Papa. 11 janvier 1932 – 23 juillet 2022

Mon père est parti pour de nouvelles aventures, en laissant son corps ici, le 23 juillet 2022

Je voudrais rendre hommage à mon père, parce que je suis très fière d’être sa fille.

Cela n’a pas été tout seul. Nous portions tous les deux nos peurs et nos pudeurs, nous ne savions ni l’un ni l’autre dire que l’on aimait, maladroits et empétégués de fausses hontes et du sentiment que l’autre se foutait de nous comme de sa première chaussette. C’était faux. C’était idiot. Mais c’est comme ça, quand on ne s’aime pas beaucoup soi-même, on a du mal à imaginer que l’autre puisse vous aimer un peu.

Tu as été mon héros, et l’homme que j’aimais le plus au monde lorsque j’étais petite. A égalité avec Pépé.

Et, en grandissant, tu as été Ma Référence, celui sur qui je savais pouvoir compter, celui que j’admirais plus que tout, celui qui était là, malgré la distance, et justifiait la valeur de mon existence. Avec un père pareil, je ne pouvais pas être si ratée ! Tant que tu étais là, je me sentais protégée. Tu a été la source de ma force et de ma fierté d’être, malgré les épreuves, les bêtises et les culs-de-sac. Je savais que tu aurais pris ma défense face au danger, et c’était rassurant.

Et je t’aimais, je t’aime, parce que, même si tu n’es pas le super-héros de mon enfance, tout puissant et parfait, tu est un homme digne, intelligent et qu’un lien puissant nous unit. Depuis que tu as posé ton regard de papa sur ce bébé pas trop voulu et que tu as été séduit par mes menottes, mes grands yeux noirs et ma bouille qui te ressemblait.

Tu n’as pas su dire que tu m’aimais. Dans notre famille, cela ne se dit pas.

Mais au fond, je savais que tu m’aimais. Je l’ai toujours su, même quand j’étais en colère lorsque j’ai cru que tu me rejetais parce que je t’avais déçu. Et, d’une certaine manière, oui, je t’ai déçu. Tu rêvais d’une belle réussite à la mesure de mes talents, et j’ai choisi une autre voie.

Tu ne nous as jamais rien imposé. Tu proposais et nous laissais libres. Ce respect, je l’ai pris pour de l’indifférence, j’avais tord.

Ce qui est sûr, c’est que ce que tu envisageais pour moi, HEC, comme tout parent raisonnable, n’était pas du tout ma tasse de thé. J’étais bonne en maths, mais je les détestais cordialement. Cela aurait mal fini. Alors, finalement… On ne refait pas le passé. J’ai peut être gâché mes talents, mais je vais me rattraper, promis.

Et aujourd’hui, je sais à quel point tu nous as aimés, nous, tes enfants.

Je sais qu’aujourd’hui, tu es fier de moi. Je ne me suis pas si mal débrouillée, j’ai relevé le gant, et j’ai lutté. Grâce à toi.

Je sais, aujourd’hui que tu m’aimes et que tu restes auprès de moi, avec tendresse et intelligence. Tu continues ton boulot de papa. Même si c’est à moi d’assumer et de prendre la responsabilité de ma vie. Tu me fais confiance. Parce que la vie est trop précieuse pour la laisser se dérouler passivement et ne pas réaliser notre potentiel au mieux. Et tu crois en moi. Je ne dois plus rien gâcher.

Alors, aujourd’hui, je te dis merci, devant ton cercueil où tu n’es pas.

Tout d’abord, merci, Papa, de m’avoir appelée Agnès et d’avoir désobéi à maman qui voulait m’appeler Marie-Ange. Franchement!  Est-ce que j’ai une tête à m’appeler Marie-Ange ? Merci d’avoir pris l’initiative de m’appeler Agnès comme la petite fille déclarée juste avant moi, devant l’officier d’état civil. Tu as du te faire engueuler d’importance par maman !

Merci d’avoir été mon héros lorsque j’étais petite fille. Je te trouvais bien plus beau et surtout plus intelligent que les papas de mes copines. Y avait pas photo! (Et je trouve encore!)

Merci d’avoir été toujours là pour répondre à mes questions (et elles étaient nombreuses), le long des chemins autour du Mas, d’expliquer les pins, les fourmis, la garrigue, les cigales, le Mistral, la révolution de la terre et le sens du tourbillon de l’eau qui change en fonction des hémisphères… pour ce dernier fait, je n’ai jamais su si c’était vrai. Tu racontais des histoires avec un humour pince sans rire et on ne savait jamais si c’était du lard ou du cochon… Tu étais à la fois une encyclopédie vivante et un grand blagueur. Je croyais tout… ou presque. Tu aimais enseigner et j’adorais apprendre.

Merci de m’avoir transmis un héritage provençal, de m’avoir donné des racines, des valeurs et une structure… mine de rien. Maman te laissait si peu de place…

Merci pour ces après midi ensoleillés aux Lecques, quand tu allais pêcher les oursins dans les eaux scintillantes de la Méditerranée.

Merci pour les rires et la joie de vivre, qui mettaient du soleil dans notre famille qui préférait le silence, le devoir et la rigueur… la légèreté et le plaisir étaient bien suspect chez nous…

Tu travaillais dur, comme ton père, mais tu savais aussi t’amuser.

Il y a eu la blague des olives que tu choisissais avec soin sur l’arbre, avec componction, pour la faire croquer aux pauvres gens d’au delà de Valence (qui est pour nous la frontière du nord). C’est, en fait, horriblement amer. Et les gens de recracher avec une grimace pendant que tu riais de bon cœur, avant de leur proposer un pastis pour faire passer le goût.

Il y a eu les soirées pizzas, au Mas que tu as construit, avec son four à Pizzas comme en Italie, où, couvert de farine, tu officiais en pizzaïolo de grande classe. Les meilleures pizzas que je mangerais jamais!

Il y a eu les étudiants, à la fac, avec qui tu savais faire la fête, tout en leur apprenant leur métier avec sérieux.

En bon méridional, tu pouvais t’engager dans ces grandes conversations tonitruantes à la Comedia dell’arte, à la table du dimanche, qui en tremblait sur ses pieds.

Il n’aurait pas fallu grand chose pour que tu te laisses aller à être heureux, mais on ne t’en a pas laissé l’occasion. Alors tu es parti. Tu as eu raison.

Merci d’avoir rencontré Marie Christine qui t’as rendu heureux et t’as rendu à toi même. Merci de l’avoir aimée. Merci à elle d’avoir aimé et pris soin de mon Papa.

Merci d’avoir eu le courage de mener ta vie sans te renier et d’en avoir fait une belle vie.

Merci de nous donner cet exemple

Tu vois, tu es toujours un bon professeur.

Je t’aime tant, papa.

Bon voyage.

 

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