Partir ailleurs…

En cette période de limitation de nos déplacements et de peur des autres (possiblement contaminants… ou pas…) nous nous laissons aller à des rêves de voyages et de départs.

Un éditeur malin a réédité « Marcher à Kerguelen » de François Garde, dans l’idée, sans doute que cet ailleurs du bout du monde, cet incommensurable ailleurs, allait tenter les français assignés à résidence.

Marcher à Kerguelen… là où il n’y a rien, personne. Des cailloux, de la neige, des glaciers, des rivières, des tourbières et un ciel immense, vide. La mer aussi. L’océan indien, plein de vie, lui, mais périphérique, comme un ruban de vie qui entoure une terre vide, mais non pas morte.

Je n’ai aucune envie d’aller faire moi même cet exploit sportif, traverser du nord au sud cette île désolée. Mais  je comprends la démarche. Aller vers le rien, l’ascèse, se dépouiller de nos oripeaux pour s’alléger et redonner de l’importance à l’essentiel. Nous. Notre petite personne, notre corps, notre esprit, notre intelligence, nos émotions, mais à la base, quand même, notre corps dans sa fragilité et sa force qui est notre seul garant de la survie. Notre seule raison de respirer.

Notre corps qu’il faut alors nourrir, soigner, écouter, protéger, et non pas travestir, donner à voir, trahir dans un jeu social qui nous rend dépendant de tant de choses… Notre corps qui est notre meilleur serviteur et qui nous permet la vie par son incarnation. Qui nous permet d’agir, de percevoir, de comprendre, d’aimer, de réaliser l’invisible dans la réalité du monde. Notre corps que nous négligeons pour nous en servir comme d’un mannequin esclave pour lui faire jouer nos peurs et nos délires, pour en faire un instrument de pouvoir et d’irrespect, surface vaine d’un être vide.

Ici, l’autre est un autre-même, un être humain dans sa familiarité et sa différence d’avec moi, un être avec qui tisser des liens, avec qui éprouver des émotions et se sentir vivant. Ce n’est pas un faire valoir, un alibi, un spectateur de notre mise en scène derrière laquelle notre être se cache.

L’autre, dans ces terres désolées, est précieux et vrai. parce que nous sommes nous mêmes précieux et vrai. Dans ces îles traversées de vent et de neige, il n’y a personne. Ce qui redonne sa vrai valeur au compagnon de marche.

Ils étaient 4. Et pendant 25 jours ils ont alterné la vraie vie de l’être humain: à la fois être seul, et avec l’autre, dans un tango qui ne s’arrête pas pour rester vivant. Parce que pour être soi, il faut accepter aussi l’autre, et se relier.

Ainsi, notre corps nous remercie en faisant les efforts soutenus nécessaires pour traverser ces terres australes, au sud du sud. Mais surtout, il nous permet de voir, de sentir, de ressentir la beauté du monde, des autres et la beauté d’être en ce monde. Les paysages sont somptueux, les ciels plein d’étoiles, les eaux cascadant partout, miroitant en lacs tranquilles, dégringolant des montagnes ou paressant sur les plages de sable noir, les animaux sereins et indifférents, sans peur, émouvants, l’amitié des marcheurs et leurs efforts pour s’entendre est aussi une nourriture essentielle… C’est un chemin rude et direct vers l’acceptation de notre petitesse, fragilité et en même temps de notre immense richesse d’être capable de profiter de tout ça, et de le savoir…

Là bas, on ne se raconte pas d’histoires. On ne domine pas. On ne peut que tenter l’humilité et le respect.

Mais, il me semble, après avoir lu le livre, que cette humilité et ce respect nous ouvre la voie royale vers le bonheur…

Parce qu’enfin, on se rencontre, soi. Dans notre vérité nue.

Si on l’accepte.

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