Célébrer mon corps comme exercice spirituel

Mon titre fait classe, non ?

Je suis tout à fait dans le ton de ce que l’on trouve à longueur de net, surtout en cette période de confinement !

Des drôles de tutos spirituo-allumés qui vous font part du « secret » (diffusé à des milliers d’exemplaires, bonjour le secret ! C’est bien pire que Madame Michu, qui « est une tombe et, promis, ne le racontera à personne… » mis à part tous les gens qu’elle va croiser), le secret, donc, dont ils sont dépositaires (ils ont intimement connu un shaman, ils sont shamans, ils ont vécu 2 ans dans la jungle et recueilli le savoir d’un vieux sage édenté, ils ont été méditer au Népal et en sont revenus transformés, ils ont vécu une grave maladie ou un grave accident et ont vu la mort de près, etc… )

Je suis un peu dure, là… et dans le tas, il y a certainement des gens qui sont sincères.

Mais globalement, plus la vidéo est longue (ce qui permet de gagner des sous, ne me demandez pas comment, je n’y comprends rien) ou plus il y a des formations à la clé des vidéos, plus on peut se poser des questions sur la pureté des intentions de ces belles âmes qui nous transmettent dans le secret de Youtube,  des éléments de développement personnels qui ne peuvent être efficaces. Trouver le sens de sa vie en 50 mn, en e-learning, sans sortir de chez soi, et puis, quoi encore ?

Pourquoi ?

Parce que la transmission du savoir ne passe que par la relation et donc par un lien réel et affectif entre deux personnes réelles. De plus, ça prend du temps. Beaucoup de temps, avec des avancées et des reculs. Mais ça, c’est juste pour le savoir faire ou le savoir penser, ou le savoir se comporter.

Le savoir vivre sa vie ne se transmet pas. Personne ne peut le faire pour vous. Personne.

Personne n’est vous.

C’est compliqué, cela fait peur et en plus, on n’est jamais sûr du résultat. On croyait aller là, et puis on se retrouve dans un endroit improbable. Personne de peux vous dire qui vous êtes, ce que vous avez envie de faire et ce qui vous rend heureux. Parce que vous ne le savez pas vous même, que ça change tout le temps et que la vie est faite pour le découvrir en permanence.

Au lieu de payer des gens qui vont vous dire, soit ce que vous savez déjà (les meilleurs), soit ce que vous devez être (les pires), faites vous confiance. Il faut beaucoup d’humilité pour accompagner les gens dans leur désir de vouloir être eux mêmes. Ce qui n’est pas vraiment la caractéristique de ces vendeurs de bonheur. Sinon, comment justifieraient-ils l’argent qu’ils vous demandent ?

Au lieu de faire l’effort d’apprendre et de suivre des enseignements, vivez avec légèreté et insouciance. Vous serez au plus près de vous.

Aïe, voilà que je me mets à parler comme eux !

Mais quand même, l’insouciance est une belle vertu que l’on a trop oubliée. On lui préfère la raison, la vilaine raison du « il faut », « tu dois être raisonnable »… sinon, c’est dangereux…

Et on s’interdit de vivre parce que, oui, on risquerait d’être heureux, gai, insouciant, drôle et léger.

« Ça va pas la tête ? » disent ils:  « la vie est une vallée de larmes. Il faut souffrir pour gagner, tu dois travailler, être performant, gagner de l’argent, acheter plein de choses, dont ma formation à la méditation ou mon trekking à Bali, résultat garanti… sinon, t’es un looser, un minable, un moins que rien, déraisonnable. »

Il faut gagner… quoi ?

La beauté ? elle se flétrira

L’argent ? Il sera décevant (parce qu’il en faut toujours plus. Assez, n’est jamais assez)

L’amour ? Il nous mentira. (parce que c’est un échange de service qui rend la vie ensemble conditionnelle)

Le Paradis ? J’en doute.

Parce que, en fait, tout ça, on l’a déjà. J’y reviendrai peut être dan une prochaine chronique… Si j’y penses.

Revenons à mon corps à célébrer.

J’ai un corps. Un plutôt bon serviteur. Grâce à lui, j’ai pu faire plein de choses (y compris taper sur mon clavier en ce moment, tout en serrant mes abdos pour ne pas me faire mal au dos).

Il m’a donné de faire des choses vachement belles: découvrir la beauté d’un paysage, écouter un ami, parler à un ami, caresser une joue d’enfant, jouer à cache-cache, lire de beaux livres, cueillir une rose, bricoler de trucs et des machins dans la cour de récré, jouir, nourrir mes enfants, aimer, rire, porter des enfants, nager dans les vagues, manger des carrés de chocolat ou croquer dans une fraise pulpeuse et parfumée… et tant d’autres choses encore.

Et quand je fais une ânerie, que je prends un mauvais chemin, il me le dit. Il m’envoie des signes: émotions, chocs, maladies, lapsus, pour me secouer et me faire réfléchir. Il est cool, mon corps, un vrai body guard. un ange gardien.

Et tout cela a laissé de belles marques sur lui, chaque partie de mon corps raconte une histoire. La cicatrice sur le genoux de mon premier cours de vélo (je suis tombée sur un silex, ben, ça coupe très bien, entaille de 3 cm bien nette), la trace de la péridurale dans mon dos, les rides autour des yeux d’avoir ri ou pleuré, …

Un corps qui est comme un livre et qui dit la vie, l’amour, les joies, les peines, l’inscription dans le temps et l’espace, les liens avec les autres et la puissance de création de l’être humain.

Non ?

Pendant longtemps, quand on ne voit son corps que comme une enveloppe d’apparence, on le traine comme un boulet. Il n’est jamais assez beau, assez fort, assez résistant, assez séduisant. Parce qu’on le définit en fonction des autres, de ce que les autres nous disent de lui. Il ne représente pas qui nous sommes, il n’est pas nous, il n’est qu’un pauvre déguisement pitoyable d’un personnage qu’on croit être nous.

Il est mort, triste, laid.

Et on n’est pas dedans. Il est déserté.

Longtemps, de 33 à 50 ans, environ, je l’ai laissé vide. Je n’étais pas dedans. Et que m’importait qu’on lui fasse des choses pas top, qu’on ne le respecte pas, qu’on se serve de lui.

Je l’avais renié, je crois.

J’avais l’impression qu’il m’avait trahie. Alors, je l’ai abandonné.

Je n’habitais pas mon corps. Et, je dois avouer que je n’étais pas plus présente dans ma vie.

Un long sommeil.

Et puis, comme la Belle au Bois dormant, je me suis réveillée. Et j’ai pu accueillir mon corps, tel qu’il est, avec ses défauts et ses fragilités mais aussi avec sa puissance et son humour, surtout avec reconnaissance pour avoir été fidèle malgré ma trahison.

A mon âge, je n’ai plus un corps parfait de magazine. De toute façon, je ne l’ai jamais eu. Mais, il est parfait pour moi. Il est moi. Il me convient parfaitement et je suis contente de l’avoir. Surtout qu’il frétille tout plein de la joie de me retrouver et il m’inonde de plaisir et de plaisirs. Ceux de la vie. Simples, merveilleux, lumineux, légers, sans questions.

Plus je l’écoute et plus je me sens bien.

Et je reconstruis le chemin vers moi, avec lui, avec moi, entière, respectueuse.

Un chemin, pas un état. Avec des hauts, des bas, des moments et des expériences différentes, des larmes et des rires. Chouette!

Mais pas toute seule. J’ai un compagnon qui m’aime et ne veut que mon bien: mon corps.

Qui est aussi mon âme.

D’où le titre.

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