Archives pour avril 2015

lettre ouverte aux salariés de Radio France

Chers professionnels de la radio

Je suis désolée de voir que cette grève qui vous a coûté tant d’efforts est en train de sombrer sous les coups des mensonges « politiquement et managérialement corrects » du gouvernement et du médiateur.
Il ne suffit pas d’écouter ou de sourire devant une caméra pour régler un problème.
A mon sens, vous êtes en face d’un « enfumage de premier ordre » avec des fausses solutions obtenues grâce à un faux dialogue.
Pourquoi ?
D’abord parce que les vrais problèmes de Radio France ne sont pas évoqués:
  • Comment assumer un service public de qualité, et évoluer techniquement pour en tirer le meilleur, avec des moyens régulièrement à la baisse?   Faire plus (CSA) avec moins (gouvernement) ? Donc on fait moins bien, on fait mal avec ce qu’on peut… Embarrassé, en plus, avec des « experts », des « consultants » de tous poils, embauchés à prix d’or ou facturant leurs interventions très cher, alors qu’ils ne connaissent pas les métiers de la radiodiffusion, mais simplement des techniques (de com, de gestion, etc… des techniques à la mode et présentées comme universelles donc scientifiques, en fait, totalement inopérantes car bien loin de la réalité). On juge l’arbre à ses fruits…
  • Comment rationaliser le budget de manière intelligente et sans détruire votre outil de travail?
  • Comment protéger la santé et la sécurité des salariés de cette entreprise et éviter les drames à répétitions ? L’orthodoxie économique libérale exige t’elle que les gens meurent (physiquement ou psychiquement) ? Et comment ne pas mourir lorsque, par manque de moyens (utilisés ailleurs dans des rénovations somptuaires et les salaires de managers incompétents) et de reconnaissance minimales (y compris de soi même), on ne peut pas faire son métier correctement? Comment rester en bonne santé lorsque l’on ne se reconnait plus dans le miroir, le matin, en tant que bon professionnel ? Comment faire son travail correctement quand on est en sous effectif chronique et en permanence sur la brèche, obligé de faire n’importe quoi en urgence ?
  • Comment faire évoluer les métiers pour offrir le meilleur aux auditeurs grâce aux avancées technologiques ? au lieu de les détruire en prenant comme prétexte ces mêmes avancées ?
Les fameux experts en com’, en RPS, en médiation, en gestion etc… ont tous le même discours, comme un remugle mal digéré des dernières tendances de la mode des « intervenants en RH » (coachs, psychologues du travail, consultants, etc.) aux compétences floues mais présentées comme totalement effectives.
Pour eux, « le stress et la colère ne sont pas des réactions raisonnables à une situation irraisonnable, mais l’indice d’une déficience de l’individu, d’un blocage de sa part » (citation du livre de M. Crawford, Eloge du carburateur, essai sur le sens et la valeur du travail. éditions La découverte je recommande). Cet individu qui n’a rien compris, il faut le « repérer » grâce aux « indicateurs » (tel le maillon faible) et le « former » pour qu’il puisse « s’adapter » (se soumettre).
C’est pour cela qu’il faut lui expliquer calmement avec des mots simples (le salarié est, de base, un peu con) pour qu’il comprenne qu’il n’a pas le choix (« com-mu-niquer, disent-ils…) et que c’est absolument nécessaire puisque des experts sans lien avec la réalité du terrain mais des titres ronflants l’ont affirmé. C’est la Loi économique qui se substitue à la Loi tout court (ensemble de règles pour vivre en société).
En fait, La plupart de ces experts pérorent sur le devant de la scène et dans les médias avec un discours creux et flou, qui ne dit rien et bloque toute possibilité de réplique. (ex: extrait des préconisations du rapport Vacquin et Technologia  pour France Télévisions: « promouvoir une politique de développement RH tournée vers l’accompagnement des équipes et l’anticipation des écoutions métiers qui présuppose une dimension prospective ». Ca c’est le titre, il n’y a rien de plus concret dans le développement. Avec qui? comment? dans quel sens ? des yaka, fokon vagues…). Il s’agit de cacher les vrais enjeux, les vraies priorité pas forcément avouables derrière un rideau de fumée.
« La normalité supposée de la nouvelle situation échappe pour sa part à toute critique rationnelle…« 
(ex: M. Gallet a dépensé plein d’argent pour des âneries ou pour donner des postes à des copains, ce qui a déstabilisé le budget déjà fragilisé par l’Etat qui n’assume pas sa charge de fournir à RF les moyens corrects pour qu’elle puisse remplir correctement son Service public. D’ailleurs, depuis quand le Service public (donner de la qualité à tous) est forcément une activité rentable ??? l’enseignement public est rentable ? Les demandes du CSA sont elles raisonnables compte tenus des moyens alloués, etc.)
« … car le changement » (décidé par ceux qui se sont accaparés le savoir grâce à leur pouvoir relationnel et économique) « est une force naturelle, semblable au métabolisme du corps humain. (…) Une analogie qui laisse entendre que quand votre travail change en pire, ce n’est pas dû à des décisions prises par tel ou tel individu, mais aux lois inexorables de la nature. L’idée même de responsabilité se dissipe ainsi sous nos yeux » (op cit).
Ce que l’on veut vous imposer avec le médiateur comme lubrifiant, c’est la même recette qu’à France Télévisions. Ce qui s’est traduit, pour eux, comme résultat: une grave dégradation du service public, de la qualité des émissions, de la santé des salariés (avec une bonne dizaine de suicides depuis 2010).
  • Ne baissez pas les bras et restez vigilants face aux « bonnes paroles » lénifiantes qui ne sont là que pour vous déstabiliser, face aux tours de passe passe rhétoriques, face aux propositions parfois contradictoires dans un art de sophiste roué, face à cette manière de parler pour ne rien dire et de dévier la discussion loin de la responsabilité des actes (ou non actes) des vrais responsables. Une responsabilité qu’ils ne peuvent assumer car elle pourrait nuire à la carrière de ses messieurs.
  • Restez ancrés sur vos vrais problèmes sans vous laisser amener sur le terrain où ils veulent vous amener (ex: les économies à faire, or la responsabilité du déficit n’est pas du fait des salariés mais de l’Etat et de la direction qui ont fait des mauvais choix et arbitrages).
  • Ne croyez rien qui ne soit concret et applicable concrètement dans les faits (pas le blabla des communicants) etc…
  •  Réclamez une organisation du travail plus respectueuse des métiers et de la santé des salariés (car c’est une obligation légale), des mesures concrètes, précises, pragmatiques. Proposez de vraies contre-propositions élaborés par des gens de chaque métier, par vous, au lieu de valider celles des cabinets d’experts qui ne connaissent pas votre boulot.

Ne baissez pas les bras mais trouvez d’autres formes de lutte pour continuer le combat qui consiste à vous faire respecter.

La grève n’est pas forcément le meilleur outil aujourd’hui, car elle permet à l’autre camp de vous diviser, de durcir le discours dans des caricatures, de dévier les problèmes en négociant des privilèges pour quelques uns, et donc de vous fragiliser. Elle donne de vous une mauvaise image à l’opinion publique privée de ses émissions, alors qu’ils devraient massivement vous soutenir.

Enfin, moi ce que j’en dis…

 


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