subtil et ennivrant. Et puis elles ont beaucoup plus de mal à pousser dans mon jardin.

Il y a environ un an, donc, je me suis mise à faire une fixette sur les roses. Eau de toilette à la rose, savon à la rose, thé à la rose, shampoing et bain moussant à la rose, confiture à la rose, rosiers de toutes sortes dans mon jardin et j’en passe… Je traquais la rose et le rose dans les allées de supermarché, restant des heures à scruter les rayons à la recherche du joli flacon rose qui allait me permettre de m’adonner à ma drogue.

Et puis, là, d’un coup… bof.

J’ai envie d’autre chose, de plus dynamique, de plus varié aussi, de plus normal.

Une page se tourne et sans renier mes amies les roses (j’aurais du mal, avec toutes celles que j’ai plantées dans mon petit jardin…), je décide de m’ouvrir à la vraie vie !

Soirée d’automne

La nuit est en train de tomber doucement devant ma fenêtre.  La lumière un peu bleutée qui émane de mon ordinateur remplace le foyer crépitant du feu bois ancestral que je n’ai pas dans ma maison.

Ecrire, dit-elle.

Une manière d’imprimer une trace dans cette exitance que nous n’arrêtons pas d’essayer de comprendre. Enfin, moi, en tout cas… L’envie de mettre des mots sur une réalité insaisissable, histoire de lui donner un cadre rassurant et de la faire rentrer dans un univers connu, mon univers, celui des livres et du langage. Sans doute parce que je suis maladroite dans la vie, sans ce filtre là, qui me protège.
J’ai mis quelques textes anciens, des chroniques, des nouvelles… mais je crois que l’intérêt du blog ne réside pas là. Il existe dans la communication à autrui, avec un autre, inconnu et semblable, d’une expérience de vie. Expérience à la fois unique car je ne suis comme aucun autre et universelle car ma vie n’est pas si originale et je ne vis que ce que beaucoup de gens vivent également.

Mais là est la magie de l’écriture. Il est à la fois rassurant de se rendre compte qu’un autre a vécu les mêmes émotions, les mêmes peurs et les mêmes joies que soi, et excitant de découvrir une autre manière d’être.

J’ai envie d’initier ce dialogue, ici, plutôt que de balancer mes textes à l’encan.

Il faudra une certaine rigueur, venir écrire régulièrement. Etre drôle, émouvante et vraie. Je ne sais pas si je tiendrai ce challenge. Le miracle du net permet des choses semblables. Je m’y essaie.

A bientôt

Bergame, début août


Miracle de la technique moooderne, je suis en tenue légère (il fait chaud) dans ma chambre, en train de manger une mozzarella et du panreale i classici da re (ne me demandez pas ce que cela veut dire, je n’en sais rien mais c’est super bon. cela ressemble à des petits cressins grands comme des doigts avec du sésame dedans. Ca croustille. C’est délicieux, et l’onctuosité molle du fromage se marie magnifiquement avec.) Quelques bulles aériennes dans de l’eau des montagnes et voilà un goûter italien… Vous avez vu, je manie très bien le superlatif à l’italienne… Me voilà donc à Bergame depuis hier.
Aucune rencontre à la Dolce vita mis à part un irlandais collant et en transit… et moi même.
C’est que je ne suis pas venue pour m’amuser, ici, mais pour écrire…. rires.

Je me balade donc avec mon appareil photo (un peu lourd) et mon carnet et mon stylo. J’écris un peu partout, dans les églises, sur les bancs publics, sur les tables de tratorias ou de cafés.  Je suis un peu ailleurs et je n’entends même pas quand on me parle.

Ou bien je me balade dans les ruelles, admirant, au hasard de mes pérégrinations les mille et uns secrets de cette petite ville. Une étrange fenêtre renaissance s’ouvre dans un mur de soutènement. Il y a quoi derrière ? Elle est sale et manifestement inutilisée depuis longtemps. Quant aux immeubles habités de vie, ils sont bien loin au dessus… mystère.

Ailleurs, je tombe sur une gargouille auréolée de jeunes pousses de figuier qui lui font comme une couronne, un palais, une façade d’église toute en marbre, une vitrine de design, de fringue, ou… de pâtisserie, une place et sa fontaine frémissante d’eau fraîche.

Ca va faire un peu cliché mais je vous assure que c’est vrai, dans une petite rue sombre qui protège ses promeneurs du soleil brûlant, une femme s’est mise à chanter un air lyrique dans son appartement. La fenêtre était ouverte et c’était délicieux à entendre. Elle avait une très belle voix. Un peu plus loin, c’était un groupe de rock qui s’est mis à remplir l’espace sonore de la rue, en provenance d’un porche qui donnait sur une petite cour intérieure toute fraîche où poussaient quelques plantes vertes en pot.

J’ai sacrifié au café italien. Crémeux, avec sa mousse couleur caramel et son odeur subtile de bois brûlé. La puissance du jus noir que l’on entrevoyait en dessous se faisait sentir à mes narines palpitantes (si, si palpitantes…)
Je dégustais en même temps une gelatti fragola-limone avec une cuillère qui ressemblait à une petite pelle en argent. La douceur de la glace et la force du café produisait un mariage intense. Mes papilles en ont été toutes retournées.
En face de moi, la Plaza Vecchia illuminée de soleil. Le Campanone et la montée d’escalier couverte de fleurs du musée Carrara. Au centre, la fontaine glougloutante comme mon estomac parce que j’ai du boire 75cl de San Pelegrino, la bouteille de 25cl m’ayant paru trop chiche.
J’adore, ici, le jeu de l’ombre et de la lumière. Jeu changeant sur les pierres couleur de miel, jeu élégant qui met en valeur la beauté de l’architecture, le sourire des gens et qui donne à l’atmosphère cette couleur indéfinissable de sensibilité et d’émotion. L’Italie, c’est beau comme le bonheur…
Visité quelques musées, quelques églises, of course, fait le parcours obligatoire comme une bonne petite touriste obéissante, mais je vous en parlerai sans doute ce soir, si j’en ai le courage.
Là, je vais à la chasse au Pannini dans la ville basse, et éventuellement de quelques chiffons de style italiens (c’est les soldes … aïe!). J’ai essayé une ravissante robe qui me moulait à ravir. Le problème c’est que j’ai bien cru rester coincée dedans, les bras en l’air, en essayant de l’enlever. J’ai pensé que même si je ressemblait à une déesse dedans, ce n’était pas raisonnable en l’absence de déchausse pied vendu avec.

Grosses bises d’Italie

Pelouses, tondeuses et Cie

Hier, au vu de la tendance de ma pelouse à se transformer en une sorte de brousse sauvage, j’ai décidé courageusement d’investir dans une tondeuse avant d’avoir à rechercher un Coupe coupe. Je suis partie en expédition vers le plus proche magasin de matériel de jardin. Déjà, ce plus proche était à l’autre bout de la ville. Donc, après les bouchons habituels, les attentes interminables aux feux rouges et les traditionnels goulots d’étranglements nantais (je vous parlerai une autre fois des fameux ronds points nantais: de pures oeuvres d’art…), je suis arrivée à destination.
Après une conversation passionnante avec le vendeur de tondeuses, pendant laquelle j’ai tout appris et rien retenu sur les puissances, les rouages et les dispositifs techniques des divers engins exposés sous mes yeux ébahis, j’ai opté simplement pour la moins chère. Je n’allais pas dépenser une fortune pour couper trois brins d’herbe! Quand même ! Et puis le vendeur m’a assuré que c’était la plus fiable. « Ca dure 10 ans ça, ma petite dame. C’est de la bonne mécanique toute simple, facile à réparer… et garanti deux ans. » Je me suis vue, in petto, avec une belle pelouse garantie pendant 2 ans et même plus tant qu’on y était et j’ai dit « Tope là ». Dans ma tête… je n’ai pas osé le lancer à haute voix dans le magasin… Il y avait des gens respectables à proximité…
Bref, après le trajet de retour avec ma voiture transformée en serre intérieure (bien évidemment, j’avais craqué pour divers spécimens feuillus. Ben, quitte à être là…) me voilà revenue chez moi avec un imposant carton contenant ma tondeuse à gazon… rouge ! J’étais tout à fait contente. J’allais enfin avoir un jardin qui ressemble à un jardin et ne plus avoir honte face à mes voisins qui affichaient des surfaces nickel où pas un brin d’herbe ne dépassait la limite autorisée. Le vendeur me l’avait promis. C’est bien simple, sa maman avait la même.
Pour la carrosserie rouge, il n’avait pas menti. Ma tondeuse était éclatante de gaité. Elle était rutilante. Par contre, pour ce qui est de tondre quelque chose, ce fut un fiasco complet.
Après avoir tout déballé, tout monté, tout démonté parce que je m’étais trompée la première fois, tout remonté, je l’ai enfin posé sur le sol herbeux avec fierté et appuyé sur le bouton jaune en actionnant la manette, tout comme c’était indiqué sur le mode d’emploi et …. rien. Nada. Le bide !
J’ai fini par aller mendier la vieille tondeuse du voisin…
Quand je pense que je vais devoir repartir au magasin, me retaper les bouchons, les attentes interminables aux feux rouges et les traditionnels goulots d’étranglements nantais, pour aller rendre ce foutu engin. Et en plus, je me connais, je suis capable de revenir avec un rosier!

Tout ça pour dire qu’il faut se méfier des trucs soi-disant fiables à 100%.
D’ailleurs, je trouve, mais ce doit être tout à fait personnel, que certains hommes ressemblent un peu à ma tondeuse. On fait tout comme il faut, ils ont l’air super et puis, rien. Le monsieur ne démarre pas du point de vue de la relation (pour ce qui est du sexe, par contre, il démarre même au quart de tour, mais ne mélangeons pas). Il reste là, à se regarder le nombril ou englué dans ses problèmes et a l’air de se demander pourquoi on l’embête tant à vouloir qu’il soit heureux et épanoui…

Les déjeuners de bureau… Choses vues.

Il est une épreuve particulièrement éprouvante lorsqu’on arrive dans une société, c’est celle du déjeuner de bureau.
C’est comme un bizutage. Rater cette épreuve implique d’être jugé indigne de donner tout notre énergie vitale à des tâches aussi glorieuses que classer des documents ou faire des photocopies avec LA photocopieuse de la société.

Nous sommes sensés être une grande équipe soudée et conviviale qui vient sur son lieu de travail, non pas pour gagner à la sueur de son front les quelques sous nous assurant le manger et un toit, mais pour nous épanouir et trouver notre équilibre optimum.
Il ne viendrait à l’idée de personne que, si l’on n’a pas d’acrimonie particulière envers nos compagnons d’infortune, cela ne nous fait pas particulièrement plaisir de nous les taper, en plus des 8 heures obligatoires, pendant la pause-déjeuner !
Certains, oui, on est assez copains. Mais tous ! C’est quasiment mission impossible… Il faut être raisonnable !

Tout d’abord, il s’agit d’être enthousiaste pour cette si sympathique petite réunion. En général, le restaurant est choisi par le Gentil organisateur. Puis, tous les Gentils Membres sont conviés à la cérémonie et pas question de manifester une once de doute ou d’hésitation… Quel plaisir de manger ensemble et de parler de boulot alors que justement on pourrait penser à autre chose !
Puis il y a le menu. Ceux qui mangent bien et veulent des plats gastronomiques, ceux qui font le régime, ceux qui veulent du vin (c’est la fête quand même !), ceux qui sont incapables de travailler avec un peu d’alcool dans le sang mais qui n’osent pas refuser et qui voient venir avec horreur une après midi avec la tête lourde et la bouche pâteuse, ceux qui veulent un dessert, ceux qui n’en veulent pas mais vont lorgner le dessert dans l’assiette à côté…
Le pompon est sans doute à la poupée Barbie de service qui se croit suprêmement intelligente parce qu’elle a un cul potable et des mèches blondes autour d’un visage qui a encore la beauté de la jeunesse. Celle-ci parle fort, donne son avis sur tout (en général un avis particulièrement stupide du genre le fromage de chèvre sent le roquefort ou le vin a un goût d’eau alors qu’il est simplement subtil…) et laisse les 3/4 des plats dans son assiette pour ne pas grossir.
Et puis il y a les potins. Ah ! nous y voilà. Comme fatalement il y a toujours des absents, des gens qui ont quitté la société, des gens qui sont en congé ou en déplacement, on peut s’en donner à cœur joie pour déblatérer et mettre sur le tapis des « histoires » sur les dits absents qui glissent bien vite vers le graveleux.
On finit, au café par se demander si une telle suce bien ou indiquer qu’untel est impuissant…
Un vrai plaisir, je vous dis…
Il ya aussi quelques règlements de comptes faits avec un sourire hypocrite. On peut enfin régler quelques comptes et on ne va pas s’en priver, picrate aidant on se lâche un peu. La ou le mis en cause, ne lâche pas son sourire de commande mais s’en prend tellement plein les dents qu’il se met à rire un peu trop fort.
Voilà. Maintenant, tout le restaurant est au courant et on est aussi bien élevés qu’un troupeau de beaufs français en vacances à l’étranger.
Là où j’ai failli m’étrangler de rire avec mon verre d’eau, c’est lorsque la Barbie susdite a déclaré, l’air parfaitement convaincu qu’elle avait horreur de l’hypocrisie alors que je l’ai vue presque en permanence faire montre de cette magnifique qualité dans l’exercice de ses devoirs professionnels.

De l’inconstance dans la rencontre amoureuse

Les choses changent. Autrefois, si je me souviens bien, les règles du jeu faisaient des femmes, enfin, des jeunes filles, des objets de désir convoités et espérés par une armée d’hommes prêts à tout pour les conquérir.

Nous, les personnes de sexe féminin, à condition d’être encore jeunes et baisables of course, nous étions serrées dans une magnifique vitrine illuminée du Magasin de l’Amour et les prétendants, tremblants et timides, passaient devant, encore et encore, dans l’espoir de pouvoir, un jour, entrer et s’offrir l’objet de leur convoitise. Rien n’était trop beau pour nous, rien ne pouvait leur faire plus plaisir qu’un marque, si légère fut elle, de notre attention. A cette époque du romantisme et des amoureux transis, c’était nous qui menions le bal. Nous n’avions rien à faire sinon faire les coquettes et les laisser mariner un peu, cultivant l’indécision comme un art pour faire monter leur désir: « Je te veux, je ne te veux plus, je ne sais pas, j’hésite…. » Les hommes étaient honnêtes (enfin, en principe), sûrs de ce qu’ils voulaient, clairs dans leurs demandes et sans états d’âmes quant à leurs intentions et nous étions bien souvent taxées d’inconstance. « Bien souvent femme varie, bien fol qui s’y fie… »

En fait, la difficulté créait l’envie.

Oh bien sûr, une fois la bague au doigt, nous dégringolions de notre piédestal pour devenir une ménagère et un ventre à fabriquer des héritiers (mâles de préférence), un truc somme toute fort peu intéressant… à moins d’être la femme du voisin. Avec, bien souvent la mort prématurée en bout de course (si la mortalité infantile était élevée, on oublie en général un peu vite les jeunes femmes mortes en couche ou de fièvre puerpérales, qui ont été légion, il n’y a qu’à se promener dans les cimetières d’avant 1950). Mais mon propos n’est pas là.

Désormais, nous sommes libres et nous avons rejeté le carcan de bienséance qui nous rendait inaccessibles. Désormais, l’amour est plus facile et la rencontre sans chichis. Si on se plait, il n’est plus besoin de faire passer des épreuves à rallonge à notre chevalier servant sur son fier destrier, pour se laisser aller dans ses bras. On se plait, la vie est courte, profitons des bons moments que nous pouvons vivre ensemble. Le sexe est une chose naturelle et bien agréable, pourquoi s’en priver ou le cadennasser dans les rets du mariage officiel…. Ben oui, mais…
Les hommes sont tout déboussolés…
Devant nous, libérées et fières de l’être, assumant sans complexes toutes les composantes du jeu amoureux y compris son côté érotique, réclamant notre part de plaisir et d’épanouissement personnel et privé, ils ne savent plus quoi faire de leurs lances, de leurs boucliers, de leurs épées à combattre les dragons et de leurs fidèle étalons blancs…
Ils nous regardent, tout bêtes, le casque de travers, ne sachant plus comment se comporter devant une belle qui s’offre si facilement. Ils se sentent même diminués. Comment prouver leur valeur, désormais? Comment montrer qu’on est le plus fort, le plus intelligent et le plus beau face à des filles qui disent n’en avoir rien à faire ?
De plus, ils nous voient apprécier les garçons sensibles et délicats qui ne représentent pas du tout les valeurs viriles qu’ils ont en tête (et entre les jambes) mais plutôt les qualités féminines qu’ils souhaitent chez leurs compagnes (à condition qu’elles ne leur prennent pas trop la tête quand même…). Ils ne comprennent plus la règle du jeu. L’égalité, la liberté dans l’amour leur paraît suspecte car elle remet en cause leur suprématie de pacotille mais si rassurante.
Alors ils deviennent inconstants. Un coup, ils nous aiment, un coup, ils n’en ont plus envie… « Je te veux, je ne te veux plus, je ne sais pas, j’hésite…. »
Paumés, je vous dit… et toute ressemblance avec un de mes ex amoureux est totalement fortuite…

Une certaine idée du bonheur…

Ce matin de printemps, une petite dame à bicyclette, d’environ 70 ans, souriait. Bien droite sur son vélo bleu, elle profitait du soleil matinal pour aller vers  une destination que je ne connaissais pas.
J’étais dans le tram qui m’amenait à mon travail, coincée entre des gens préoccupés ou l’air ailleurs, les yeux rivés sur leurs chaussures ou dans le vague, embarqués comme moi dans un chemin qui leur paraissait imposé parce qu’ils n’avaient pas eu le courage, ou l’opportunité, de choisir une vie qui leur convenait mieux.

Elle, elle avait l’air heureuse de vivre, d’être là, à pédaler devant le château des ducs de Bretagne, heureuse d’aller vers cette destination inconnue. Elle m’a fait envie.

J’avais envie de cette sérénité souriante, de cette liberté dans le moment présent, de cette autonomie tranquille, de cette manière de prendre la vie pour ce qu’elle est et de profiter, simplement, des petits moments de bonheur qu’elle peut nous apporter.
Lorsque je serai vieille, je m’achèterai un vélo. Electrique de préférence, autant aller avec son temps… Et je ne suis pas très sportive…

Quand je serai vieille, j’espère que j’aurai pris l’habitude de sourire au lieu de laisser les rides des soucis, de la tristesse ou de la colère s’imprimer sur mon visage en un masque effrayant.
Cette dame était belle. J’ai eu envie d’être belle comme elle. De cette beauté douce qui vient de l’éclat des yeux, du dessin d’une bouche, d’un respect de soi. De cette beauté qui illumine un regard et vous fait du bien.

Et pour cela, autant commencer tout de suite… Cela paraît être une évidence. Cela n’en est pas une. C’est une chose qui ne nous est pas naturelle. Bien au contraire.

Avouer que l’on est heureux est plus ou moins suspect. Cela semble une preuve d’aveuglement naïf ou de bêtise. Le monde est cruel, c’est un fait que tout le monde accepte et fait sien. Ceux qui s’en contentent et y trouvent leur bonheur sont soit des benêts soit des cyniques qui ne vont pas hésiter à utiliser cette cruauté à leur unique profit.
Pourtant tout le monde souhaite être heureux et ne cherche que cela dans sa vie.
Mais bien souvent, on se laisse entraîner à croire à un bonheur illusoire, celui des possessions matérielles ou de la position sociale, ou encore de la possessivité amoureuse, le genre de bonheur qui vous glisse entre les doigts dès que l’on croit l’attraper, reculant sans cesse jusqu’à l’infini dans une quête insensée et sans fin.
Le bonheur, c’est bien autre chose. Je crois que chacun a le sien et c’est toute la difficulté de la vie de prendre le temps de découvrir son propre bonheur personnel au lieu de vouloir attraper celui de la société ou du voisin.
Le bonheur, ce peut être de pédaler sur un vélo bleu, dans la douce lumière d’un matin de printemps…

Lire !

Dans le tram ou le métro bondé, un afficionado de la lecture se tient approximativement à la verticale malgré les soubresauts de la rame, les mains prises par le livre d’une part, la mallette du travail de l’autre. C’est particulièrement acrobatique, d’autant plus que ses lunettes ont tendance à vouloir avoir leur vie propre et glissent inexorablement sur le nez du monsieur. Il fait chaud, la chaleur humaine trouvant ici son illustration la plus pure et le monsieur transpire. Ce qui explique cela…

Mais rien ne peut le distraire des petits signes noirs et blancs qui dansent sous ses yeux au rythme des arrêts, des démarrages et des « excusez-moi monsieur, je descend ici » de la rame…


Je fais partie de ceux-là qui s’abstraient de la réalité un peu grise du quotidien pendant les quelques minutes du trajet pour aller au travail… Nous vivons des aventures fantastiques, drôles ou profondes par le biais de ces mots anodins regroupés sur quelques feuilles de papier, elles mêmes rassemblées sous la couverture d’un livre.
Ah, vivre intensément, l’air de rien, au milieu de tous nos semblables…

C’est un peu comme une drogue. Il nous faut notre dose, au risque de devenir grincheux, énervés et parfaitement insupportables. Chaque livre lu en appelle un autre dans une surenchère qui met à mal nos finances et les étagères de nos appartements.

Les dites étagères finissent d‘ailleurs toujours par rendre l’âme, écrasées par le poids de tout ce papier accumulé. Et même celles qui résistent débordent dans tous les sens. Les livres se retrouvent en piles plus ou moins stables, sur le sol, dans toutes les pièces de la maison, accumulent des coins à poussière inaccessibles, réduisent toujours plus notre espace vital mais c’est plus fort que nous, il est totalement inconcevable de nous séparer de notre came. Ou alors à dose homéopathique, et encore, pour lui offrir une nouvelle vie et de nouveaux lecteurs, en les fourguant à la bibliothèque municipale ou à des bouquinistes compatissants.

Le pire, c’est que tous ces bouquins, on les a lus… et même ceux qu’on n’a pas aimés, on a du mal à s’en séparer…

Le pire, c’est qu’on a beaucoup de mal à retrouver un livre au sein de cette masse, n’ayant pas toujours un système de rangement approprié. En tout cas, moi je ne l’ai pas. Je suis même terrible. Appliquant mon principe de bordel créatif à ma bibliothèque, je trouve assez gênant d’introduire un système rigoriste dans un domaine dans lequel règne, pour moi, la fantaisie et la liberté.

Le pire, c’est que tous ces bouquins qu’on a lus, on ne s’en souvient pas toujours, enfin, pas à la manière d’un érudit. En ce qui me concerne, il me reste une trace de chaque livre en moi, bien sûr, mais je suis incapable de citer la plupart des titres ou des auteurs que j’ai lus, même ceux que je lis en ce moment. Ce qui me met parfois dans un grand embarras lorsque je souhaite recommander un bon bouquin à quelqu’un et que je reste la bouche ouverte, l’air parfaitement bête, incapable de produire un son intelligible. Ce que je voudrais transmettre, l’émotion, la vibration, l’expérience de vie et de compréhension du monde et de mes semblables que j’ai connue dans ce dit livre est parfaitement indicible. D’ailleurs, je crois qu’il faut que j’arrête… cela finira mal…

Mais, moi et mes livres, on vit aussi de grands moments de bonheur.

Lire dans un hamac, le ciel bleu au dessus de la tête et le chant des oiseaux en fond sonore. Lire au fond de son lit alors que l’orage gronde à l’extérieur et qu’une tasse de thé fumante attend mon bon plaisir sur ma table de nuit. Lire dans mon bain, les arômes des huiles essentielles de lavande et de jasmin venant chatouiller mes narines (éviter de lâcher le livre au risque de se retrouver avec un machin dégoulinant ayant doublé de volume et qui mettra 5 jours à sécher. Je sais, j’ai essayé et certains endroits de ma bibliothèque abritent quelques rescapés de ce terrible accident, tout gondolés…). Lire à côté de quelqu’un qu’on aime, dans le silence tranquille de l’évidence d’une affection et d’un respect partagé. Lire une histoire à un enfant qui écarquille les yeux et écoute de toutes ses oreilles les merveilles évoquées par les mots que l’on prononce. Lire en secret alors qu’on ne devrait pas, pendant que tout le monde pense qu’on dort… ou un peu plus tard, que l’on travaille…

Eviter dans la voiture lorsqu’on conduit, encore que j’ai vu des spécimens qui y arrivaient fort bien… Je n’ai personnellement pas été témoin de leurs accidents mais je ne conseillerai pas cette pratique (même si je suis capable de lire n’importe où). Je ne parierai pas sur leur longévité…

 

1...2324252627

Commentaires récents

Visiteurs

Il y a 1 visiteur en ligne
  • Album : New york
    <b>rue1.jpg</b> <br />
Rejoignez Viadeo, le réseau social professionnel choisi par Agnès Falabrègues et plus de 40 millions de professionnels

Laisse moi mettre des poème... |
Le Dragon de la Rivière |
Tisseurs de Mondes |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Nothing to Say
| Au delà des apparences...
| Les Aixclats du coeur