Grosse fatigue…

« La vie n’est pas un long fleuve tranquille », dit elle…
Certes…
Les enfants à l’école, elle rentre chez elle par les rues buissonnières, histoire de respirer l’odeur du pain qui cuit devant chez le boulanger et de faire pisser Mirza. Le soleil pointe son nez. Mais ces quelques éclats de jolies choses s’effacent trop vite…

Chez elle, l’attendent des tonnes de choses à gérer.
Le repassage d’un mois s’entasse dans le salon. Des dossiers sur son bureau.
Des formalités administratives, des plans et des stratégies intelligentes (si possible) à mettre en place. Ecrire, aussi…
Elle est seule, sans emploi, responsable de trois enfants, dans ce nouvel appartement où elle a atterri après avoir vendu sa maison provinciale.
Elle se sent épuisée. Pas d’en-vie. La tête qui tourne. La vie est lourde…
Elle s’effondre sur son lit. Dormir, essayer de reposer ce corps qui refuse d’avancer… Oublier…

Pourtant, les choses ne vont pas si mal.
En fait, elles vont plutôt dans le bon sens…
Paradoxe. Elle a connu des périodes bien plus difficiles.
Il fallait se battre, utiliser toute son énergie à plein régime, tout le temps, agir, réagir, réussir et elle a réussi.
La force ne lui manquait pas… Et là, rien. Les piles à plat… Bêtement.

Les yeux fermés, elle s’enfonce dans un voyage intérieur.
Là, tout au fond d’elle même se cache sa solution. Elle veut comprendre…
Pourquoi est-elle ainsi? Qu’est-ce qui se cache derrière cette grosse fatigue ?
Elle se remémore les moments qu’elle a déjà vécus, ceux où elle a ressenti cette fatigue, ceux où elle ne la sentait pas…
Faire des liens, mettre les évènements en relation…
Peu à peu, une image se forme en elle. Et deux mots: dépendance… aimer…

Son histoire…

Le deal de son enfance a été: « tu n’as le droit de vivre que si tu es que dont j’ai besoin… » et « je ne peux t’aimer que si tu es utile, et tu m’es utile si je me sens ton sauveur et/ou ton maitre. »
Elle s’y est conformée.
Mais ce n’était que mensonges. Elle n’a eu ni le droit de vivre, ni n’a été aimée.
Cependant, elle a continué à y croire. Quand une chose a été programmée dans l’enfance, il est difficile d’y échapper ensuite.
On n’a pas d’autres modèles.
Que l’on s’y conforme dans l’espoir (vain) d’avoir enfin la récompense promise, ou qu’on en prenne le contrepied, on avance prisonnier, entravé, et on tombe.

Ainsi, pour être aimée, elle s’est mise en dépendance. Peu à peu elle n’a plus su comment être autrement et elle s’est mise en situation d’attendre son bonheur, son énergie et la conduite de sa vie, des autres. Elle avait un besoin vital de leur regard, de leur attention, de leur amour. Etre en lien avec les autres était la condition de sa survie, de sa simple existence. Et donc n’exister que pour eux, être utile, seulement utile. Elle n’avait pas le droit de vivre autrement. On ne lui avait suffisamment fait comprendre tout au long de son enfance.

Elle s’est interdit de vivre pour elle.
Interdit d’utiliser son énergie à être elle même. Interdit de faire des choses pour elle. Interdit de prendre vraiment soin d’elle même, de sa vie.
Interdit d’exister, d’etre aimée.
Elle ne s’aime pas assez pour avoir envie, en-vie.
Elle n’a pas assez confiance en elle pour imaginer qu’elle puisse exister pour l’autre si elle ne lui est pas utile.
Exister pour l’autre simplement parce qu’elle existe.
Elle ne s’autorise pas à vivre en dehors de cette dépendance morbide à l’autre.
Elle est finalement son pire ennemi.

Un sourire sur son visage.
Elle soupire…
Se lève.
Les choses vont changer.
Ce n’est pas son corps qui est fatigué. C’est son esprit qui s’interdit de vivre.

Elle se met à écrire.
La journée est belle. Elle va s’occuper d’elle comme d’une amie et s’autoriser à être ce qu’elle est.
Une femme qui n’a pas besoin des autres et qui sait se rendre heureuse, profiter du bonheur de vivre, tout simplement.
Et si cela défrise quelqu’un, si elle retire à l’autre son rôle valorisant de sauveur, et bien, tant pis.
Elle renonce à ces chaines de la dépendance qui l’ont tenue prisonnière si longtemps.
Aujourd’hui elle est une femme libre.
Elle rit.
Et pour demain, on verra bien…

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