Feel good books

Les rayonnages des librairies croulent aujourd’hui sous les titres feel good qui nous donnent, du haut de leurs couvertures aux couleurs douces, les recettes (infaillibles ! ) d’une nouvelle vie, forcément plus heureuse.

Jusqu’à présent, nous vivions comme des cons (enfin des connes, ces titres sont manifestement destinés aux femmes de 30 – 40 ans, coincées dans une vie de salariat terne et stressant dans une grande ville lambda) puisque nous n’épanouissons pas notre potentiel créatif et que nous n’ouvrons notre coeur à a vérité qui est depuis si longtemps en nous, mais que la peur et la mésestime de soi empêchent d’écouter.

Bref, de la littérature de gare, toutes sur le même modèle, très rémunérateur pour les éditeurs qui en produisent des kilomètres et qui ravissent les madames Bovary contemporaines.

Parce que, bon.

Qui a les moyens, réellement, d’aller 1 an en Italie, 1 an en Inde dans un Ashram et 1 an à Bali ? (Mange, prie, aime)

Qui a les moyens de créer une petite librairie (boulangerie – pâtisserie, bibliothèque, café – salon de thé….en gros cela revient toujours à ces activités bobo) au fin fond de la cambrousse, et d’en vivre ?

Qui a les moyens d’un voyage au Népal (en plus, le Népal, c’est d’un classique, cela fait 50 ans qu’il ne doit plus y avoir une once d’authenticité dans ce pays du Toit du monde bien entré dans la société néo-capitaliste-baba-bobo du business écolo-yoga-herbe), comme ça, au déboté, pour le fun ?

Qui a la chance de rencontrer l’amour de sa vie, à la page 150, au hasard d’une visite dans une galerie d’Art, d’un thé dans un cofee-shop, d’une catastrophe maritime ou d’une enquête policière ?

Qui peut se retrouver au chômage en lâchant un travail qui-n’est-pas-épanouissant ou qui-n’a-pas-de-sens pour décider d’aller créer une ferme pédagogique au fin fond du Larzac parce que c’est son karma? Et pouvoir continuer à avoir à manger et de l’essence pour sa voiture, et tout le reste, parce que bon…

Qui va rencontrer un gourou, parce qu’il le vaut bien, et être remarqué par le grand homme (ou femme, mais moins souvent) alors que l’on vit sa petite vie humble et cachée, sans que personne, jamais, ne nous ait remarqué depuis notre plus tendre enfance, alors que Lui, le gourou, a vu tout notre potentiel extraordinaire tout de suite, au premier coup d’oeil ?

Et surtout, qui a pu trouver la sérénité et le bonheur en se regardant complaisamment le nombril, en position du Lotus, simplement parce qu’enfin  on vous disait comment être ???

- Lâche tes peurs, cocotte !

- Oui maître. Ah Ah… oui, ça marche. Je me sens tout de suite mieux !

- Pense à l’instant présent ! Tu veux contrôler ta vie, c’est pour cela que tu es dans la mouise… Lâche prise !

- Oui. cool. Et tant pis pour le crédit de la voiture à rembourser, les traites du crédit à la consommation, les fins de mois dans le rouge, le travail à chercher, les enfants à assumer, et le loyer à payer… L’Univers y pourvoiera. il suffit de visualiser la fortune et elle viendra à moi… je lâche prise !!!! you ou…. Vive le RSA !

- Pars méditer en Asie, loin de cette société de consommation décadente de l’occident.

- Oui, maître. c’est quel budget ? (vol, hotel, repas (bon, on peut faire un jeune ou attraper la tourista, aussi), guide et colliers de fleurs compris)

Bref, ces livres m’agacent.

Comme les romans à l’eau de rose de nos grands mères, elle distillent du rêve innaccessible et détachent les lectrices du réel. Elles se voient dans la petite boulangerie au bord de l’eau, dans le café du bonheur, dans la librairie du bout du monde ou au pied de l’Himalaya,  aimées follement par un mix de Indiana Jones et du dalaï Lama, gaulé comme un dieu et intelligent et drôle comme Woody Allen (désolée, j’ai les références que je peux, j’adore Mahattan), le temps d’un trajet en RER. Elle luttent contre un gros méchant, un consortium qui veut détruire la nature ou casser leur rêve entrepreneurial et finissent par gagner parce qu’elles se révèlent à elle mêmes et qu’elles ont plein d’amis (généralement bien placés et immensément riches, ça aide).

Alors, le retour à leur boulot de caissière, la vision de leur mari (qui ne ressemble plus à Indiana Jones depuis longtemps), les  lettres de relances de l’huissier qui deviennent une collection d’Art contemporain sur la tablette de l’entrée, ça fait mal… Rajoutez à ça, les nouvelles calamiteuses du journal télé. Au choix: on va tous mourrir du changement climatique, les terroristes sont parmi nous et attendent de vous tranger la gorge cachés das tous les coins (attention à votre voisin, c’en est peut être un déguisé), le covid va tuer tous vceux que vous aimez, la crise économique va être terrible mais le gouvernement est là, version y a t’il un pilote dans l’avion?

Et on a les ingrédients parfait pour:

Frustration (ma vie est nulle, et pourtant yaka…)

Isolement (les amis sont ceux des livres et pas ceux de notre vraie vie)

Essai de faire comme ils disent: au mieux des cours de Yoga, des applis de méditation; au pire le chômage ou une faillite, et le RSA (parce qu’on a démissionné comme l’héroïne a eu le « courage » de faire, mais du coup on n’a pas le droit au chômage. Ah oui, oups, l’héroïne, elle est anglo saxonne, c’est pas le même système chez eux… c’est d’ailleurs pire. Mais l’héroïne, elle a des parents riches, un trésor de guerre conséquent de son ancien boulot ou des amis richisssimes, nous pas.)

Déprime

Victimisation/ infantilisation (où il est le sauveur ???)

Culpabilité (les autres réussissent et pas moi, j’ai quoi qui colle pas ?)

Angoisse et re – déprime (qui se tiennent la main et dansent ensemble: Faudrait kon, jy arrive pas)

Et société qui se dirige tout droit vers un « meilleur des mondes » où un crétin nous raconte des âneries et fait voter tout le monde pour le mettre au pouvoir et bien asservir son peuple. Mais, les gens sont tellement persuadés qu’ils sont impuissants et stupides, ils n’ont plus confiance en eux, et en rien, tellement terrorisés par des catastrophes annoncées, qu’ils renoncent à faire société, se repliant sur leur développement personnel… qui est encore une fois, un miroir aux alouettes.

BON.

Alors, je ne dis pas que ces livres sont les responsables de tout ça. Bien sûr que non.

je les lis aussi.

Mais ils participent au système.

Et cela m’agace.

 

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