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Le Livre de mes mères

 Celles qui ne devaient pas naître

« A votre avis, qu’est-ce qu’une faute ? 

« - La faute ? Mais c’est une carence de paroles, une impossibilité à dire, à s’assumer comme un être humain, un être de langage. »

Dialogue entre Nina Canault et le psychanalyste Didier Dumas (Comment paye-t-on la faute de ses ancêtres)

«  Le lourd silence de ceux qui tiennent leur langue, qui se terrent, qui n’osent respirer normalement de peur d’encourir la fureur du tyran, même lorsqu’il n’est pas là. »

Règlement de compte à Kensington, Allison Montclair.

Préambule

Ce travail n’est pas un travail d’histoire familial. Du moins pas dans le sens classique d’une généalogie. Ce que je vais écrire sur les femmes (et les hommes) de ma famille ne correspond pas à des faits vérifiés ni à une vérité historique.

Il s’agit plutôt de l’histoire émotionnelle et inconsciente, donc d’une certaine manière largement fantasmée après coup, lors de la transmission intergénérationnelle, de notre lignée matrilinéaire.

Cette « histoire » sous jacente de peurs, de croyances et d’interdits, consécutifs à de la violence, de la brutalité et de la honte, qui s’est transmise à bas bruit, de mère en fille, sans mots, sans conscience, de corps à corps, ces non-dits, ces non révélés, ces fantômes, impactent nos choix, nos identités et nos vies de filles, sans même que nous en ayons conscience.

Il est temps de sortir du silence ces traumatismes pour les guérir enfin…

Dire ce qui n’a pas été dit est une gageure.

Dire la peur, les larmes, les souffrances, la honte, la terreur lorsque cela n’a pas été possible de le dire lorsque cela s’est produit, lorsque cela appartient à des générations très anciennes, lorsque l’évènement qui a été à l’origine de ces émotions refoulées est tellement lointain qu’on l’ignore complètement, semble absolument impossible.

Et pourtant…

La mémoire transgénérationnelle passe par le corps. L’inconscient est un coffre inexpugnable qui conserve tout ce qui n’a pas été « digéré », toutes ces émotions négatives (la colère, la peur et la tristesse du deuil), et il le transmet aux générations suivantes.

Ce qui est inscrit en nous existe. Des ressentis, des croyances, des manières d’aborder la vie les rendent actuels et les mettent à notre portée pour peu qu’on s’y attelle. Cela apparaît lorsqu’on se voit faire ou dire quelque chose que l’on sait mauvais pour soi mais « qu’on ne peut pas s’en empêcher ».

On peut utiliser la créativité et une part de fiction pour remettre des mots sur des ressentis. L’important, c’est que l’émotion originelle soit entendue, les circonstances exactes ne sont pas importantes. Il ne s’agit pas d’un tribunal mais d’un soin, de réparation, de pardon.

Le récit ci-dessous est sombre.

Seules les émotions négatives marquent une lignée, car elles ont besoin d’être dites par le langage, d’être traitées et sorties des limbes par les mots pour avoir un sens et pouvoir « passer », s’évanouir. Les émotions positives, et j’espère, et je crois, qu’elles ont été présentes elles aussi, dans les vies de mes ancêtres, ont été vécues et dites de façon normales. Il est accepté de dire la joie d’un amour, du sourire d’un bébé ou d’une réussite. Elles ne sont donc pas refoulées et donc ne font partie que de la vie de celle (ou de celui) qui la vit au présent.

Elles ne se transmettent pas.

Donc, le récit que je vais donner n’est que la transcription de tout ce qui est à nettoyer dans ma lignée maternelle, et non le récit des vies de mes mères. Je ne parle que de ce qui s’est déposé ensuite dans leurs enfants, et donc en moi. Cela explique que ce soit assez terrible.

L’autre face, celle qui était lumineuse, a bien existé, mais elle leur appartient et je n’y ai pas accès. Il est d’ailleurs de ma responsabilité de générer la propre face lumineuse de ma vie.

Cela explique ce travail.

Il est important, en effet, que cela s’arrête enfin, pour retrouver la liberté de vivre, et la joie d’exister.

Pour moi, pour mes enfants et paradoxalement pour toute ma lignée, qu’elle soit passée ou à venir.

Pépé,

l’homme qui m’a autorisé à être femme

J’étais assise par terre, au bord du balcon chez ma grand-mère maternelle, à St Cloud.

Je balançais mollement mes jambes dans le vide, le buste appuyé à la rambarde de métal blanc. J’avais 10 ans. J’avais devant moi un petit jardin soigné et lumineux dans cette fin de matinée. On devait être en avril. Il y avait dans l’air cette légèreté et cette douceur du printemps si caractéristique de l’Ile de France. J’aimais bien être là. Je pouvais rêver en toute liberté devant les rangs de salades bien alignées, de pommes de terre et de poireaux, encadrés par les herbes aromatiques et toute une armée de petits fraisiers des bois.

Ce matin là, je me laissais aller à la douce caresse du soleil, les yeux mi-clos, toute entière dans la sensation d’exister. Ma grand-mère était dans la cuisine et préparait le repas.

Le téléphone sonna.

Quelques minutes après, elle venait me voir, le visage triste, un peu inquiet.

- Agnès,  ton grand père est mort.

- Pépé ?

- Oui

- Ah bon.

Elle a été un peu choquée de mon calme et de mon apparente insensibilité. Elle est retournée dans la cuisine.

Je n’étais pas insensible, je ne comprenais pas.

Pour moi, mon grand père que j’adorais et qui était aussi un des rares membres de ma famille à m’aimer vraiment, était vieux. Il n’avait pourtant que 73 ans, mais pour une petite fille de 10 ans, 73 ans, c’est très vieux et on m’avait dit qu’il était dans l’ordre des choses de mourir quand on était vieux. Donc pourquoi aurais-je été surprise ou désespérée ? Ce qui se passait était simplement naturel.

Pour moi, la mort ne voulait rien dire. Je n’y avais jamais été confronté « pour de vrai ». Bien sûr, j’en avais entendu parler, mais c’était une sorte d’abstraction, un mot vide de sens sur lequel les adultes dissertaient et que j’écoutais d’une oreille distraite. On m’avait tellement présenté la mort comme un voyage merveilleux que je la prenais comme telle. Certains chantres de la religion valorisent la souffrance et la mort, ils ne retiennent de l’histoire de l’Eglise que les martyrs, les saints souffrants, le sacrifice et la punition des péchés. Le bonheur et le bien être sont renvoyés aux calendes grecques, plus précisément à une période après la mort. J’ai été élevé dans cette ambiance. La mort, c’était une sorte de voyage qui séparait les gens pour un temps. “Quand on est mort, on va retrouver Jésus.” Donc, ce n’est pas triste… Mon Pépé était parti rencontrer son père, ses pères, son Dieu, enfin, bref, quelqu’un qui l’aimait. C’était plutôt bien, non ? Alors, pourquoi craindre le grand passage puisqu’elle est la seule manière d’accéder au bonheur? Pourquoi devrais-je être triste puisque, enfin, mon Pépé allait enfin avoir le droit d’être heureux. Lui qui ne l’avait pas vraiment été lors de sa vie…

Ma mère en parlait tout le temps mais c’était pour moi une sorte de manie pénible à laquelle je m’étais habituée. Car, enfin, elle parlait tout le temps du bonheur de mourir et elle était toujours là, vivante, année après année…

L’absence de quelqu’un, la durée de cette absence, le temps vide et triste de l’absence, je n’en avais aucune idée. Mon grand père allait me manquer cruellement. Je ne le savais pas en cette matinée radieuse qui célébrait la puissance de la vie. Je ne le reverrai pas de toute ma vie. Ce serait long. Je ne le savais pas.

Et puis, l’absence, c’était, dans ma petite vie d’enfant solitaire une donnée fondatrice. Laissée la plupart du temps à moi-même, je n’imaginais pas ma vie autrement que solitaire. Cela ne me plaisait pas vraiment mais je l’acceptais comme une fatalité un peu triste. Je n’avais pas le choix. Mais l’absence définitive, ça, je ne connaissais pas encore. C’est après, bien après, lorsque j’ai eu besoin de lui et qu’il n’était pas là, que j’ai réalisé. Mais, c’est vrai, ce jour là, je n’ai pas pleuré. J’ai accueilli la nouvelle avec une sorte d’indifférence ignorante, du moins en apparence…

Parce que je me souviens avec exactitude de cette journée, de son odeur, de sa lumière, de ses moindres détails. Elle a profondément marqué ma vie. Ce fut sans doute le jour de la fin de mon enfance. Mon protecteur était parti, je serais désormais vraiment seule.

Désormais, j’allais vivre dans un univers dirigé et contrôlé par les femmes.

Féminité

A l’origine de ma féminité, de mon « être femme », il y a des mères.

Comme tous les êtres humains, ma vie a commencé dans le ventre d’une femme, par l’amour d’un homme, magie de la vie, union du principe masculin déposé là et du principe féminin qui l’attendait. Union de mon père et de ma mère pour créer un être différent et unique, qui aurait les racines de ces parents mais serait libre de développer ses propres frondaisons.

Dans le couple de mes parents, le Père n’avait pas droit de cité. Ainsi en avait « inconsciemment » décidé ma mère.

C’est ma mère qui m’a portée, mais sans la participation de mon père, évincé, comme souvent à l’époque du mystère de la grossesse, une affaire de femme… D’autant plus qu’il n’était là que comme une utilité. Ma mère ne lui permettant pas de prendre une place dans sa vie, mes parents ne formaient pas un couple, mais une association dans la quelle chacun avait un rôle qu’il remplissait honnêtement, mais où la tendresse n’existait pas. Mon arrivée n’était d’ailleurs pas une bonne nouvelle pour mon père, qui n’y a vu que des verrous fermant un peu plus sa prison.

Ces prémisses de ma vie, bien au chaud dans le giron maternel, m’a permis de me construire et m’a transmis son héritage tel qu’elle l’avait reçu de sa mère et celle-ci de sa mère, avec les histoires particulières de ma famille maternelles et les croyances qui s’y sont construites au fil du temps. Nichée au creux de son ventre, j’ai participé pendant 9 mois à toutes ses émotions, et j’ai vécu, comme tous les bébés, tout contre son inconscient.

Elle ne le savait pas, mais j’étais une fille. Et dans ma lignée maternelle, être une fille, cela avait de graves conséquences…

Une fois née, l’héritage des femmes de ma famille paternelle me fut aussi donné, en particulier par le regard tendre, affectueux et émerveillé de mon grand père, Pépé.

Ces deux héritages, contraires, ont modelé mon être femme, dans une guerre sans merci dans laquelle mes mères ont d’abord été victorieuses, m’imposant la négation de ma féminité et la haine de Soi parce que fille. Peur, terreur même, colère, tristesse insondable, tout m’a été transmis comme un héritage.

C’est cette histoire que je raconte ici.

Je suis donc issue, comme tous les êtres humains, de la rencontre de deux lignées de femmes qui ont vécu, au long du temps, un destin radicalement différent, opposé.

La famille de ma mère vient de L’Est de la France, l’Alsace et les Vosges, et certainement de plus loin encore à l’Est et au Nord de l’Europe. Ces régions ont été, au fil de l’histoire particulièrement martyrisées au gré des conquêtes et des volontés de puissance des princes de ce monde. Le petit peuple, en particulier, et les femmes parmi ce peuple, a payé le prix fort. Massacres, destruction des récoltes, confiscation du bétail, villages incendiés, et viols, étripages variés, crimes divers. Quelque soient l’origine des troupes, ce fut horrible.

Dans ce contexte, les femmes de ma famille ont subi le poids et les souffrances du patriarcat le plus brutal. Dans une société violente, où la peur et la brutalité règnent en maître, la compassion et l’amour n’ont pas beaucoup droit de cité.

Les hommes, impuissants face aux hordes armées (militaires, malandrins ou même force publique, qu’importe) reportent facilement leur hargne sur plus faible qu’eux. Enfermées dans un rôle de soumission et de victime, mes mères ne se sont pas aimées. Impuissantes à protéger leurs enfants et en particulier leurs filles de la violence du monde, elles se sont détestées. Elles ont haï leur nature de femme.

Ont elles été aimées ? Quand je vois l’ampleur de leur haine d’elles-mêmes et leur acceptation de leur esclavage, j’en doute. Elles ont aussi eu beaucoup de mal à s’aimer entre-elles, l’amour n’était plus dans leur langage d’être.

Non respectées, traitées moins bien que le bétail, dont on prenait soin car il avait de la valeur marchande, battues, violées, elles ont construit leur vie sur la certitude que cela était normal, pour ne pas devenir folles, pour ne pas être exclues de leur communauté, rejetées ou même tuées.

Elles ont transmis à leurs filles, de génération en génération, une haine de la féminité, du soi-femme, et une colère contre elles-mêmes qui les a emprisonnées dans un rôle de martyres, comme une malédiction. Leur seul recours, la religion et la respectabilité, les enchaînait dans ce rôle. « Supportez, ma brave dame, vous gagnez votre Paradis ».

Très souvent, j’ai ressenti cette condamnation sur ma vie, qui me rendait incapable d’être heureuse et impuissante à prendre ma vie en main… Très souvent, j’ai cru que ma vie ne pouvait dépendre que de la bienveillance d’un homme, sorte de prince charmant mythique qui n’arriverait jamais ou qui se transformerait très vite en crapaud. Mais l’espoir fait vivre… Sans cesse déçu, sans cesse renouvelé…

Dans le silence hypocrite de cette société bienpensante, elles ne pouvaient que se soumettre et refouler la colère légitime qui se levait en elles lorsque les hommes dépassaient les limites et se permettaient toutes les violences et les humiliations à leur encontre, sûrs de leur bon droit et parfois simplement ignorants et indifférents à la souffrance qu’ils généraient.

Mes mères maternelles ont éprouvé une colère immense qu’elles ont retournées contre elles. Une colère immense qui les ont amenées, aussi, à castrer leurs fils, une colère immense que j’ai hérité d’elles et que j’ai eu contre elles car j’ai refusé de partager leur soumission. Je leur en ai voulu d’avoir tant subi, d’avoir trouvé cela normal, acceptable, et de m’imposer cette attitude parce que j’étais une fille.

A côté de cela, mon Pépé m’avait fait passer le message, dans ses yeux bienveillants et dans ses bras respectueux, que non, cela n’était pas normal, que non, cela n’était pas bien, et que je pouvais vivre autrement que comme une servante des hommes. Une lutte de Titan s’est engagé dans mon paysage intérieur : quelle femme étais-je ? Qui étais-je ? Qui allais-je choisir d’être ?

Dans la lignée de ma famille, l’amour n’a pas eu droit de cité. Il a été broyé, humilié, ridiculisé et dévalorisé, utilisé uniquement pour la domination des hommes. Les femmes ont aimé et les hommes ont pris. Déçues, les femmes ont eu beaucoup de mal à s’aimer et à aimer leurs filles. La haine se soi s’est installée et transmise bien avant Arthémise…

 

Je ne suis pas très douée pour la haine

J’ai un problème.

Dans ce monde stéréotypé, je suis censée choisir mon camp.

Ce qui veut dire haïr certaines personnes, et fermer subrepticement les yeux sur les défauts des autres. Forcément, ceux qui sont contre ceux qu’on doit haïr, c’est des gentils !

Or, j’ai beau essayer de toutes mes forces, je n’arrive pas à rentrer dans la logique binaire de mes contemporains et à hurler avec les loups lorsque cela est nécessaire. Il faut dire que je ne suis pas très douée non plus pour obéir. Ni pour éviter de poser des questions.

Il faut toujours que je fasse des remarques à la con qui cassent l’ambiance !

Quelque soient les opinions des gens avec qui je suis censée passer un bon moment, il y a toujours le silence gêné, entre la poire et le fromage, où j’interviens dans une conversations qui roulait sans soucis et où tout le monde reprend à qui mieux mieux les jugements abrupts que tout le monde accepte: il y a le méchant et le gentil (versus les méchants (les pas-comme-nous) et les gentils (nous)).

Et tout le monde s’exclame dans un bel ensemble : »mais tout à fait! » « mais, ouiiii! » « exactement! », ajoutant même des exemples de trucs « vécus » racontés de source sûre par la cousine du coiffeur de la tante de la voisine qui prouve que c’est bien cela… Sous entendu, puisque nous détestons la même personne ensemble, c’est que nous appartenons, nous, au groupe des gentils. (NB de la rédaction, c’est le biais intra-groupe qui crée la cohésion des groupes)

Et tout le monde de vouer aux gémonies, d’un même élan rassurant, au choix : Poutine (il fait un peu l’unanimité, lui), les vaccinés ou les non vaccinés, les musulmans ou les franchouillards, les zasistés et les fonctionnaires,  les anti-nucléaire ou les pro-nucléaires, les terrorisés ou les septiques du changement climatique…chacun ayant LA solution au problème en question qui passe par la haine et l’élimination du « méchant » par des méthodes adaptées et assez imaginatives. « et je le disais pas plus tard qu’hier à une personne très bien placée, c’est très simple il suffit de supprimer Machin (ou Machins, la haine s’adresse aussi à des groupes) et voilà !, tiens passe moi la bouteille, il fait soif, merci… »

Bref, le moment très gênant où j’interviens, disais-je, pour dire, « oui, mais… »

Oui mais… n’est ce pas un peu plus compliqué que cela ?

Oui mais… condamner et dire que tout est la faute du « méchant » ou du groupe des « méchants », est-ce que cela va résoudre quoi que ce soit ?

Oui mais… dans quelle mesure nous avons la possibilité, sans parler du droit, de juger et de condamner les actes de quelqu’un que nous ne connaissons pas, et dont nous n’avons pas le dossier?

Oui, mais, l’autre en face, que vous adoubez comme le gentil de l’histoire, est-il si gentil que cela ?

Oui, mais, quelle responsabilité avons-nous dans l’histoire ?

Oui, mais… pourquoi ? Comment en est-on arrivé là ?

Et là, deux possibilités: soit les gens me regardent, interloqués, gênés, avant de reprendre de la purée parce que bon… je suis bien gentille mais un peu bizarre, et qu’ils sont polis ; soit les gens essaient de me contredire avec des affirmations (outrées) et me coupent la parole lorsque j’essaie d’expliquer mon point de vue parce que tout ce qui dépasse 10 seconde 5 centième les gave et ils ne sont pas là pour s’embêter à remettre en cause leurs certitudes. En plus, ils ont vu des experts (versus des youtubeurs antisystème) qui leur ont dit LA vérité à la télé (versus sur le Net), alors bon… passes moi le gâteau, « il est délicieux, Josette , félicitation »

Bon. Alors je me tais… et je reprends du gâteau.

Mais quand même, je n’aime pas la haine. Il y a toujours une raison à nos conneries humaines et il me semble que les responsabilités sont toujours partagées. comprendre me semble plus utile que détester et accuser. La plupart des gens ne sont pas méchants gratuitement (mis à part quelques psychopathes, assez rares… oui, certes, le problème c’est quand une poignée de ces gens prennent le pouvoir, je le reconnais) et essayer de comprendre au lieu de haïr me semble une meilleure façon de résoudre les problèmes.

Reste les psychopathes… même eux je n’arrive pas à les haïr… Ils me font pitié.

Ils sont stupides, vides, incapables d’aimer et d’être aimés, terrorisés, seuls, en bataille contre tous, paranos, minables et très moches dans leur volonté narcissique de la ramener à une façade parfaite, avec leur moumoute, botox, vêtements hors de prix et chirurgie esthétiques. Ils ont besoin de stimulis de plus en plus forts pour avoir l’impression de ne pas être morts. C’est triste. Ils sont vraiment ridicules…

Il faut les empêcher de nuire, certes. S’en protéger en mettant le plus de distance possible entre eux et nous (la meilleure distance étant l’indifférence, l’humour et la liberté intérieure).

Mais haïr, non.

Ce serait leur donner trop de pouvoir sur nos vies, leur donner raison.

Vous voyez, je ne suis vraiment pas douée pour haïr.

Il était une fois… Ridicule

Il était une fois une petite fille qui vivait dans un grand palais, dans une grande ville du Sud de son pays, avec ses parents et ses deux frères.

Elle avait un grand père très sage qui l’aimait beaucoup et une grand mère très douce qui lui faisait d’époustouflantes tartes à la rhubarbe et aux fraises et surtout de grands sourires tendres et émerveillés. Et heureusement, parce que dans les murs du grand palais, elle se sentait très seule et pas du tout importante. Voire gênante. Emmerdante. Nulle. Sans le dire jamais, sa famille se comportait de telle manière qu’elle comprenne qu’elle aurait mieux fait de ne pas naître. Comme sa mère, et sa grand mère avant elle et ainsi de suite.

Il n’y avait que l’un de ses frères qui acceptait de jouer avec elle. Il n’était pas beaucoup mieux loti qu’elle mais si, quand même un peu. Puis, peu à peu, l’âge aidant, il se rangea à l’avis général de la famille. La petite fille était un problème. Elle ne faisait que des bêtises, la première étant d’avoir l’outrecuidance de vouloir exister, et tant qu’à faire, exister heureuse.

Elle aimait le soleil de sa ville, la mer chatoyante, les balades dans la campagne environnante, la joie des tourterelles qui s’invitaient à aimer, la beauté des ciels azur, les senteurs des pins et des romarins, la douceurs des pétales des fleurs de ciste. Elle était faite pour aimer, admirer et contempler la magnificence du monde. Pour la chanter, la danser, l’écrire et la rendre à ses comparses de vie. La donner. La rendre accessible aux autres. Etre le petit pont, tout simple et tout humble entre la beauté du monde et les gens qui l’habitent. Passeuse. Artiste.

Mais, tout cela n’avait aucune valeur aux yeux des gens du palais.

C’était pour eux foutaises et foutriquet. Pas sérieux. Ridicule !

A chaque fois qu’elle se laissait aller à un peu de poésie, ses frères ne manquaient pas de se moquer d’elle.

  • Spaghetti-poilue-cucul ! Ouh ! La nulle ! Pour qui elle se prend ? Ouawf haha !

Oui, le vocabulaire de ses frères ne distinguait pas par sa haute créativité. A leur âge, pourtant, Rimbaud avait déjà écrit le Bateau Ivre. Mais c’était le dernier de leurs souci. Un va-nu-pied comme ces artistes ne pouvaient que mal finir. Très mal d’ailleurs : Sans argent .

L’argent était comme pour beaucoup de familles à cette époque, qu’on appelait bourgeoise, l’alpha et l’omega de la vie. Réussir, c’était être riche, et le rester. Etre intelligent, c’était acheter pas cher, revendre cher (pour faire du profit) et empêcher tous les vilains de leur prendre leurs sous.

Le pire vilain était ce méchant Etat, avec ses impôts, qui venait leur demander de partager cet argent durement gagné grâce à leur position sociale, leur héritage et un peu à leur travail (un travail bien rémunéré situé dans des immeubles cossus dans les meilleurs quartiers de leur ville, un travail prestigieux qui les faisaient régner sur une petite cour de salariés, un travail aux conditions d’exercice qui leur permettaient d’avoir une vie confortable, qu’elle soit familiale ou de « deuxième bureau » affriolant de dentelles sexy, bref, un « bon travail ».)

Et pourquoi fallait il qu’ils partagent ? Pour ces faignants de pauvres qui ne faisaient que profiter des aides sociales et s’acheter des écrans plats au lieu d’investir dans leurs enfants ? « Si on n’a pas les moyens d’avoir un écran plat, et bien on s’en passe !  Moi, je ne vais pas tous les quatre matins à St Barth, enfin ! ». Le côté cocasse de l’affaire est que ce sont les mêmes qui payent des cabinets de conseil marketing pour élaborer des campagnes de promotion à la grande surface du coin pour vendre des écrans plats à des prix « exceptionnels » « super affaire ! », à ces mêmes pauvres.

La famille de la petite fille n’était pas tout à fait comme cela. Son accession au château était récente et elle n’avait pas encore pris toutes les habitudes de la bourgeoisie. D’ailleurs, celle-ci le leur faisait savoir et ne l’acceptait pas vraiment dans ses raouts et autre pince fesses.

Trop nouvellement riche, pas assez riche, trop honnête, la famille n’avait pas les relations et le réseau qui lui permettait de « rendre service ». Donc, pas intéressante.

C’est pourquoi une des stratégies de la famille était de « bien se marier », en particulier pour la fille. Etant une fille, elle ne pouvait décemment pas faire une belle carrière, donc elle devait trouver un mari riche pour sauvegarder sa position sociale de « gens du château ». Ne pas tomber chez les manants.

Or, la petite fille répondait à cela qu’elle voulait un mari qui l’aimait et se moquait comme de l’an quarante qu’il soit riche.

  • Haha ! Tu vas épouser un potier et tu vas traîner dans la boue.

  • M’en fiche, si on s’aime

  • Qu’elle est ridicule ! Oh la spaghetti-poilue-cucul romantique. Mais la vie c’est pas comme ça, ma petite…. Non, mais, qu’elle est ridicule ! Décidément, rien à en tirer…

Et l’autre frère de renchérir :

  • Pas la peine de lui donner quelque chose de valeur, elle va le gâcher.

  • Oui, elle ne respecte pas l’argent !

  • Une catastrophe !

Les parents de la petite fille n’intervenaient pas. Parce qu’ils n’étaient pas là. Son père était à ses chasses, et sa mère dans son monde. Mais globalement, même si ce n’était pas pour les mêmes raisons, ils étaient d’accord avec leurs fils : leur fille était ridicule et assez nulle.

Son père avait eu l’espoir de pouvoir en faire quelque chose, à un moment donné, parce qu’elle était brillante à l’école (où on ne la trouvait ni nulle ni ridicule), mais il avait renoncé devant la volonté de sa fille de ne pas avoir la carrière commerciale qui ne lui convenait pas du tout. Décidément, cette enfant était décevante et ne pouvait que tout rater…

Alors, petite fille face à ces quatre « grands », elle a cru ce que l’on disait d’elle. Elle s’est mis à penser qu’elle ne méritait pas d’appartenir à cette famille, qu’elle n’était vraiment pas assez bien, qu’elle avait un truc sale et dégueulasse en elle qui empêchait sa famille de l’aimer, qu’elle ne méritait pas d’être. Encore moins d’être aimée. Qu’il était inutile d’essayer de faire quelque chose de sa vie car elle le raterait forcément. Non seulement elle était nulle et ridicule, mais en plus incapable et stupide. Elle ne pouvait que tout rater. Elle n’aurait pas du naître, elle était un truc désagréable qui embêtait tout le monde comme un vilain bouton sur la figure de la belle jeune fille qui se prépare à aller au bal.

Cette interdiction de vivre et d’elle-même s’est imposée à elle comme une vérité.

Elle lui a obéi.

Pourtant, quelque chose en elle se rebellait contre cette condamnation féroce. Quelque chose dans le regard de son Pépé, et de sa grand mère, de ses professeurs lui laissaient entrevoir qu’elle n’était pas cette catastrophe ambulante. Mais qui était-elle alors ?

Alors, elle avait enfermé sa vraie nature dans une carapace loin des regards, loin de cette réalité terrible, loin des paroles de sa famille, dans un monde imaginaire qu’elle était seule à connaître, et dans les livres qui parlaient d’un monde qui lui plaisait. Un monde où les petites filles étaient aimées pour ce qu’elles étaient, étaient encouragées à développer leurs talents, où, même s’il y avait des difficultés, elles pouvaient s’épanouir librement sans être ridicule.

Pour protéger ce monde, qu’elle savait être d’encre et de papier, et sur lequel elle ne se faisait aucune illusion, elle s’est faite une façade de petite fille marrante et gaie, tendre et soumise, un peu inconsistante, irresponsable, qui ne dérangeait personne et passait inaperçue. Elle se gardait juste de quoi ne pas mourir en mettant en place, en douce, le minimum pour ne pas trop se trahir.

Derrière la façade, solitaire pour ne pas être traitée de ridicule, elle communiait avec le soleil, les arbres et les papillons dans de grandes balades autour de la maison familiale, elle fuyait le réel dans des histoires passionnantes de temps anciens ou de lieux improbables, elle plongeait dans les mots comme dans une source fraîche, elle écrivait aussi, elle aimait le monde. Elle aimait tellement aimer !

Derrière la façade elle a été une autre, mais secrète, interdite, qui n’était accessible à personne. Et qui ne devait jamais apparaître, jamais !

Ni ses parents, ni ses frères, ni même ses amis ne la connaissaient.

Elle en avait trop honte ! C’était tellement ridicule !

Elle ajoué le rôle qu’on lui avait assigné et a bien tout raté selon les critères familiaux. Elle n’a pas fait un beau mariage, elle n’a pas eu une belle carrière, elle n’a pas non plus été écrivain ou quoi que soit d’autre… Elle a juste posé timidement des essais qu’elle n’a jamais eu le courage de réaliser jusqu’au bout. Cela lui a laissé une impression d’échec qui renforçait son idée qu’elle était ridicule de vouloir être autre chose qu’une merde…

Elle a refusé la vie soumise à l’argent et aux critères bourgeois de sa famille, mais elle s’est aussi refusé à vivre sa vraie vie. Dans un entre-deux médiocre, une non vie ridicule, elle a sombré dans un désespoir mou, agissant comme une automate…

Au lieu de la carrière commerciale que voulait pour elle son père, dans la jungle des grosses entreprises dans lesquelles elle n’aurait jamais survécu, elle devint éditeur dans la grande forêt de pierre et d’asphalte qui était au centre du Royaume.

Elle retrouvait le monde de ses amis les livres, tranquillement, humblement, ayant renoncé depuis longtemps à être elle-même écrivain. Puisque c’était ridicule d’y penser. Mais là, au moins, elle pouvait être proche de ceux qui écrivent, et elle s’en contentait. C’était juste une fuite. Et elle n’a pas vu que là aussi, il fallait se battre pour garder sa place et être reconnue. Mais comment être reconnue quand on se sent illégitime à la moindre reconnaissance et ridicule d’oser seulement y penser ?

Elle avait grandi et ce n’était plus une petite fille, mais ce n’était pas non plus une femme avec la puissance de son indépendance. Elle était encore une petite fille dans une apparence de femme.

Et puis, un jour, elle était jeune encore, elle rencontre un renard rusé.

Même si elle se foutait de cette obsession financière qui était la colonne vertébrale de sa famille, elle était héritière. C’était d’ailleurs, pour les gens du château, fort dommage, car cela représentait pour eux un gâchis ridicule, mais, bon, c’était comme ça…

Le renard rusé s’en rendit compte un jour et décida de mettre la patte sur cet argent.

Il entreprit de la séduire…

Il n’était pas potier mais prétendait l’aimer plus que tout. Alors elle l’a écouté.

La petite fille qui ne savait pas qu’elle était devenue une femme, ne savait pas ce que cela faisait d’être vraiment aimée. Elle a cru les mots doux et les stratégies apprises dans les « Méthodes pour attraper les poulettes riches » que le renard avait compulsé. Elle n’a pas vu les incohérences, les détails où apparaissaient la froideur, l’égoïsme et l’indifférence du renard à son égard.

Elle s’est laissé embarquer dans un tourbillon romantique qui ressemblait trop aux histoires à 4 sous d’une littérature de gare pour être vraie. Elle a voulu y croire. Pour une fois, quelqu’un ne la trouvait pas ridicule…

Le réveil a été brutal. Elle a repris ses croyances, les a renforcées et s’est soumise à ce maître pervers et brutal. Sa famille, considérant qu’elle l’avait bien cherché, s’est désintéressée de son sort, ce qui ne changeait pas tant que cela de leurs habitudes.

30 ans plus tard, elle a réussi à s’échapper de la prison du renard, à se libérer des croyances que sa famille lui avait imposées, à accepter qu’elle était elle-même, juste elle, une femme indépendante et libre de mener la vie qu’elle avait envie de mener. Un peu artiste, un peu rêveuse, un peu rationnelle, un joli mélange avec plein de défauts mais tellement de charme !

En tout cas, certainement pas ridicule !

Pour cela, elle a, entre autres, écrit ce livre.

 

Avant Arthémise

Les souvenirs familiaux ne remontent pas beaucoup avant mes arrière grand mères, nées dans le dernier quart du XIXeme siècle. Ce que j’ai pu apprendre par des bribes écoutées ici ou là dans les conversations des plus vieux que moi, ne remonte pas au delà.

Mais il y a inscrite en moi de bien plus vieilles terreurs, de bien pires souvenirs, qui se manifestent à l’occasion de rêves, de conscience modifiées ou de comportements aberrants. Vous savez, quand on sait très bien que l’on doit conduire sa vie d’une certaine manière et qu’on fait exactement le contraire ! Cet auto-sabotage qui vous coupe de la joie simple d’exister et de profiter des bonheurs de la vie, qui vous interdit l’amour d’un homme ou la réussite sous quelque forme que ce soit…

Cette croyance tellement ancrée en soi qu’on ne mérite pas de vivre, cette illégitimité à être aimée, cette désespérance de soi comme une évidence, cette destruction systématique du bonheur, je l’ai vécu pendant 50 ans et même un peu plus.

Les souffrances des vies de mes Mères connues sont elle-mêmes la conséquence de ces croyances. Elles les ont reçues et transmises, et se sont pliées à cette malédiction qui venait de très loin, parce qu’à leur époque, on ne se posait pas de questions, on ne se posait même pas la question du bonheur.

Le bonheur, c’était un truc de riches. D’hommes. Et généralement d’hommes riches, éduqués.

On n’avait pas le temps pour ces « bêtises là ».

Ma famille est issue, comme 90 % de la population mondiale, du peuple.

Ce peuple qui a toujours été au service des puissants et des oisifs. Parfois, il y avait un équilibre et une justice, et les riches protégeaient les pauvres, collaboraient en bonne intelligence et permettaient une société harmonieuse où chacun pouvait tracer son chemin et vivre une belle vie. Parfois non… Souvent non.

C’est d’ailleurs amusant de noter que, bien souvent, c’est lorsque les discours officiels sont le plus en faveur du peuple, que le peuple est le plus bafoué et l’élite la plus violente.

Au sein de ce peuple, petites gens, laboureurs et journaliers, colporteurs et petits artisans ruraux, les femmes ne devaient un sort enviable qu’à l’intelligence et à l’amour de leurs pères et maris.

L’amour rétablissait une sorte d’égalité de dignité et de droits là où la société avait établi une soumission absolue.

Et puis, il y a eu les aléas : les guerres, les maladies, la peste, les malandrins et les accidents. Ces évènements terribles qui impactent toujours plus les pauvres que les riches. Ces derniers ont un peu plus le moyen de se protéger là où les pauvres n’en ont aucun.

A cela, s’ajoute, pour les femmes et les enfants, les viols, les défauts de soin et les décès lors des accouchements. Il suffit de voir les cimetières anciens pour s’en rendre compte. Etre femme, c’était souffrir et mourir. C’était d’ailleurs écrit dans la Bible, alors…

Là aussi, ce furent les femmes des milieux populaires qui payèrent le prix le plus fort.

Dans la lignée de ma mère, originaire de l’Est, il y a fort à parier pour que les femmes de ma lignée aient subi les pires outrages. Ces régions ont été balayées bien trop souvent par les vents de la guerre, avec ses soudards laissés à eux-mêmes lorsque la solde n’arrivait pas ou lorsque les commandements ne les contrôlaient pas assez (ou les laissaient volontairement répandre la terreur pour affaiblir l’ennemi).

Ces soudards, donc qui mettaient volontiers les villages à sac, pillant, tuant et égorgeant à tout-va, sans négliger de violer d’importance tout jupon « baisable » qui passait à leur portée. Ils n’étaient d’ailleurs pas très difficile et cela allait de la petite fille à la grand mère, en passant par la femme enceinte.

Le pire, c’est que celles qui subissaient ces violences, et n’en étaient pas mortes, se retrouvaient « salies, déshonorées » et bien souvent chassées de leur famille, de leur village, de leur entourage, traités comme des pestiférées. Double peine.

Certaines devenaient prostituées, d’autres vagabondes… rares furent celles qui furent accueillies dans leur souffrances, soignées et ont pu reconstruire une vie. Elles étaient marquées du pêché, coupables, devenues immondes et vouées à l’exclusion du monde des gens « normaux ».

Un tel traitement, une telle condamnation sans appel, sans aucune miséricorde, n’a pu que laisser des traces terribles dans celles qui ont vécu cela et ont réussi, malgré tout à survivre… et à laisser des enfants derrière elles. Rebuts de la société, elles ont pu devenir les compagnes d’autres rebuts mâles, les seuls qui n’avaient pas le choix. Elles devaient s’en contenter, une vie sans homme étant suspecte et quasi impossible dans la société patriarcale, surtout lorsque l’on n’avait pas d’argent.

Pour donner un peu de sens à ce non sens, se mettait en place des croyances et des tabous, qui « normalisait » une situation de souffrance et de violence, pour ne pas devenir folle. En tout cas, il semble que ce fut le cas dans ma famille :

  • Les hommes ont tous les droits

  • Le viol est normal (les hommes ont des besoins et les femmes sont là pour cela)

  • On ne doit JAMAIS dire Non à un homme

  • Le bonheur n’existe pas (ou c’est pour les autres), variante : les femmes n’ont pas le droit d’être heureuses

  • les femmes sont au service des hommes

  • L’amour, c’est de la blague (sauf, éventuellement l’amour maternel ou grand maternel), et, s’il y en a, il est de toute façon sacrificiel

et :

  • Les femmes, c’est le Mal absolu. Elles sont stupides, méchantes et dangereuses. Elles ont toujours tord et créent, à elles seules, tout le mal du monde.

A cela, s’ajoute des ressentis réactionnels :

  • Les fils ne doivent pas devenir des hommes, toujours rester des petits garçons, pour ne pas devenir violents, méchants et dangereux. La colère contre les hommes responsables du malheur des femmes s’exprime dans la castration des fils.

  • Les filles doivent apprendre à cacher leur féminité, pour pouvoir exister. Leur féminité est déniée, ridiculisée, rendue honteuse. Ainsi, les mères, inconsciemment, essaient de protéger leurs filles.

  • Le monde est dangereux et il ne faut pas oser vivre. La soumission et la dépendance est le plus sûr moyen de survivre puisqu’on est totalement impuissant dans ce monde. On ne mérite pas d’avoir de la valeur : aucune estime de soi, ni confiance en soi n’est possible. Pas la peine d’essayer, de toute façon, on ne peut qu’échouer.

Bien avant les ancêtres d’Arthémise

La longue procession s’avance au son des flutes d’os et des lithophones. Les tambours en peau de rennes rythment les pas des initiées du jour.

La veille, les garçons ont vécu leur cérémonie du Ciel et font désormais partie de la haie d’honneur qui portent les flambeaux le long du chemin qui s’enfonce dans la Terre-Mère.

Dans une lune aura lieu la Cérémonie de l’Alliance du Ciel et de la Terre, pour tous les jeunes des clans venus cette année là au sanctuaire. A ce moment-là, autour du feu, les regards vont se faire séducteurs, les mains vont se frôler, les corps vont danser, et l’amour va prendre le cœur des jeunes qui vont choisir (ou pas) leur compagne ou leur compagnon de vie. Nulle obligation, nulle exigence de la part de leurs ainés, sinon, celle de prendre le temps de se connaître et d’écouter leur cœur. Les clans restent ici une ou deux lunes.

Pour l’heure, les jeunes filles, celles qui ont quitté l’enfance depuis les dernières rencontres de l’année dernière, avancent dans le tunnel. La grande Mère les accueille dans la salle gravée et peinte.

Les hommes restent à l’extérieur et refluent vers l’entrée. Ils vont prier pour les femmes, sous le ciel étoilé.

La lourde porte en peau de Mammouth est glissée devant l’entrée.

Les femmes sont dans l’utérus de la terre-mère. Elles vont partager les enseignements de la féminité. Les secrets de leurs corps, de la jouissance et de la vie. Les plus vieilles vont répondre aux questions des plus jeunes. Les expériences vont s’échanger pour comprendre, apprendre et devenir une adulte responsable et enseignée. Elles vont apprendre les herbes qui soulagent les douleurs, les traditions qui permettent de protéger la santé des femmes, des bébés et des hommes, le respect de la vie jusqu’à son aboutissement, la mort, le passage.

Lors de cette nuit, les jeunes filles vont donc apprendre à être femme. Elles vont apprendre les secrets de leur ventre, de leur sexe et du plaisir. En recevoir et en donner. Respecter et aimer leur corps, tel qu’il est, en confiance et en responsabilité. L’écouter, en prendre soin et lui donner le nécessaire. Elles vont apprendre le grand mystère de la vie : comment ce corps va faire naître un enfant. Comment l’amour d’un homme et d’une femme, sous la protection des Esprit va faire advenir un bébé dans leur ventre. Comment faire en sorte de ne pas le faire advenir si les ressources ne sont alors pas suffisante. Elle vont apprendre à maîtriser leur fertilité, à ne pas la subir, tout en accueillant la vie qui se présente comme un cadeau. Elles savent lorsqu’elles sont fertiles grâce à leur fétiche1 qu’elles reçoivent ce soir là. Elles sont responsables de la survie du clan, et de l’équilibre des ressources. Elles vont apprendre les soins de l’accouchée, des bébés, des enfants, des malades et des morts.

Elles vont partager, en même temps, la confiance, la solidarité, la fraternité, la sécurité du clan des femmes. Le savoir va avec la douceur de l’affection et la bienveillance. Les conflits naissent mais sont réglés par les trois « sages » : des femmes choisies pour leur sagesse et leur intelligence, leur expérience et leur parcours de vie leur en ont donné l’autorité.

Lors de cette nuit, les jeunes filles vont choisir leur place dans la communauté. Elles vont être écoutées, enseignées. Elles vont s’écouter l’une l’autre.

L’une choisira d’être compagne et mère, de s’occuper des plus petits ; l’autre préfèrera les grands espaces et la liberté. Elle accompagnera les hommes et leur indiquera les lieux de nourriture que les Esprits lui auront transmis ; La troisième voudra connaître les plantes, celles qui donnent la vie, celles qui donnent la mort ; la quatrième sera celle qui préside à la naissance des bébés; une autre va créer de la beauté avec des terres de couleur, des os, de l’ivoire, des coquillages; une autre, enfin, va discuter avec l’invisible et servir de canal pour les Esprits…

Chacune recevra une maîtresse en savoir. Une femme qui sait, et les guidera dans leur apprentissage. Elles quitteront leur famille et iront quelques années dans le clan de cette marraine, le temps de maîtriser ce qu’elles doivent connaître.

Au petit matin, elles vont émerger du sanctuaire, pâles, fatiguées mais rayonnantes. Elles naissent alors à leur vie de femme.

Les hommes, qui ont prié toute la nuit pour elles, les accueillent à leur nouvelle dignité.

L’alliance du féminin et du masculin va créer la danse joyeuse de la vie.

C’était il y a bien longtemps.

Avant l’Histoire, ses grands empires, ses progrès techniques et son paternalisme.

Avant les villages du Néolithique et la soumission des femmes, devenues des « ventres » à produire de la main d’oeuvre, des guerriers et des héritiers.

Avant les grottes du Mésolithique où l’humanité, privée de l’abondance par les esprits, s’étiolait dans des conflits et des violences en se disputant les maigres ressources des terrains de chasse et de la cueillette.

C’était la grande période des Grands Clans qui a duré plus de 30 000 ans dans les plaines glacées d’Europe. La période où l’humanité vivait en harmonie avec les Esprits et la Terre. Où la violence sociale n’existait pas encore car il y avait suffisamment de ressources pour tout le monde et que l’accaparement n’avait ainsi aucun sens. Où la domination et la hiérarchie de la force et de l’avoir n’en avait pas non plus.

C’était la période qui, dans l’imaginaire collectif a été transmis comme le Paradis terrestre.

Il n’y avait ni travail, ni pénuries. Chacun mangeait à sa faim et les hommes et les femmes se respectaient et s’aimaient dans une égalité de dignité qui allait de soi. Les femmes avaient un savoir qui leur permettaient de ne pas « accoucher dans la douleur », les hommes n’avaient pas à suer et s’épuiser à tirer du sol leur subsistance.

Les récits de la Genèse, dans la Bible, comme ceux des commencements du monde de beaucoup de cultures, parlent de cet Age d’Or.

Mémoire collective (Jung) ?

Chant métaphorique sur un passé révolu ?

Enseignement aux hommes que leur nature n’est pas la domination mais la collaboration, l’amour ?

En tout cas, les dernières découvertes sur la paléolithique supérieur montrent que l’esprit de cette société égalitaire (quelqu’ait été sa réalisation concrète, qui a du, d’ailleurs être aussi différente, selon les clans, que les êtres humains eux mêmes) a été une réalité qui s’est inscrite en nous, les femmes, et nous a donné la force de ne plus accepter d’être des sous-hommes, des « vides », des « manques », des « trous noirs » comme prétendent Freud et sa clique…

En chacune de nous, les traces de ce passé de liberté et de dignité est encore présent, malgré les terreurs et les chemins violents qui leur ont succédé.

La domination n’est pas une obligation dans le monde humain.

La soumission des femmes n’est pas naturelle.

Les hommes ne sont pas plus forts que nous.

L’égalité de dignité est la base même d’une humanité stable et prospère, naturelle.

C’est ce souvenir qui doit nous porter à retrouver notre puissance, non pas comme une revanche, en détestant ce féminin que l’on croit fragile en nous, mais comme une évidence.

Guérir les traumatismes de 15 000 ans de domination patriarcale (qui a généré autant de femmes que d’hommes violents, ne l’oublions pas) pour retrouver la paix et la puissance d’une identité féminine retrouvée (bien différente de la féminité construite depuis le néolithique) dans le respect des particularités de chacune, en alliance apaisée et joyeuse avec la puissance de l’identité masculine redécouverte.

1Le fétiche est une petite figurine en bois, en ivoire, en os ou en pierre sur laquelle les 27, 28 ou 29 stries de leur cycle personnel sont inscrits. Elles savent qu’au milieu du cycle, lorsque les stries approchent du pubis dessiné, leur période fertile commence.

 

Papa. 11 janvier 1932 – 23 juillet 2022

Mon père est parti pour de nouvelles aventures, en laissant son corps ici, le 23 juillet 2022

Je voudrais rendre hommage à mon père, parce que je suis très fière d’être sa fille.

Cela n’a pas été tout seul. Nous portions tous les deux nos peurs et nos pudeurs, nous ne savions ni l’un ni l’autre dire que l’on aimait, maladroits et empétégués de fausses hontes et du sentiment que l’autre se foutait de nous comme de sa première chaussette. C’était faux. C’était idiot. Mais c’est comme ça, quand on ne s’aime pas beaucoup soi-même, on a du mal à imaginer que l’autre puisse vous aimer un peu.

Tu as été mon héros, et l’homme que j’aimais le plus au monde lorsque j’étais petite. A égalité avec Pépé.

Et, en grandissant, tu as été Ma Référence, celui sur qui je savais pouvoir compter, celui que j’admirais plus que tout, celui qui était là, malgré la distance, et justifiait la valeur de mon existence. Avec un père pareil, je ne pouvais pas être si ratée ! Tant que tu étais là, je me sentais protégée. Tu a été la source de ma force et de ma fierté d’être, malgré les épreuves, les bêtises et les culs-de-sac. Je savais que tu aurais pris ma défense face au danger, et c’était rassurant.

Et je t’aimais, je t’aime, parce que, même si tu n’es pas le super-héros de mon enfance, tout puissant et parfait, tu est un homme digne, intelligent et qu’un lien puissant nous unit. Depuis que tu as posé ton regard de papa sur ce bébé pas trop voulu et que tu as été séduit par mes menottes, mes grands yeux noirs et ma bouille qui te ressemblait.

Tu n’as pas su dire que tu m’aimais. Dans notre famille, cela ne se dit pas.

Mais au fond, je savais que tu m’aimais. Je l’ai toujours su, même quand j’étais en colère lorsque j’ai cru que tu me rejetais parce que je t’avais déçu. Et, d’une certaine manière, oui, je t’ai déçu. Tu rêvais d’une belle réussite à la mesure de mes talents, et j’ai choisi une autre voie.

Tu ne nous as jamais rien imposé. Tu proposais et nous laissais libres. Ce respect, je l’ai pris pour de l’indifférence, j’avais tord.

Ce qui est sûr, c’est que ce que tu envisageais pour moi, HEC, comme tout parent raisonnable, n’était pas du tout ma tasse de thé. J’étais bonne en maths, mais je les détestais cordialement. Cela aurait mal fini. Alors, finalement… On ne refait pas le passé. J’ai peut être gâché mes talents, mais je vais me rattraper, promis.

Et aujourd’hui, je sais à quel point tu nous as aimés, nous, tes enfants.

Je sais qu’aujourd’hui, tu es fier de moi. Je ne me suis pas si mal débrouillée, j’ai relevé le gant, et j’ai lutté. Grâce à toi.

Je sais, aujourd’hui que tu m’aimes et que tu restes auprès de moi, avec tendresse et intelligence. Tu continues ton boulot de papa. Même si c’est à moi d’assumer et de prendre la responsabilité de ma vie. Tu me fais confiance. Parce que la vie est trop précieuse pour la laisser se dérouler passivement et ne pas réaliser notre potentiel au mieux. Et tu crois en moi. Je ne dois plus rien gâcher.

Alors, aujourd’hui, je te dis merci, devant ton cercueil où tu n’es pas.

Tout d’abord, merci, Papa, de m’avoir appelée Agnès et d’avoir désobéi à maman qui voulait m’appeler Marie-Ange. Franchement!  Est-ce que j’ai une tête à m’appeler Marie-Ange ? Merci d’avoir pris l’initiative de m’appeler Agnès comme la petite fille déclarée juste avant moi, devant l’officier d’état civil. Tu as du te faire engueuler d’importance par maman !

Merci d’avoir été mon héros lorsque j’étais petite fille. Je te trouvais bien plus beau et surtout plus intelligent que les papas de mes copines. Y avait pas photo! (Et je trouve encore!)

Merci d’avoir été toujours là pour répondre à mes questions (et elles étaient nombreuses), le long des chemins autour du Mas, d’expliquer les pins, les fourmis, la garrigue, les cigales, le Mistral, la révolution de la terre et le sens du tourbillon de l’eau qui change en fonction des hémisphères… pour ce dernier fait, je n’ai jamais su si c’était vrai. Tu racontais des histoires avec un humour pince sans rire et on ne savait jamais si c’était du lard ou du cochon… Tu étais à la fois une encyclopédie vivante et un grand blagueur. Je croyais tout… ou presque. Tu aimais enseigner et j’adorais apprendre.

Merci de m’avoir transmis un héritage provençal, de m’avoir donné des racines, des valeurs et une structure… mine de rien. Maman te laissait si peu de place…

Merci pour ces après midi ensoleillés aux Lecques, quand tu allais pêcher les oursins dans les eaux scintillantes de la Méditerranée.

Merci pour les rires et la joie de vivre, qui mettaient du soleil dans notre famille qui préférait le silence, le devoir et la rigueur… la légèreté et le plaisir étaient bien suspect chez nous…

Tu travaillais dur, comme ton père, mais tu savais aussi t’amuser.

Il y a eu la blague des olives que tu choisissais avec soin sur l’arbre, avec componction, pour la faire croquer aux pauvres gens d’au delà de Valence (qui est pour nous la frontière du nord). C’est, en fait, horriblement amer. Et les gens de recracher avec une grimace pendant que tu riais de bon cœur, avant de leur proposer un pastis pour faire passer le goût.

Il y a eu les soirées pizzas, au Mas que tu as construit, avec son four à Pizzas comme en Italie, où, couvert de farine, tu officiais en pizzaïolo de grande classe. Les meilleures pizzas que je mangerais jamais!

Il y a eu les étudiants, à la fac, avec qui tu savais faire la fête, tout en leur apprenant leur métier avec sérieux.

En bon méridional, tu pouvais t’engager dans ces grandes conversations tonitruantes à la Comedia dell’arte, à la table du dimanche, qui en tremblait sur ses pieds.

Il n’aurait pas fallu grand chose pour que tu te laisses aller à être heureux, mais on ne t’en a pas laissé l’occasion. Alors tu es parti. Tu as eu raison.

Merci d’avoir rencontré Marie Christine qui t’as rendu heureux et t’as rendu à toi même. Merci de l’avoir aimée. Merci à elle d’avoir aimé et pris soin de mon Papa.

Merci d’avoir eu le courage de mener ta vie sans te renier et d’en avoir fait une belle vie.

Merci de nous donner cet exemple

Tu vois, tu es toujours un bon professeur.

Je t’aime tant, papa.

Bon voyage.

 

Feel good books

Les rayonnages des librairies croulent aujourd’hui sous les titres feel good qui nous donnent, du haut de leurs couvertures aux couleurs douces, les recettes (infaillibles ! ) d’une nouvelle vie, forcément plus heureuse.

Jusqu’à présent, nous vivions comme des cons (enfin des connes, ces titres sont manifestement destinés aux femmes de 30 – 40 ans, coincées dans une vie de salariat terne et stressant dans une grande ville lambda) puisque nous n’épanouissons pas notre potentiel créatif et que nous n’ouvrons notre coeur à a vérité qui est depuis si longtemps en nous, mais que la peur et la mésestime de soi empêchent d’écouter.

Bref, de la littérature de gare, toutes sur le même modèle, très rémunérateur pour les éditeurs qui en produisent des kilomètres et qui ravissent les madames Bovary contemporaines.

Parce que, bon.

Qui a les moyens, réellement, d’aller 1 an en Italie, 1 an en Inde dans un Ashram et 1 an à Bali ? (Mange, prie, aime)

Qui a les moyens de créer une petite librairie (boulangerie – pâtisserie, bibliothèque, café – salon de thé….en gros cela revient toujours à ces activités bobo) au fin fond de la cambrousse, et d’en vivre ?

Qui a les moyens d’un voyage au Népal (en plus, le Népal, c’est d’un classique, cela fait 50 ans qu’il ne doit plus y avoir une once d’authenticité dans ce pays du Toit du monde bien entré dans la société néo-capitaliste-baba-bobo du business écolo-yoga-herbe), comme ça, au déboté, pour le fun ?

Qui a la chance de rencontrer l’amour de sa vie, à la page 150, au hasard d’une visite dans une galerie d’Art, d’un thé dans un cofee-shop, d’une catastrophe maritime ou d’une enquête policière ?

Qui peut se retrouver au chômage en lâchant un travail qui-n’est-pas-épanouissant ou qui-n’a-pas-de-sens pour décider d’aller créer une ferme pédagogique au fin fond du Larzac parce que c’est son karma? Et pouvoir continuer à avoir à manger et de l’essence pour sa voiture, et tout le reste, parce que bon…

Qui va rencontrer un gourou, parce qu’il le vaut bien, et être remarqué par le grand homme (ou femme, mais moins souvent) alors que l’on vit sa petite vie humble et cachée, sans que personne, jamais, ne nous ait remarqué depuis notre plus tendre enfance, alors que Lui, le gourou, a vu tout notre potentiel extraordinaire tout de suite, au premier coup d’oeil ?

Et surtout, qui a pu trouver la sérénité et le bonheur en se regardant complaisamment le nombril, en position du Lotus, simplement parce qu’enfin  on vous disait comment être ???

- Lâche tes peurs, cocotte !

- Oui maître. Ah Ah… oui, ça marche. Je me sens tout de suite mieux !

- Pense à l’instant présent ! Tu veux contrôler ta vie, c’est pour cela que tu es dans la mouise… Lâche prise !

- Oui. cool. Et tant pis pour le crédit de la voiture à rembourser, les traites du crédit à la consommation, les fins de mois dans le rouge, le travail à chercher, les enfants à assumer, et le loyer à payer… L’Univers y pourvoiera. il suffit de visualiser la fortune et elle viendra à moi… je lâche prise !!!! you ou…. Vive le RSA !

- Pars méditer en Asie, loin de cette société de consommation décadente de l’occident.

- Oui, maître. c’est quel budget ? (vol, hotel, repas (bon, on peut faire un jeune ou attraper la tourista, aussi), guide et colliers de fleurs compris)

Bref, ces livres m’agacent.

Comme les romans à l’eau de rose de nos grands mères, elle distillent du rêve innaccessible et détachent les lectrices du réel. Elles se voient dans la petite boulangerie au bord de l’eau, dans le café du bonheur, dans la librairie du bout du monde ou au pied de l’Himalaya,  aimées follement par un mix de Indiana Jones et du dalaï Lama, gaulé comme un dieu et intelligent et drôle comme Woody Allen (désolée, j’ai les références que je peux, j’adore Mahattan), le temps d’un trajet en RER. Elle luttent contre un gros méchant, un consortium qui veut détruire la nature ou casser leur rêve entrepreneurial et finissent par gagner parce qu’elles se révèlent à elle mêmes et qu’elles ont plein d’amis (généralement bien placés et immensément riches, ça aide).

Alors, le retour à leur boulot de caissière, la vision de leur mari (qui ne ressemble plus à Indiana Jones depuis longtemps), les  lettres de relances de l’huissier qui deviennent une collection d’Art contemporain sur la tablette de l’entrée, ça fait mal… Rajoutez à ça, les nouvelles calamiteuses du journal télé. Au choix: on va tous mourrir du changement climatique, les terroristes sont parmi nous et attendent de vous tranger la gorge cachés das tous les coins (attention à votre voisin, c’en est peut être un déguisé), le covid va tuer tous vceux que vous aimez, la crise économique va être terrible mais le gouvernement est là, version y a t’il un pilote dans l’avion?

Et on a les ingrédients parfait pour:

Frustration (ma vie est nulle, et pourtant yaka…)

Isolement (les amis sont ceux des livres et pas ceux de notre vraie vie)

Essai de faire comme ils disent: au mieux des cours de Yoga, des applis de méditation; au pire le chômage ou une faillite, et le RSA (parce qu’on a démissionné comme l’héroïne a eu le « courage » de faire, mais du coup on n’a pas le droit au chômage. Ah oui, oups, l’héroïne, elle est anglo saxonne, c’est pas le même système chez eux… c’est d’ailleurs pire. Mais l’héroïne, elle a des parents riches, un trésor de guerre conséquent de son ancien boulot ou des amis richisssimes, nous pas.)

Déprime

Victimisation/ infantilisation (où il est le sauveur ???)

Culpabilité (les autres réussissent et pas moi, j’ai quoi qui colle pas ?)

Angoisse et re – déprime (qui se tiennent la main et dansent ensemble: Faudrait kon, jy arrive pas)

Et société qui se dirige tout droit vers un « meilleur des mondes » où un crétin nous raconte des âneries et fait voter tout le monde pour le mettre au pouvoir et bien asservir son peuple. Mais, les gens sont tellement persuadés qu’ils sont impuissants et stupides, ils n’ont plus confiance en eux, et en rien, tellement terrorisés par des catastrophes annoncées, qu’ils renoncent à faire société, se repliant sur leur développement personnel… qui est encore une fois, un miroir aux alouettes.

BON.

Alors, je ne dis pas que ces livres sont les responsables de tout ça. Bien sûr que non.

je les lis aussi.

Mais ils participent au système.

Et cela m’agace.

 

Le livre de mes Mères (suite)

Marie  (1899 – 1985)

 

Ma grand mère maternelle a été la plus merveilleuse des grand mères. Je lui dois les heures les plus douces et lumineuses de mon enfance.

De la même manière que pour mon Pépé qui m’a appris à nager dans les calanques des Lecques, me soutenant dans les vagues bleues de la Méditerranée pour que je ne boive pas la tasse, elle prenait soin de moi et m’a laissé de merveilleux souvenirs.

Les tartes à la rhubarbe et aux fraises des bois de son jardin, les tambouilles improbables que je faisais dans le grand bol en pierre du bas de l’escalier, les petits déjeuners qui sentent bon, les bains dans la grande salle de bains du haut dans lesquels j’avais l’impression de mourir et de renaître en même temps, son habitude de se faire les ongles en regardant la télévision, son élégance et son odeur (Rocailles de Caron mélangé à l’odeur de sa poudre rose), nos goûters sous la voute des Galeries Lafayette (ou du Printemps, je ne sais plus) où je devais bien me tenir, émerveillée par ce luxe : les plantes vertes, les petits tables nappées de blanc, la vue sur Paris et la lumière miroitante des vitraux de la coupole parsemant le salon de thé de mille couleurs, le métro nous bringuebalant sur des sièges en bois, les réveils au chant des oiseaux, le grand escalier au tapis rouge qui me fournissait des heures de jeu au gré de mon imagination, la découverte de la lecture (de Oui oui aux Club des 5 laissés là par mes cousins) dans le garage, à côté de la voiture noire de grand père, en me cassant des noisettes de la récolte de l’année, avec un marteau sur l’établi, dans une odeur de poussière, d’huile de moteur et de bonheur…

La liberté surtout. Je n’avais rien à prouver, n’étais obligée de rien, coupable de rien… Je pouvais être moi, insouciante et enfantine. Libre.

Elle m’aimait bien. Elle m’appelait sa « Sauterelle », j’étais vive et gaie avec elle. Pépé m’appelait « Lipette » parce que je faisais beaucoup de bisous.

Mes frères racontent qu’elle pouvait être sévère, et ils redoutaient sa grosse bague lorsqu’elle leur donnait une gifle pour les corriger. Cela m’a surprise. Jamais elle n’a levé la main sur moi. Mais si elle était plus exigeante avec ses petits-fils, elle les adorait tout autant que nous, ses deux petites filles. Elle a accueilli ma cousine petite fille et jeune fille avec générosité. Elle a proposé de prendre un de mes frères, impressionnée par la violence de son grand frère. Violence familiale qui devait lui rappeler de bien mauvais souvenirs et qu’elle ne supportait sans doute pas. Jalousie entre frères pas si grave qui s’est tassée en grandissant. Mon frère est resté chez nous.

Jamais elle n’a été autre chose qu’attentionnée, juste et affectueuse avec nous. Pleine d’humour aussi. Elle avait appris l’art de l’autodérision tendre qui donne de la légèreté à la vie.

C’était une femme intelligente (bien qu’elle n’ait pas été présentée ainsi dans la famille, elle avait une réputation de femme dévouée et sévère, mais pas forcément très futée. Or elle était bien plus raisonnable et sensée que mon grand père, qui, malheureusement, ne l’a pas toujours écoutée, et a fait de nombreuses erreurs de gestion financière, mais bon.)

Elle avait une manière bien à elle de faire passer les choses importantes, l’air de rien. Prenant de l’âge et de la sagesse, elle ne lâchait plus rien, souriante, et mon grand père a bien souvent été roulé dans la farine, mais avec beaucoup de tendresse et de gentillesse. Sans pavoiser, humble et modeste, elle était forte et solide et a mené sa vie comme elle l’a décidé. Elle n’a jamais été mièvre. Elle était fière et peu causante, mais je me sentais bien avec elle. Nous nous comprenions à demi mot, pas la peine de verbiage creux…

Je me souviens d’elle comme une femme élégante, toujours tirée à 4 épingles, sentant bon et souriante. Elle savait rire aussi, surtout quand elle était un peu pompette et qu’elle perdait un peu de sa dignité de bon ton.

Elle a fait partie des piliers de mon enfance. Sans elle et sans Pépé, je serai certainement partie à la dérive. Trop seule, trop triste et trop apeurée pour avoir envie de construire ma vie.

Jamais, petite fille, je n’ai imaginé à quel point elle avait traversé d’épreuves.

La vie ne l’a pourtant pas épargnée. Mais elle a relevé le défi avec panache.

A mon amour pour elle, je peux rajouter aujourd’hui de l’admiration.

 

Née hors mariage à une époque où cela faisait d’elle une « batarde » et considéré comme une honte absolue, battue par son père, elle a fait preuve d’une force de caractère impressionnante pour ne pas s’être effondrée.

A 16 ans, elle se retrouve orpheline. Quels qu’aient été ses rapports avec sa mère, la perdre a été certainement un drame. Elle se retrouve en première ligne.

Sa tante, Joséphine, Jojo, épouse Gustave après la mort de sa femme. Venue s’occuper du foyer pendant la maladie de sa soeur, elle prend soin des enfants de son mieux, mais l’atmosphère est sombre et violente. Il y avait un sacré passif, quand même.

Jojo a eu un fils hors mariage, Albert, en 1910. Son patronyme est Charbonnier… mais il y a de nouveau beaucoup de non-dit dans cette histoire. Il me semble assez étrange que dans un petit village des Vosges où tout le monde se connaît et où il doit être bien difficile de passer inaperçu dès qu’on y met le pied, la sœur d’Arthémise, qui s’occupe du foyer de la malade, ait pu avoir une aventure avec un homme sans que personne ne soit au courant… Quant à une aventure parisienne, je ne vois pas quel espace de liberté elle aurait eu pour aller flirter, après le travail à la boutique, la gestion comptable, les repas, les courses, le linge, les enfants, le ménage et j’en passe… Par contre, il y a, tout proche, un homme de 40 ans, qui ne s’est pas distingué par le respect des femmes…

Bref…

Albert héritera de la ferme des Bagard, au Ban-de-sapt.

Pour info, la dernière sœur Bagard, Léa, institutrice, épousera un directeur d’école qui sera viré de l’Education nationale en 1939 pour pédophilie… Mais cela c’est une histoire que l’on verra plus tard.

Léa n’aura pas d’enfants.

Revenons à ma grand mère.

Nous sommes en 1915. La guerre fait rage, mais Paris ne sera pas envahie. Les taxis de la Marne ont joué ce vilain tour aux boches. Le front s’est stabilisé et a commencé la grande boucherie de cette guerre qui a traumatisé l’Europe et pour longtemps.

La charcuterie familiale, avenue Daumesnil dans le 12 ème (au 258 où il y a encore une Boucherie – charcuterie?), marche bien. Mon arrière grand père devient riche. Il est célèbre pour ses pâtés lorrains et ses produits de qualité. Il travaille dur et mène son monde avec autorité. Il a désormais des salariés, même si les membres de sa famille peuvent encore donner un coup de main. Le petit paysan pauvre des Vosges qui est venu avec son baluchon et ses sabots à Paris a réussi. Il en est fier.

Paris, pendant la guerre, continue de vivre au rythme de la propagande gouvernementale qui assure que « nos p’tis gars tiennent les boches en respect, tout se passe bien sur le front, c’est presque des vacances. ».

Les boulevards et les bistrots sont pleins et les soldats en permission. Ils ne peuvent rien dire des horreurs des tranchées pour ne pas faire baisser le moral de l’arrière. Ce serait une trahison de la Patrie et cela leur vaudrait la cour martiale. Et de toute façon, ils essaient surtout d’oublier dans les plaisirs des filles et du vin. Juste contents d’être encore en vie, mais jusqu’à quand ?

Marie aurait été au lycée et aurait eu son bac. Rares étaient les jeunes filles de cette époque à avoir leur bac et même à prétendre faire des études au delà de l’essentiel : lire, écrire, compter du certificat d’études. Une prétention intellectuelle féminine était très mal vue, tant chez les bourgeois où les qualités d’une femme était d’être douce et soumise, avec des talents pour la broderie, l’aquarelle et le piano, que chez les gens du peuple. Une femme de la bourgeoisie reste oisive et s’occupe avec ses amies, et sa « langueur » (et parfois avec ses amants). Nul besoin de grande instruction pour cela. Jusqu’en 14-18, les problèmes pratiques sont gérés par une domesticité nombreuse et corvéable à merci : la bonne, la cuisinière, la bonne d’enfants, les femmes de chambre etc. quand on voit les robes de l’époque, on comprend qu’elles ne pouvaient même pas s’habiller seules quand bien même elles le voudraient. Channel révolutionnera un peu cela, créant des vêtements plus faciles (et confortables) en chipant des pièces dans la garde robe des hommes. Les femmes ont eu envie d’agir, de conduire leur propre vie sans être engoncées dans des corsets et des tonnes de fanfreluches, qui leur serrait la taille à étouffer. Son succès vient peut être aussi du fait parce qu’après la guerre, il est devenu compliqué pour ces rentiers appauvris de maintenir une telle domesticité. D’autant plus que les domestiques ont commencé à réclamer des conditions de travail décents à travers les syndicats… La révolution russe est passée par là.

De toute façon, au delà du certificat d’étude, la scolarité étant payante, la majorité des français se posait même pas la question, encore moins pour une fille. A 12 ans, il était temps de travailler. Les garçons n’étaient pas forcément mieux lotis que les filles. Même ceux qui montraient des dispositions à l’étude et étaient brillants comme mon Pépé, allaient rarement au collège. C’était une trop grosse dépense pour une famille modeste et cela enlevait de la main d’oeuvre aux champs ou à l’atelier à une époque ou la plupart des des artisans travaillaient en famille.

Mon arrière grand père Cuny avait d’autres ambitions pour ses enfants. Il était parti de sa campagne pour faire fortune, et entendait bien y réussir, et ses enfants après lui. Devenu aisé, puis riche, il acheta des biens immobiliers, des bois dans les Vosges, et il ne serait pas surprenant qu’il ait poussé ses enfants à étudier. Il donna une dot conséquente à sa fille, qui permit à mon grand père d’acheter sa première boutique.

Mais pour l’instant, en 1915, ma grand-mère, Marie, pleurait sa maman, et allait au Lycée. Elle a du passer son bac à 18 ans, en 1917.

Les femmes pendant la guerre ont dû remplacer les hommes partis au front et de nombreuses familles s’ouvrirent à l’utilité de faire passer le bac à leurs filles pour leur ouvrir des perspectives de carrières ou au moins, de pouvoir seconder efficacement leur mari dans leur activité professionnelle. La misère des veuves de guerre qui ne savaient rien faire pour gagner leur vie, et qui se retrouvaient en charge de leurs familles, était un spectacle suffisamment affligeant pour motiver les jeunes filles (et leurs parents) à leur faire donner une possibilité d’indépendance financière par le travail.

De toute façon, les programmes, adaptés pour elles, ne les préparaient pas vraiment à une carrière. De nombreuses manières semblaient incongrues pour une femme, comme les sciences ou le latin. Pourtant, à la même époque, la France comptait une grande scientifique, Marie Curie. Mais elle était polonaise…

De toute façon, les filles étaient destinées au mariage ou au célibat sacré (bonne sœur).

Cependant, le travail des femmes a été rendu concevable à cette époque, par la nécessité. Et cette petite porte n’a cessé de s’ouvrir tout au long du 20 eme siècle, grâce à la ténacité de quelques unes, et l’intelligence de certains hommes politiques en 1945.

Il ne faut pas rêver, en 1917, date probable de l’obtention de son bac par Marie, elles ont été peu nombreuses, généralement issues de familles aisées (cela coûtait cher) et uniquement dans les grandes villes. Il y avait à Paris 7 lycées qui acceptaient des jeunes filles. Les lauréates du Bac n’étaient que quelques centaines en France sur les 7 875 admis en 1917.

Cependant, je suis assez fière que ma grand mère ait fait partie de ces précurseuses (?) et cela ne m’étonne pas. Elle avait une intelligence vive et une finesse d’esprit que j’appréciais, même si je ne sais pas si les autres membres de ma famille s’en étaient rendus compte…

Donc, Marie, fille de charcutier prospère, a pu aller à l’école, au collège et au lycée. Elle réussit certainement et je pense qu’elle y trouve un vrai plaisir. Et elle peut aider son petit frère à faire ses devoirs.

En 1918, Marie a 19 ans. Ni son père, ni son frère n’ont été mobilisés. La charcuterie marche bien. Elle a une belle dot et elle vit dans le Paris des années folles. Elle se coupe les cheveux et porte des chapeaux cloches. Elle porte ces nouvelles robes qui laissent voir les chevilles sur des chaussures files à brides et talon bobines. Elle n’a plus de corset, et va voir ses amies pour prendre le thé ou une boisson un peu plus canaille. Cela dit, elle n’a jamais supporté l’alcool et avait la tête qui tournait avec un seul verre de vin. Elle avait le vin gai, au demeurant et riait et chantait volontiers lorsqu’elle avait un petit coup dans le nez. Ma mère et moi sommes pareilles. L’alcool désinhibe et laisse voir une nature bien plus rigolote que lorsque nous sommes sobres.

Bien sûr, elle ne fait pas partie de ces oisifs qui vont de fêtes en soirées et finissent de se ruiner à coup de champagne et de dîners fins, dans une ambiance de libération sexuelle où tout est permis. Cela dit, les hommes ont toujours été libérés sexuellement, cela ne changeait pas grand chose pour eux. Mon autre grand-mère, Louise, racontait que petite dame du téléphone alors à ses débuts, elle avait entendu une conversation des gens du « château » où deux mondaines gloussaient en évoquant leurs jeux à la soirée de la veille, jeu qui consistait à se peindre les fesses. Leurs arrières petits enfants artistes qui font des performances à poil et à peinture, n’ont rien inventé, en fait…

A 19 ans, on rêve et on se sent forte. On se promet d’être heureuse. Comme toute les jeunes filles de son âge, Marie a envie de vivre et de rencontrer un mari. En attendant, elle passe son baccalauréat et est sage et soumise à ses devoirs. Elle observe de loin ces jeunes qui s’affirment, couchent et méprisent ce vieux monde bourgeois rassis. La « faute » plane.

Cependant, il y a toujours eu dans les yeux de ma grand mère, cette lueur d’indépendance amusée et maligne. Un peu comme la musique de Caravane Palace.

Elle va toujours jouer avec le cadre pour ne pas subir sa vie et se faire, malgré tout, une place une place dans laquelle elle va se sentir bien. Se soumettre en apparence mais se jouer de ces gros lourdauds que sont les hommes pour vivre sa vie à elle.

Ma grand mère n’a jamais été une victime. Elle n’a jamais, non plus, renoncé à aimer. Et elle a su se respecter malgré le poids du patriarcat et l’égoïsme des hommes. Elle a traversé la vie avec dignité et beaucoup de sagesse.

Une autre « rumeur » que j’ai attrapé sur la jeunesse de ma grand mère (était-ce elle qui me l’a dit, ou une cousine de ma mère ?, je ne sais plus), c’est que Marie a été une fois ou deux, mannequin pour Poiray. Grande et mince, cela me paraît possible. Très « parisienne », ma grand mère a toujours fait attention à être élégante et bien habillée. Elle aimait les vêtements de qualité, bien coupés, sans ostentation mais qui « feraient de l’usage ». Elle me disait de toujours d’acheter des vêtements de qualité, même chers, car ils restaient longtemps impeccables, alors que les caprices de la mode pas chère devraient être renouvelés si souvent que cela revenait bien plus cher et donnait un rendu de « sac » après 1 ou 2 lavages. Je ne l’ai pas toujours écoutée… Mais il faut dire qu’aujourd’hui, même chers, les vêtements ne sont plus vraiment de qualité. Même en haute couture, c’est dire !

L’été, après la guerre, toute la famille retourne au Ban-de-Sapt. Paris est vidée de ses habitants de la haute qui partent en villégiature, et c’est la période des moissons et des foins dans les campagnes. On va donner un coup de main.

La situation s’est normalisée. Plus personne ne parle de la naissance hors mariage de Marie (pas plus que d ’Albert, d’ailleurs. C’est tabou. Le secret de famille se met en place.

Les vacances sont joyeuses. Les jeunes vont aux champs pour de grosses journées et se retrouvent le soir dans la joyeuse ambiance des moissons. La demoiselle de Paris comme les autres. Même échevelée sur la charrette où s’entasse le foin en une colline qu’il faut rendre stable, elle est élégante. Jolie, même. Elancée, des cheveux auburn coupés à la garçonne qui encadrent son visage, elle attire le regard des garçons. Dans quelle mesure, elle y était sensible, je ne sais pas.

Dans ces années d’après guerre qui a saigné la France, il ya encore trop de deuils, d’éclopés et de défigurés pour penser vraiment à la romance. Bien sûr il y a une revanche à prendre sur la mort et certains se sont lancés dans tous les excès. Mais pas Marie. Il ya trop de deuils dans les yeux des gens du village. Son oncle Arthur, le frère de sa mère et le seul fils des Bagard, et chez les Cuny, Jean Baptiste (40 ans), Eugène (47 ans), Alfred (20 ans), Céleste (21 ans) et Emile (25 ans) sont morts.

Les années folles, les excentricités, le nihilisme, cette révolte des jeunes oisifs et de l’Art, traumatisés par les tranchées auxquelles leur vie de bourgeois protégés ne les avaient pas préparés, ces revenus-de-l’enfer devenus sans foi ni loi, ce n’est pas pour Marie.

La violence, elle connait bien, Marie. Alors, elle est sage. Elle travaille de temps en temps à la charcuterie, étudie, fait son trousseau, ne se fait pas remarquer. Elle apprend à être élégante et tirée à 4 épingles (« c’est respecter les autres », me disait-elle), mais ne se croit pas belle. Elle est intelligente, mais n’y crois pas et se soumet. Pas question de se mettre en danger comme sa mère.

Mon grand père Henry, rentré de la guerre gazé mais entier, après les tranchées et Verdun, va profiter à fond de ses années de jeune dandy parisien… mais il est un homme. Et ils ne se connaissent pas encore.

 …

L’enfance de Marie a été douloureuse.

 

Son père la bat, lui reprochant consciemment ou non d’être la faute, la Cause de son mariage. Ambitieux comme il l’était, il espérait peut-être épouser une femme plus riche qui l’aurait aidé financièrement à monter son commerce ? Comme beaucoup d’hommes de son époque, il considère qu’Artémise, la petite paysanne vosgienne, a fait exprès de tomber enceinte pour le coincer, pour l’obliger à légaliser, à l’épouser.

C’est aberrant, vu d’ici, mais cela était tout à fait logique pour lui. C’est lui la victime. Elle lui a fait « un gosse dans le dos ». Alors elle doit « payer » la faute, supporter sa mauvaise humeur et ses coups, comme sa fille, le « résultat » de cette traitrise. Marie a donc été élevée dans l’idée qu’elle n’aurait jamais du exister et qu’elle était la cause du malheur de sa mère, de son mère et de tout le monde. Elle a relevé le gant. Mais elle a transmis cette croyance à ma mère et à moi, (et moi à mes filles) sans le vouloir.

 

A t’elle, malgré tout, aimé son père ?

J’en doute. Elle était solide et pas du tout masochiste. Elle a enfoui tout cela au fond d’elle-même pour pouvoir vivre. Mais à 80 ans passés, elle faisait encore des cauchemars où elle revivait les roustes qu’il lui donnait.

Son petit frère, lui, l’héritier, n’était semble-t’il pas logé à la même enseigne.

 

C’est mis alors doucement en place, dans ma lignée maternelle, la certitude que les femmes n’avaient pas droit au bonheur, qu’elles devaient servir les hommes, ne jamais leur dire NON (et donc que le viol est normal) et qu’elles n’avaient que des devoirs. Elles n’ont pas le choix.

 

Combien de fois ai-je entendu ma mère me dire que les hommes ayant des « besoins », il était absolument normal qu’ils prennent les filles à leur portée. Logique ! Mais ma mère, c’est encore une autre histoire…

 

L’ambiance de cette époque, en tout cas, pendant laquelle la bourgeoisie brulait ses derniers feux et écrasait de tout son prestige tous les humbles qui la servaient, était en totale concordance avec cette croyance familiale. Rien d’original.

 

Seul l’amour, le vrai, le souci sincère de rendre l’autre heureux, d’être heureux du bonheur de l’autre sans rien réclamer en retour, pouvait, dans cette ambiance, permettre une vie, je dirais sereine et normale. Il y a eu des familles respectueuses et heureuses à toutes les époques et dans tous les milieux. L’amour et l’amitié, l’attention à l’autre, l’écoute désinteressée, ont traversé les siècles parce qu’ils sont inhérents à la nature humaine et transcendent toutes les violences et les prises de pouvoir.

C’est un cadeau que certaines familles font à leurs enfants.

 

Malheureusement, cela n’a pas été le cas dans ma famille maternelle.

 

J’espère que Marie a été, au moins, aimée par sa mère. Mais je n’en suis pas sûre. Devenue mère, Marie n’a pas été tendre avec ses deux filles. Elle n’avait manifestement pas appris la douceur maternelle.

Marie se soumet, donc. Elle pense ne pas avoir le choix. Il va falloir faire son chemin en louvoyant pour ne pas se laisser détruire par un homme.

Elle observe, écoute le Paris des années 20 qui bruisse de vie et d’expériences dans tous les sens. Hemingway, Picasso, Giacométti… les créateurs étrangers viennent à paris. C’est le centre culturel du monde. La force de vie prend sa revanche après les horreurs indicibles de la guerre. Le mouvement Dada remet tout en cause, toutes les conventions et les contraintes. Puisque la guerre leur a fait vivre l’expérience du non-sens, de la folie, ils vont l’ériger en principe esthétique. Comment se réadapter à une petite vie bourgeoise après avoir vécu pendant 4 ans dans la boue, les rats et les cadavres ? La France est traumatisée. Il n’y a plus que le plaisir immédiat, compulsif, sans limites, pour combler le vide et la folie.

Dans les années 20, Marie, avec son chapeau cloche, sa robe taille basse et ses cheveux à la garçonne, rencontre Henri, dans les Vosges.

Henri est le petit dernier d’une famille alsacienne de petits industriels. Ils avaient une usine de teinturerie. La famille a quitté sa première usine en 1870 de Sainte Marie aux Mines pour rester français. Ils s’installent à St Dié. La tante de Marie, Léa, institutrice a une maison à St Dié également. Les jardins sont contigus. Les jeunes gens se remarquent et henri se met à fréquenter la maison où Marie vient en visite chez sa tante.

 

Il a fait la guerre, a été gazé à Verdun, mais s’en est sorti sans trop de mal. Bon vivant, prudent, tout sauf héroïque, conscient de la connerie qu’est cette guerre monstrueuse, il a attendu que ça passe, en essayant de rester vivant. Tuer des gens, qu’ils soient allemands ou pas, ce n’était pas son truc. Il savait qu’en face, ce n’étaient que des pauvres bougres comme lui. Il a refusé les médailles que l’on distribuait comme des bonbons dans un casque, le soir des grands attaques pour motiver les troupes, et les « promotions » au grade supérieur qui l’aurait mis en première ligne. Et donc premier à être tué. C’était cher payé pour la gloriole d’une barette.

Il racontait une anecdote qui le dépeint assez bien : Un jour, envoyé en reconnaissance dans le boyau d’une tranchée, il se retrouve nez à nez avec un allemand lui aussi parti en reconnaissance de son côté. Ils se regardent quelques secondes, et tous les deux, d’un seul élan, tournent les talons et prennent leurs jambes à leur cou pour regagner leurs lignes. Je ne sais pas ce qu’il a raconté à son sergent, il ne l’a pas précisé. Mais en tout cas, aucun des deux n’a eu l’idée de tuer l’autre. Ce qui fait qu’il y a peut être aujourd’hui des descendants de ce soldat en Allemagne, comme je suis, moi, en France en train de raconter cette histoire. Deux morts inutiles en moins.

 

Henri est né en 1896. Il avait 18 ans en 1914. Petit dernier d’une famille nombreuse, il a été choyé par sa grande sœur, Jeanne, et a un côté d’enfant gâté.

 

Humeur du jour

Oui, notre monde est en roue libre…
Le monde de « la vie liquide » de Zigmunt Baumann, sans repère, sans sens et en perpétuel mouvement dans une perpétuelle accélération… avec un narratif déconnecté utilisant un langage inversé. Le signifiant et le signifié (révisez vos psychanalystes) est délié, voire inversé.
C’est ce monde fantasmé, fictif, ce qu’ils veulent nous faire prendre pour le réel.
Ils sont dans le fantasme.
Ce sont de grand malades.
Il ne faut pas les croire.
Or, le réel, c’est ce que nous faisons ensemble, avec nos divers talents, les trucs concrets que l’on peut toucher, le solide. Le réel, c’est les limites et la résistance du concret, du monde. Le réel, c’est la terre qui salit les bottes, c’est la pluie qui mouille les moumoutes, c’est le béton qui s’écroule parce que le sable était salé, c’est la souffrance des gens qu’on empêche de travailler et de vivre.
 Le réel, ce sont les gens qui ont formé les gilets jaunes et construits de vraies amitiés, solides. Le réel, c’est le pain qui sent bon le matin chez le boulanger et dont la croute dorée craque sous la dent. Le réel, c’est mes copains qui vont m’aider à monter ma bibliothèque, le réel, c’est un truc qu’ils ne connaissent pas, eux, obsédés par leur fric sur un écran, et coincés dans leur langage subverti…
Le réel, c’est aimer, se sourire, donner un coup de main, tendre la main et partager ce que l’on a. Pour ces gestes, on n’a pas besoin de gaz, de pétrole, de supermarchés et de croissance.
Alors, si, un peu.
Mais on peut s’organiser pour être malins et se contenter du peu qu’ils nous laissent et vivre bien. J’imagine délaisser la télé et aller faire des soirées festives chez celui qui peut se chauffer un peu mieux (comme pendant des siècles)pour partager la chaleur du poêle, du chauffage central, et de l’humanité. On y perd ? Partager une voiture (ou un vélo avec une carriole) pour aller faire les courses et profiter des promos en se partageant les lots de 10 boites de sardines. Investir en campagne pour un mulet-carriole communal à la disposition de chacun. Arroser les plantes de la voisine qui gardera votre chat (ou pas). S’entraider gratuitement, pour le plaisir. Raconter des histoires drôles et faire sourire les petits à la sortie de l’école, même si c’est des histoires de Toto. Faire le zouave et faire rigoler Mémé que l’on a sortie de son EHPAD pour la journée, même si elle bave un peu… Écouter ses souvenirs et lui prendre la main. Tenter des recettes bizarres avec des plantes sauvages (gaffe quand même aux plantes toxiques). C’est plein de trucs vivants qu’ils ne connaissent pas. Le réel les emmerde.
Relever le gant !
C’est une occasion unique de faire des trucs, d’inventer et de se sentir vivant et libre parce qu’on fait ce qu’on a décidé de faire.
Je suis profondément optimiste, parce que, dans l’histoire de l’humanité, même lorsqu’ils étaient dans la pire merde, !es hommes ont toujours réussi à s’en sortir grâce à leur solidarité, leur cœur et leur intelligence.
Eux, ils n’ont aucune des trois.
Ils se combattent entre eux (la vieille droite patrimoniale contre les jeunes cons numériques, les financiers contre les entreprises, Papi Scwab contre tout le monde, tout en les manipulant à tour de rôle…) même s’ils font des alliances de circonstances, prêts à se tirer dans le dos, se trahir dès que leurs intérêts divergent.
Donc, la solidarité, ils  ne connaissent pas. Ils ne connaissent que la caste qui ne tient que parce qu’elle est en guerre contre les pauvres, une alliance de combat bien fragile.
Le cœur, et l’intelligence on n’en parle même pas. Ils n’en ont pas. C’est le règne des médiocres et des crétins, des monstres froids sans âme, qui ne savent que manipuler. Ils sont dans le mensonge, le fantasme, le narratif d’ingénierie sociale qui subvertit le langage et détruit, si on l’écoute, si on y croit.
Leur faille, c’est ce « si ».
Ils sont fragiles face à la vérité, au réel, au raisonnement et à l’amitié. (et à l’Art).
Donc, il n’y a aucune raison d’avoir peur.
Ils font juste semblant d’être tout-puissants. Mais l’essentiel leur échappe si on refuse d’avoir peur.
La peur inhibe ou fait faire des connerie. Elle bloque le raisonnement.
Il y a des raisons d’être en colère.
La colère est une force de vie qui nous permet de voir là où nous devons mettre des limites. Et si on ne pose pas les limites nécessaires pour récupérer notre capacité de vivre libre (en croyant que c’est impossible), on retourne cette colère contre nous-mêmes. On se sent impuissants et on tombe dans le deuil de soi-même: la dépression.
Et il y a des raisons d’être triste.
On se retrouve tout seul car incapable de se relier.
« A quoi bon lutter? Ils sont tout-puissants… » « A quoi bon se relier ? L’autre est dangereux, inculte, soumis, complotiste, macroniste, stupide, trop loin, irréel, caché derrière un pseudo, terrorisé, terrorisant … (rayer les mentions inutiles selon les cas) ».
En validant leur puissance et notre impuissance, on perd le sens de notre vie, nos repères, nos liens et notre place dans le monde. A quoi bon?
Ils nous tiennent par la peur, la colère et la dépression.
On ne réfléchit plus, on culpabilise de colère, on n’ose plus rien faire… On s’autodétruit.
On subit
Et on meurt. Burn out.
Bon, maintenant, on fait quoi?
Tu fais ta maligne, Agnès, mais le constat, on l’a déjà fait. Et alors ?
On fait comme on a toujours fait quand on était dans la merde. Au mésolithique (plus rien à bouffer) lors des invasions barbares (plus de cité, plus de repères), de la grande peste (tout le monde crève), des guerres diverses et variées… On invente un autre monde. On crée. On se bouge le cul, ensemble.
Leur faille, c’est ce « si ».
Ils sont fragiles face à la vérité, au réel, au raisonnement et à l’amitié. (et à l’Art).
Donc, on respecte le réel, nos limites et les autres.
On réfléchit à des trucs utilisant ce que l’on a pour créer une vie « bonne » (j’entends par vie bonne: manger, boire et respirer, être en bonne santé, travailler en se sentant reconnu et utile, se reposer en sécurité dans un chez soi, rigoler avec les autres, prendre le temps d’être avec sa famille, ses amis, rencontrer les autres et s’enrichir de ce qu’ils sont, voyager, se sentir libre de faire et d’aller où on veut, apprendre, réaliser de belles choses, danser, partager et se dire merci…. c’est à dire, au niveau matériel: avoir un logement, de quoi se nourrir, se vêtir, et de quoi avoir des loisirs). Il y a des trucs qu’on peut faire tout seul (c’est notre responsabilité) comme avoir un travail qui nous rend heureux et nous rémunère, ou cultiver son jardin si on en a un, et d’autres qu’on doit faire ensemble parce que tout seul, on n’y arriverait pas.
On met la joie et le plaisir au centre de notre vie. On utilise l’humour et l’autodérision pour rester libres et dignes.
On dit NON quand il le faut (mais gentiment, sans se mettre en danger)
On écoute notre cœur et moins notre tête qui se laisse si facilement manipuler.
Et on les envoie gentiment se faire foutre…
De toute façon, je ne donne pas cher de leur monde numérique et de richous. Ils ont oublié que les ressources sont limitées (même pour eux) car ils ne sont pas des super héros de bande dessinée.
Ils ont 8 ans.
Vous auriez confiance, vous, dans des enfants perturbés de 8 ans pour gouverner le monde, vous ?
Moi non.
Ils croient nous détruire, ils sont en train de se détruire eux-mêmes.
Ce qui est triste, c’est qu’ils réussiront à détruire ceux qui les croient et leur font confiance.
Bisous

Hors de ma vue, Hommes mariés (mauvais plan)

Je ne comprends vraiment pas l’appétence de certaines femmes pour les hommes mariés.

Le goût du Challenge ? De se poser des défis (et plus c’est voué à l’échec, plus c’est passionnant, et valorisant d’essayer de gagner)?

La naïveté de croire que, avec elle, il va tout plaquer, tellement elle l’aime (et donc lui aussi, il l’aime tellement fort!) Ils s’aiment ! Et puis, »‘il est tellement malheureux avec sa femme qui ne le comprends pas, le pauvre, elle ne sait pas l’aimer, alors que moi, si »)

L’impression d’être exceptionnelle, différente et donc tellement plus intéressante que l’épouse légitime (et voir ci-dessus). Il se sacrifie, le pauvre chou, pour sa famille… alors qu’il s’y ennuie tellement…

Le goût du risque ? l’Adrénaline du fruit défendu ?

Ou une bonne grosse névrose qui vous met dans une situation impossible, carpette lamentable à la disposition de Monsieur, 24/24, 7/7, comme les stations services, et endossant, cerise sur le gâteau, le costume de la salope briseuse de ménage et de famille (avec les petits minois des enfants pleins de larmes et le chien qui hurle son désespoir) aux yeux du monde (et de l’épouse qui ne va pas se gêner pour vous insulter)?

Je me pose la question…

Qu’importe que le couple en question va mal, qu’ils ne communiquent plus, ne baisent plus depuis longtemps et que « sa femme le rend très malheureux »… C’est leur histoire et ils doivent le régler entre eux, sincèrement, avant d’aller voir ailleurs. Regarder en face leur couple et en tirer les conclusions qu’ils décident, cela les regarde, et pas vous ! Une tierce personne ne fait que brouiller la donne…

Qu’importe si le monsieur vous fait pitié (50% exagération, 50% pipeau) et qu’il vous fait vous sentir merveilleuse et héroïne d’une histoire romantique lorsqu’il vous dit à quel point il est « bien auprès de vous », que vous « lui redonnez goût à la vie », flattant bassement votre narcissisme blessé par des aventures ratées et moins héroïques… « Que ferais-je sans toi … »

Qu’importe si c’est un Dieu au lit, et qu’il n’y a « que vous qui lui fait cet effet là ». Et que les jours où il vient, vous vous réveillez le lendemain matin, épuisée et comblée par une nuit blanche d’exception… (qui justement ne restera qu’exceptionnelle dans votre vie… Pauvre bichon, il est tellement pris par son travail et sa famille…). C’est plus facile d’être au top une fois par semaine (mois) qu’au quotidien…

Qu’importe s’il vous fait le coup du « coup de foudre » mutuel auquel on ne peut résister, genre Roméo et Juliette… Rien ne dit que c’est vrai (le monsieur peut être un habitué des coups de foudre, et découvrir périodiquement la « femme de sa vie », j’ai connu), et généralement, le « coup de foudre » veut surtout dire coup d’envie d’une position horizontale le plus vite possible, en clair désir d’un « bon coup » (pas forcément de foudre)… Bon, oui, c’est vrai, cela peut exister. C’est rare, mais bon… Dans ce cas, attendez qu’il ait réglé TOUT SEUL son problème avec sa femme, avant de céder. S’il est sincère, il saura attendre. Sinon, il oubliera très vite son soi-disant « coup de foudre ».

C’est un mauvais plan

Un très mauvais plan

Pour le Monsieur, je ne sais pas.

Pour vous, certainement.

Je passe, bien évidemment, sur le fait qu’en premier lieu, faire à une femme ce que vous n’apprécieriez absolument pas qu’on vous fasse, va vous mettre dans une situation inconfortable et désagréable. D’autant plus que, si le Monsieur finit pas quitter sa femme pour vous, vous allez être dans l’angoisse perpétuelle qu’une autre femme, plus jeune, plus mince, plus jolie, plus riche, plus intelligente (rayez les mentions inutiles) vous fasse le même plan « maîtresse ». Il y a quand même des question à ce poser sur la moralité et les tendances à la tromperie du Monsieur lui même… A la base, c’est un mauvais plan.

Mais quel vécu minable et frustrant qu’une vie de « maîtresse » !

On y gagne quoi ?

Attendre les rares moments où Monsieur est disponible et ronger son frein en imaginant les week-ends, les vacances en famille, les petits déjeuners Ricoré, les anniversaires, les cadeaux, les voyages avec la légitime, alors qu’on est bêtement coincé dans son petit studio à regarder des séries en mangeant des chips et en commandant un Uber Eat pour 1?

On a envie d’un week end romantique en Normandie (un voyage aux Seychelles pour les plus richous) ? Monsieur peut pas « Tu comprends, ma femme… » On a envie d’un Noël ensemble ou un Premier de l’an festif avec lui ? Monsieur peut pas et on se retrouve seule au pire (la dinde toute seule ou les cotillons solo, c’est bouratif), avec des amis en couple qui vous ont pris en pitié au mieux (et qui vous fourgue Paul-de-la-compta-avec-ses-pellicules, lui aussi célibataire, qui vous regarde comme un chien son nonos toute la soirée… Non Paul, tu es gentil mais je rentre seule chez moi… Et on chiale sur son lit vide quand l’autre, le Monsieur, vous envoie un texto de bonne année avec des smiley, un « je m’embête sans toi » et qu’on découvre sur Instagram qu’il fait la fête comme jamais avec ses amis et sa femme)

Passer toujours, mais alors toujours, en 2eme, voire 3eme ou 4eme dans la vie du Monsieur? Après sa femme, sa famille, ses enfants, son boulot, et même éventuellement d’autres « maîtresses » occasionnelles.

Être humiliée en permanence parce qu’au bout d’un certain temps de relation suivie, on a vraiment l’impression de n’être pas assez bien pour que le Monsieur nous « officialise ». Ne jamais connaître ses amis, ses parents, sa famille, et même la tata un peu folle qui pique quand on l’embrasse à cause d’une magnifique moustache que les élégants de la Belle époque pourrait lui envier… Oui, même la tante, on aurait envie de la rencontrer…?

Ne jamais connaître la douceur du quotidien, la tendresse des jours qui passent, le bien être de pouvoir ne pas être au top, de ne plus avoir à séduire en permanence, de pouvoir avoir le nez qui coule et d’avoir quelqu’un qui va vous chercher les médicaments, la joie d’un petit déjeuner au lit le week-end comme un rituel d’amour, la sécurité de pouvoir se lover chaque soir contre le corps de l’homme qu’on aime…? Et même quelqu’un à qui raconter ses Etats d’âme de temps en temps et pour qui on compte, qui est là quand on rentre chez soi. Et qui vous fête votre anniversaire surprise avec tous vos amis et les siens…

Perdre la chance de rencontrer un homme libre qui serait heureux de vous faire rentrer dans sa vie, lui ?

Et tout ça pour quoi ? Quelques parties de papattes en l’air quand monsieur en a envie (mais pas quand nous on en a envie), un ou deux week-ends dans l’année si il arrive à bien mentir à sa femme (« c’est un séminaire, chérie, le patron exige que j’y suis »), et parfois, justement des week-ends de séminaires dans des novotels pourris, et quelques restaurants où il paye en liquide, ce qui fait chelou vis à vis du personnel qui se dit: « tiens, un couple illégitime… »

Beurk.

Pas pour moi.

Les hommes mariés qui me plaisent resteront à leur place de fantasme, et pas question que je m’en approche.

Les divorcés et les veufs, ça se discute. Parfois, certains sont mariés dans leur tête avec leur ex ou avec son fantôme, alors, il faudra qu’ils prouvent qu’ils sont disponible pour une autre histoire. Pour pouvoir s’engager. Construire ensemble, et accepter l’autre tel qu’il est, avec le pack complet. Pas juste une portion…

L’Amour, c’est être pleinement disponible pour l’autre, sans restriction. Dans les deux sens. On demande souvent aux femmes de l’être (et la maîtresse doit obéir au doigt et à l’œil, « Ma chérie, je me suis libérée ce soir, on baise ? » (bon je vais vite parce qu’en général il y a un peu plus les formes… )… Et toute notre sortie-copines-ciné-soirée chez Romain qui est si rigolo, s’effondre… » « Bien sûr, chéri, je décommande… » ), beaucoup plus rarement aux hommes. Comme si la liberté, c’est un truc de mecs…

Bref, ces mecs non disponibles, c’est beaucoup de souffrance et je n’en ai plus envie.

NB: En fait, je n’en ai jamais eu envie. Je trouve cela humiliant et détestable. Mais je me suis faite avoir, et donc j’ai un certain vécu en la matière.

Les hommes mariés avec qui j’ai eu des relations éphémères m’ont tous menti. Je les croyais libres, et c’est quand j’ai découvert la vérité, quand j’ai réalisé qu’il avaient une femme avec qui ils vivaient, que j’ai dit stop… Je n’ai jamais accepté cela.

Alors bien sûr, il y a eu ceux qui ont continué à me mentir et à prétendre que tout était fini, qu’ils étaient sur le départ, que c’était juste le temps de se monter sympa en la ménageant « je ne vais quand même pas la mettre à la rue »… Pipeau. J’y croyais. Je les croyais libres, ce n’était qu’une question de temps et je les découvrais, main dans la main en train de rigoler ensemble, 6 mois plus tard… Ou encore, qu’il l’avait quitté, qu’il ne voyait plus personne, pour découvrir par hasard qu’ils vivaient ensemble depuis 10 ans et avaient un fils ensemble… Pipeau Mytho…

J’ai été incroyablement naïve. Et je me suis fait bien mal.

Alors, si je ne rencontre que des hommes non disponibles, ils peuvent passer leur chemin, autant rester célibataire, heureuse et libre…

Non ?

Bisous

 

 

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