Détente

Devant son ordinateur, elle hésite, les doigts au dessus des touches, un peu comme un pianiste juste avant les premières secondes du concert. L’époque est tendue. Tout est grave. L’entreprise vit dans une ambiance de drame permanent et de catastrophe imminente. Comme dans un camp retranché, les ennemis sont à l’affut, partout, tout le temps, pour vous détruire et vous piquer vos parts de marché, votre argent, votre travail, votre vie…

Les mots qui vont naître sous ses doigts ont dans son imaginaire le poids de quelques éléphants bien écrasants. Il s’agit de ne pas se tromper, d’écrire ce qu’il faut, d’obéir à la sacro sainte règle de la performance. Il faut produire le texte parfait pour que rien ne puisse lui être reproché. Efficace rime avec tension, vitesse, perfection, concurrence, compétitivité, responsabilité solitaire et insurmontable.

Elle soupire, se redresse, essaie de dégager ses épaules du poids des éléphants.

Les mots qui se présentent à son esprit ne lui paraissent pas assez bons. Elle les juge imprécis, douteux, maladroits…

Puis plus rien ne se présente. Le vide angoissant. Elle n’y arrive pas.

Elle essaie de se souvenir des règles qu’on lui a apprises. Trouver un début, un milieu, une fin, rentrer dans les normes de qualité, le moule impersonnel et obligatoire. Mais là aussi, cela lui échappe. Comme si ces injonctions défilaient à toute vitesse devant ses yeux sans qu’elle puisse les saisir le moins du monde…

Elle se sent hors jeu, incompétente. La peur d’être rejetée, virée, mise au rencart de la vie sociale lui fait battre le cœur comme un métronome fou.

Elle se tend encore plus dans l’effort pour produire se foutu mail de réponse à son chef de service.

Il va encore la critiquer, comme chaque fois…

Son portable sonne. Elle a oublié de l’éteindre… Elle lève les yeux pour aller le chercher et rencontre le battement d’ailes d’un piaf devant sa fenêtre… Il vient picorer des miettes provenant du balcon d’au dessus. Une petite goutte d’eau lui tombe sur la tête et l’ébouriffe un instant comme un clown.

Elle sourit, surprise…

Puis se met à rire, regarde l’écran ouvert qui attend, imperturbable et froid, et se barre pour aller voir un peu la vie qui est dehors, respirer l’air de la liberté et remettre à sa vraie place les droits et obligations de son travail…

2 commentaires à “Détente”


  1. 0 Amaury Darton 18 jan 2013 à 14:33

    Lea ?

    Répondre

  2. 1 agnes2nantes 18 jan 2013 à 14:37

    Peut être…
    Mais qui est vraiment Léa ?

    Répondre

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