Des frites au temps du Covid

Depuis bientôt 1 an (avec, c’est vrai des interruptions bienvenues mais trop courtes) nous n’avons plus le droit de manger de vraies frites dans les bistrots. A Paris.

D’ailleurs, il n’y a plus de bistrots non plus. Ils sont tous fermés…

A la place il y a le « click and collect ».

Pour la postérité, en espérant qu’il y en ait, j’explique : Au lieu de manger l’assiette de frites à table, assis tranquillement, éventuellement avec des copains et une bonne bière (ou autre boisson de notre choix) dans un vrai verre, on doit récupérer un sac individuel et partir le plus vite possible du lieu du délit.

L’antique manière de faire nous permettait, au choix, de manger à notre rythme, de lire (en tenant notre livre), de parler avec nos amis en les regardant, d’accompagner nos propos de gestes expressifs, de nous lécher les doigts, de ne pas en renverser partout, etc…

Maintenant, nous avons droit à un sachet en papier marron, avec une boîte dedans pour les frites et une cannette pour la bière (ou autre boisson), et une serviette en papier ridiculement petite. A nous de nous démerder avec ça. La compagnie de copains est interdite, on est dans la rue qui pue, bousculés par les passants qui ne s’excusent même pas (ou peut être l’ont ils fait, mais on n’a rien entendu à cause du masque), et les mains encombrées de tous ces emballages (malheureusement on n’a que 2 mains, or il y a le sac, la boîte et la cannette. Et on espère que le téléphone ne va pas sonner…)

Avec un peu de chance, on peut trouver un banc, ou mieux, un parc pas trop bondé (parce qu’évidemment tout le monde cherche la même chose au même endroit, vu qu’il n’y en a pas tant que ça!)

Et là, commence le pire.

On pose le sac.

On récupère la boite.

On la pose dur le banc ou assimilé. (caca de pigeon ou pas, c’est au choix)

On attrape la cannette. On l’ouvre, ça gicle une fois sur deux parce qu’on l’a secouée en venant ici.

On s’essuie avec la serviette en papier qui devient une épave imbibée, inutilisable désormais, à moins de vouloir se barbouiller de bière rance… moyen le parfum…

On pose la cannette. Chouette, coup de chance, elle tient droite, sans se renverser.

On sourit. La vie est belle.

On ouvre la boîte. Et là, notre sourire se fige.

Les pauvres frites gisent, molles et huileuses, dans leur cercueil de carton.

Ben oui. Les pauvres ! Elles étaient sorties, frétillantes et croustillantes de la friture, moelleuses à cœur et dorées à souhaits, parées de sel et belles à croquer chez leur bistrotier géniteur.

Et puis, on les a enfermées dans une boîte en carton, où la vapeur d’eau, la promiscuité et l’attente les ont tuées… Elles ne ressemblent plus à rien. Et dans un dernier effort de dignité, elles se sont sabordées en tant que frites pour devenir de bêtes bouts de patates cuites, dégueulasses.

« Le covid m’a tuer… » signé les frites.

Pour tous ceux qui ont essayé de manger des frites au temps du covid, je dédis ces lignes.

Où sont les frites d’antan ?

Sans compter la frénésie d’emballages en tous genre que cela génère et qui envahit les poubelles qui débordent. Extrêmement positif pour la planète… Elle adore (scoop).

Il ne reste plus qu’à les faire chez soi.

Odeurs de grassouille garantie qui s’imprègne partout. Pas de copains (or des frites sans copains, c’est moche). Et comme je suis maladroite, risque de brûlure…

Ouais, bof…

Quant au plaisir de l’assiette de frites partagée entre amis après les manifestations pour se remettre de nos émotions et discuter de l’avenir du monde, cela devient un regret éternel et un fantasme…

Paris n’est plus Paris…

Je me rattraperai sur le chocolat. J’espère…

2 commentaires à “Des frites au temps du Covid”


  1. 0 tb 6 avr 2021 à 11:27

    On a eu la fin des haricots
    Maintenant c’est la fin des frites
    Snif

    Répondre

  2. 1 tb 6 avr 2021 à 11:30

    (
    (Les optimistes sont persuadés que l’absence de frites est une parenthèse désenchantée.)

    Et si cette parenthèse était à l’intérieure d’une autre parenthèse bien plus désenchanteuse ?)

    Répondre

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