Venise

Les pétales de l’amandier tourbillonnent et se déposent doucement sur le livre ouvert, au creux de la chaise longue. C’est comme une pluie blanche et parfumée qui parsème de confettis le jardin secret sur lequel donne la chambre d’hôte vénitienne. La brise agite un peu les rideaux d’organdi vert pâle. Elle s’emplit de ce calme et de cette image, debout devant la porte fenêtre. Le livre, elle l’a abandonné là il y a deux heures à peine, quand l’amant si longtemps absent est enfin venu la rejoindre.

 

Elle lisait, perdue dans les mots, ailleurs, lorsque son corps mince, habillé de son éternel pantalon noir et de son pull de marin sombre, est apparu dans l’encadrement de cette porte fenêtre. Sans savoir pourquoi, elle avait alors relevé la tête, attirée par une étrange sensation et ses yeux ont rencontré les siens. Il souriait.

 

Elle ne l’attendait pas. Elle savait désormais qu’elle n’avait pas de droits sur son temps et sur sa vie. Sans se soumettre, elle acceptait que cela soit ainsi.

Elle avait appris à goûter cette relation comme un cadeau du présent et ne cherchait plus à en imaginer le futur. Il lui avait fallu beaucoup de souffrances et de larmes pour en arriver à cette douce tranquillité.

 

Elle s’était maintes fois effondrée, pleuré dans le silence ou dans les cris, avait lutté contre la colère, le mépris et le désespoir. Elle avait voulu le quitter tant de fois. Et chaque fois, avait renoncé à ses belles résolutions…

 

Et il était là, devant elle, dans ce jardin, à Venise, contre toute attente. Il lui souriait, comme chaque fois un peu embarrassé de lui même. Et ses yeux lui disaient un amour infini et une tendresse que ses lèvres ne prononçaient pas. Il ne savait pas aimer en mots, en discours, en histoire. C’était son corps, ses yeux, ses baisers, son sexe qui lui racontaient la profondeur de son amour… Et devant l’aveu sincère de son corps d’homme, elle avait du mal à ne pas répondre avec l’élan de son cœur.

 

Elle s’était levée, posant le livre sur la couverture légère et vaporeuse qui reposait sur l’accoudoir et sur le siège, et il l’avait accueillie dans ses bras, comme une évidence. Le temps s’était arrêté. Seul le présent existait. Il est là, son odeur, la chaleur de ses bras, la douceur de ses lèvres timides… Peu de mots, des baisers et puis les caresses qui les avaient précipités l’un vers l’autre dans un monde de plaisir.

 

Il dort désormais dans ce lit étranger, dans ce lit qui est devenu le leur.

Elle a envie de graver en elle ces moments qui ne deviendront sans doute jamais une tendre habitude. Les goûter comme une gourmandise, les vivre pleinement tels qu’ils sont.

Elle ne comprend pas pourquoi il refuse obstinément de construire autour d’eux l’enveloppe chaude de ceux qui s’aiment, manifestant face au monde la réalité et la vie de leurs liens.

Et puis elle a renoncé à comprendre. Il est ainsi. C’est lui qu’elle aime aujourd’hui et pas un autre.

Aujourd’hui…

Mais elle sait aussi qu’elle a envie de vivre un jour un compagnonnage tendre avec un homme solide, de trouver un partenaire pour cheminer un chemin nouveau. Et elle sait qu’elle n’y renoncera pas.

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