Deuil de lumière, La belle au bois dormant, c’est fini

Pfffffffff…..

Et la bulle se dégonfle. La bulle d’illusion explose face à la lame acérée de la réalité . Bang ! Pffffff……

Parfois c’est comme une explosion qui me saisit en pleine face et j’en suis comme assommée, parfois c’est plus insidieux. Cela s’immisce dans les interstices de ma vie, l’air de rien, par petites touches grises et cela contamine tout comme une mauvaise peste.

Ce n’est pourtant pas si terrible de regarder la vérité en face. D’accepter la réalité, telle qu’elle est. Ben si.

D’ouvrir tout grand les yeux et de sortir d’un monde d’illusions et de rêves qui me font passer à côté de ma vie.

Ma vie est pleine de possibles, joyeux ou douloureux, mais des possibles vrais. Des possibles qui font vibrer, qui font rire, pleurer, ressentir, qui font que l’on est vivant, vraiment. Alors que mes illusions me faisaient vivre dans un univers fictif de grands et beaux sentiments, de fantasmes et de mensonges qui me détachaient de cette unique vie que j’ai à vivre.

Vivre comme si…, n’est pas vivre; c’est marcher à côté. C’est accumuler un vide d’expériences et de liens qui, à force, nous transforment en sac vide et angoissé. C’est imaginer des relations qui n’existent pas, c’est vivre des sentiments qui n’existent pas , c’est s’enthousiasmer pour des projets qui n’existeront pas. C’est renoncer à exister soi-même, dans la singularité de notre apport au monde, pour endosser des costumes normalisés qui ne nous vont pas.

Ce rêve, pourtant, je ne le renie pas. Il m’a protégée dans une période de ma vie où je n’étais pas capable d’affronter la réalité toute nue, cruelle.

Détruite par mon enfance, par mon mariage, chargée de la responsabilité de 5 enfants, sans travail, sans soutien, j’étais une proie facile pour les beaux parleurs et les hommes sans scrupules. Et ils ne se sont pas gênés! Mais mes illusions ont transformé ces expériences lamentables en belles histoires d’amour et j’ai pu les traverser sans trop de dommages.

Comment j’ai pu croire une seconde qu’un homme aurait voulu partager ma vie avec mes 5 enfants et toutes mes emmerdes ? Comment j’ai pu imaginer qu’un homme allait m’aimer tellement qu’il allait prendre le risque de vivre avec moi ? Il y a toujours une part de calcul dans la formation des couples et j’étais un vrai repoussoir! Un joli repoussoir cependant qu’on pouvait maintenir dans l’illusion et mettre dans son lit pour quelques promesses. Et j’y ai cru. Dur comme fer. Comme dans les films. Une adorable idiote.

Bien sûr j’ai pleuré à chaque trahison, mais derrière, après quelques jours, l’espoir renaissait, et je repartais au combat, munie d’une nouvelle foi naïve, mes illusions en cuirasse. Celui là était un con, mais il s’en mordrait les doigts quand il réalisera ce qu’il a perdu en me voyant heureuse avec le suivant , celui qui allait m’aimer… en happy end.

et rebelotte.

Cela a duré 13 ans, à peu près.

Dont 10 ans de fidélité à un amour puissant et ténébreux qui allait, bientôt, bientôt, me revenir quand il allait réaliser à quel point il m’aimait sans le savoir… En écrivant cela je suis à la fois effarée de ma bêtise et de ma candeur toute fraîche. Cette bêtise crasse est attendrissante et si jolie. Bien sûr qu’il ne m’aimait pas, bien sûr qu’il revenait vers moi, de temps en temps, dès que ses affaires de femmes le laissaient sur le carreau, comme un marin à sa pute attitrée dans un port, bien sûr qu’il me gardait soigneusement à la marge de sa vie, disponible, plaisante et insignifiante, mais moi je l’ai aimé de toute mon âme, tel qu’il était. J’ai tout accepté pour voir son sourire et sentir ses yeux caresser mon corps, et ça, je ne le regrette pas.

Mais désormais, il s’agit de me réveiller.

La belle au bois dormant, c’est fini.

Ce deuil est donc la porte vers ma liberté. Ma vie. Celle à nulle autre pareille et surtout, celle qui n’a rien à voir avec un script ou un scénario.

Une vie que je vais vivre pour moi, et pour personne d’autre.

En attendant, je traverse un hivers de dépouillement, d’arrachement de toutes mes illusions, une à une, qui déchirent une partie de ma peau à chaque fois. souffrance… Et honte. J’ai honte de m’être montrée si bête, d’avoir tant donné à ceux qui ne le méritaient pas. J’ai mal de tout ce temps que je trouve gâché, de ces heures perdues, de ces souffrances inutiles…

Mais est ce que cela a été si inutile que cela ?

Aujourd’hui, je suis une écorchée vive que le moindre souffle abat. Je pleure 13 ans de ma vie. Je perds ce qui me faisait vivre (cette certitude, en acier trempé, d’être aimée, malgré tout), je perds mes repères même s’ils étaient artificiels. Je vacille, je me sens fragile, vide, quasi morte.

Même si je sais que cette mort n’est que celle du mensonge, je la ressens comme glaciale au fond de moi.

Et j’ai peur.

Pourtant je sais une chose:

J’entre dans un âge lumineux, un âge où je serai libre de vivre ce qui me convient, un âge où je peux être moi sans me soucier le moins du monde du regard des autres. Un âge de plénitude existentiel. Un âge dont je ne sais encore rien mais qui me sera offert.

J’ai peur, j’ai mal, mais il faut que je tienne la barre et que j’avance, les yeux ouverts, acceptant ce qui est, soucieuse de construire quelque chose de bien avec ce qui est.

 

1 commentaire à “Deuil de lumière, La belle au bois dormant, c’est fini”


  1. 0 SansTinneElle 14 fév 2020 à 8:47

    Un jour j’ai découvert que le Père Noël n’existait pas. Oula ! Difficile à encaisser. Pire : ma petite soeur avait compris et me l’a dit. Pourtant elle est plus jeune que moi. Beaucoup plus tard j’ai appris que le Père Noël était une invention de Coca Cola, alors que j’ai toujours cru que c’était une vieille tradition païenne. Nouvelle désillusion. Ces désillusions ont du gâcher beaucoup de Noëls de ma descendance…

    Les naufragés de la vie se haïssent, car l’autre rappelle son propre naufrage. Et parfois les naufragés se reconnaissent, s’entre-aident, et finissent par construire un récit. Une fiction. On appelle cela une utopie. Exceptionnellement, l’utopie se réalise.

    Au plus sombre de ses années de prison, Nelson Mandela disait : « Je suis le capitaine de mon âme ». Puis il a construit la Nation Arc-en-Ciel.

    Peut-être ne faut-il pas exiger d’autrui plus qu’il ne peut donner ?

    Quoi qu’il en soit, ton texte est superbement écrit, Agnès, comme toujours. Tu remue des choses que nous avons refoulées.

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