Alors, maintenant on va où ?

En résumé de l’article précédent: Nous avons voulu jouer a l’apprenti sorcier, ou plutôt à l’apprenti Dieu, en nous rengorgeant de nos moyens techniques et en négligeant les cycles naturels et la limitation de nos ressources. La logique de la domination a engendré un capitalisme financier devenu fou, qui n’admet aucune limite ni aucune rationalité pour restreindre sa puissance. Et maintenant, on fait quoi ?

Il nous faut INVENTER.

Oui, il nous faut nous adapter. mais pas en allant chercher les vieilles recettes qui nous rassurent parce qu’on les connaît, qu’elles nous font rêver d’un monde utopique (la gauche), ou qu’elles nous favorise nous et notre clan (la droite).

Il ne s’agit plus de changer la domination d’une classe par une autre, ou de conserver la domination d’une classe par une autre.

Il faut regarder la réalité en face: la lutte des classes, commencée il y a près de 2 siècles, sur les ruines d’un système de castes issu du féodalisme (le pouvoir par le statut et la naissance), est terminée. Elle s’est conclue avec la victoire de la bourgeoisie financière (et non de la bourgeoisie d’entrepreneurs ou intellectuelle) par un KO au moment de la chute du mur de Berlin.

Les années 1980 – 90 – 2000 ont éliminé la base du marxisme: une classe ouvrière consciente d’elle même et de son rôle économique, capable d’exiger sa place dans les décisions politiques. Une classe de gens partageant les mêmes valeurs, la même culture, les mêmes rêves et les mêmes façons de vivre et de comprendre le monde, solidaire, convivial et égalitaire. Consciente de faire partie d’un collectif, d’un grand corps où chaque partie était responsable de l’autre, où ce qui arrivait à un de ses membres concernait tous les autres membres, capables de s’unir pour défendre ce un. Une classe qui se concevait avec un destin collectif, et pas l’addition de destins particulier.

La victoire des capitalistes a été d’individualiser les destins, de rompre les collectifs, de mettre concurrence, rivalité, unicité, normalisation dépersonnalisante et isolante là où, avant, il y avait solidarité, liens sociaux et capitalisation d’expérience dans un métier construit collectivement.

L’outil, ou plutôt les outils de cette victoire ont été la consommation sans limite, la consommation comme valeur suprême de la vie. Le marketing, la publicité, l’appel à une consommation de prestige et de reconnaissance sociale (sans un Iphone, tu n’existe pas) ont réalisé une offensive puissante dans la tête des gens. Une offensive rendue possible grâce à l’apparition des PC et de l’industrie du numérique dans tous les aspects de notre vie.

Le numérique a permis de normaliser le travail et à terme de se passer de main d’œuvre humaine qualifiée.

Le numérique a permis la mondialisation et donc de gérer des délocalisation facilement

Le numérique permet de nous mettre en dépendance en prenant en charge de nombreuses tâches et en nous persuadant qu’on ne pourrait pas faire sans (comment vivre sans email? sans facebook) et au final nous infantilise (Google a toutes les réponses, pourquoi réfléchir par soi même ?)

Le numérique permet à des géants monstrueux du commerce de prospérer (Amazon), aux flux financiers de s’évaporer, aux pires magouilles de se faire en toute discrétion (quelques clics et le tour est joué. Bien plus facile que de transporter des valises de billets ou de lingots)

Le numérique nous empêche de voir l’essentiel de nos vies en nous épuisant, nous bouffant notre temps (SMS, appels, réseaux sociaux, emails, etc…) et en nous faisant croire n’importe quoi à travers de faux experts (il n’y a pas de dérèglement climatique; il faut aller faire du shopping pour exister socialement; la mondialisation est obligatoire;  on ne peut pas vivre sans pétrole; trier nos déchets et acheter bio est La solution; le commerce, c’est l’économie etc…)

Le numérique se présente comme la référence ultime de l’intelligence (IA), de la science et de la vérité. Les chiffres et en particulier le 1 et le 0, ont gagné la partie contre les mots et la subtilité de la pensée humaine. Il n’y a plus d’analyse, il n’y a que des mesures. La science a perdu tout sens.

Le numérique, qui pourrait être un outil de notre bien être et de notre pensée collective a été utilisé dans un seul but: assurer tous les pouvoirs à une petite caste de commerçants et de spéculateurs avides qui mettent le monde en coupe réglée.

Il ne peut plus y avoir de  lutte des classes car il n’y a plus de classe populaire. il n’y a plus que des pauvres, des futurs pauvres, des miséreux, isolés, déclassés, luttant, s’endettant, s’épuisant à se sauver individuellement. Chacun sa merde dans un monde de la jungle version far ouest où il ne faut faire confiance à personne, même pas à son voisin d’esclavage.

Il ne peut plus y avoir de  lutte des classes car le pouvoir des travailleurs (qui est de bloquer la production) n’existe plus dans les entreprises mondialisées et financiarisées. La grève ne sert plus à rien, qu’à accélérer la délocalisation ou la fermeture d’un site. La priorité des entreprises n’est plus de produire pour faire du profit, mais de spéculer pour faire beaucoup plus de profits. Bloquer la production n’a plus d’impact.

Et de toute façon, la lutte des classes ne résoudrait rien. La domination des plus pauvres à la place de la domination des plus riches ne changera rien. C’est un leurre. A terme, on l’a vu, les plus pauvres sont représentés par des gens qui se comportent comme ceux qu’ils ont dégommés. La domination persiste. Et l’accumulation de richesses pour quelques uns, qui assoit la domination, continue.

Les gilets jaunes sont un élan de colère, un ensemble de colères individuelles. mais, hélas, rien de plus. Il n’y a aucune cohérence politique dans ce mouvement. J’ai cru, espéré que Mélanchon saurait rassembler et unir ces gens en colère et leur proposer une alternative à la destruction programmée de notre humanité, un discours politique, une analyse économique qui aurait pu les rassurer et leur donner un avenir. Je voudrais y croire encore….

L’avenir, c’est de revenir aux vraies valeurs de base: reconstruire une économie régulée par des règles souples qui permettent l’entreprise individuelle et le profit raisonnable en même temps qu’un respect du travail et des travailleurs, bien rémunérés, bien formés et reconnus pour leurs talents.

La politique, la gestion de la cité, doit revenir à la cité, au local, à travers une démocratie locale quasi directe, qui travaille en collaboration avec un État Nation fort, gérant le Bien commun à travers une culture commune (la Nation). L’infrastructure, les services publics à l’État, l’économie de production au local.

Ni un retour au Moyen Age technologique, ni un délire de science fiction, mais la construction cellule après cellule, de collectifs de travail et d’échanges vivants, résilients, au sein de villages et de petites villes, qui nous permettront de vivre avec de l’électricité, des ordinateurs, des moyens de transports, des commerces, de l’artisanat, des boulangers, des bouchers et des paysans, et une médecine efficace, tout en respectant les limites des ressources de la Terre et nos propres limites.

Prendre le temps de vivre, d’être avec notre famille, nos amis, nos collègues. Travailler avec plaisir, avec les autres dans la réalisation d’une histoire collective. Rencontrer d’autres gens et d’autres cultures dans la joie de la découverte, et non pour les exploiter en tant que main d’œuvre pas chère ou pour ramener un souvenir touristique made in China. Habiter de beaux espaces, voir de beaux paysages, récupérer notre espace. Créer des œuvres et des oeuvres d’art. Manger de bons aliments, Boire de bons vins, consommer des objets qui ont une âme et qui nous ressemblent, vivre nos vies d’êtres humains, sans nous soumettre à d’autres impératifs que notre bonheur qui se partage avec les autres.

Revenir à ces sociétés humaines d’i y a 20 000 ans, prospères et heureuses car égalitaires et respectueuses. Solides et résilientes car stables, sans jalousies, envies et concurrence. Ni compétitivité . Oui, revenir au paléolithique mais sans les peaux de bêtes, et avec l’eau courante et les douches.

Retrouver le lien, la joie de la rencontre, le rire de l’humour, le plaisir des corps et de l’esprit, la vie !

Bon, il y aura des choses qu’il faudra lâcher: les voitures à essence, les camions, les avions (et avec eux, le tourisme d’une semaine au bout du monde), les gadgets, le RER, les plats tous préparés dans les barquettes en plastique, les vêtements pas chers qui remplissent nos armoires et qui ne supportent pas 2 lavages, le surimi qui vide les océans, les pesticides, les intrants en agriculture intensive, les fermes de 1000 vaches, les trucs et les machins connectés, les data centers monstrueux, les publicités sur écran, les conversations débiles sur smartphone (t’es où? ;) Pk ça va ?) et même, les vidéos de chatons…

Ça va être dur !

0 commentaire à “Alors, maintenant on va où ?”


  1. Aucun commentaire

Laisser un commentaire


Commentaires récents

Visiteurs

Il y a 1 visiteur en ligne
  • Album : New york
    <b>rue1.jpg</b> <br />
Rejoignez Viadeo, le réseau social professionnel choisi par Agnès Falabrègues et plus de 40 millions de professionnels

Laisse moi mettre des poème... |
Le Dragon de la Rivière |
Tisseurs de Mondes |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Nothing to Say
| Au delà des apparences...
| Les Aixclats du coeur