Papillon de mai

J’ai bien fêté la fête du travail !

Je n’ai quasiment rien fait, à part dormir, rêver, écrire mon journal et lire…
Balade dans le parc voisin.
Le chien saute après les grenouilles près de l’étang.

Des fleurs de Lotus s’y épanouissent.

Je respire. Harmonie de vert.

Je fais tomber les petites pétales blanches des fleurs d’un arbuste, cela fait comme une neige de printemps qui s’envole…

Pavillon coréen. Calme. Pivoines blanches, chant des oiseaux…

Rentrée, je me fais un festin.

Croustillant de chèvre accompagné de sa salade verte-radis rose-champignon blanc

Compotée de courgettes-tomates-ail avec la douceur d’une quenelle et d’un peu de conté

Moelleux au chocolat (très moelleux) avec le contraste du fromage blanc, des fraises et un kiwi.

Le tout accompagné de vin et d’un café.
J’ai du me coucher pour faire la sieste… le vin m’a tourné la tête…
Réfugiée dans mon lit, j’étais tranquille, attendant que l’ivresse passe un peu.
Réfléchi dans cette douce euphorie, à de la philosophie (Gilles Deleuze et son anti-Oedipe, structuralisme et psychanalyse, obsession des systèmes (le système capitaliste, le système marxiste, l’homme créé par la structure et non l’inverse) issue des idées scientistes du monde, et toutes sortes de choses un peu fumeuses…)  et à des plaisirs moins conceptuels aussi… pour revenir à l’essentiel de l’ être: mon corps…

Envie d’écrire…

…………………………………………………………………………………..autoportrait
Comme ceci:

Le papillon japonais…

Le papillon s’est posé doucement sur la fleur sans même faire fléchir le fragile pétale.

Dans son jardin de la banlieue de Tokyo, la jeune fille regarde le printemps pointer le bout de son nez et transformer doucement l’air qu’elle respire. Elle est nue, fraîche et tendre dans un grand peignoir de coton brodé de fleurs qui s’enlacent et courent de sa taille à ses poignets. Ses cheveux noirs et lisses sont dénoués. Ils flottent souplement jusqu’à sa taille. Ses cheveux ont la souplesse de ceux des occidentales, ses yeux sont immenses, et peu bridés, ses lèvres sont charnues et rouges. Ils  constituent son héritage d’une grand-mère française qui était venue ici il y a bien longtemps, fuyant son pays et sa famille, avec son fils, bâtard né d’un amour réprouvé par la morale d’alors. Cette morale qui faisait que l’on préférait la mort à la honte, cette mort lente.

Elle vient de se lever, et a ouvert les portes sur le jardin. La brise a soulevé quelques mèches de ses cheveux. Elle regarde le petit chemin de pierres inégales qui serpente jusqu’au  pavillon de thé, le saule pleureur, la petite fontaine en bambou et le soleil qui commence à éclabousser de taches lumineuses le feuillage et les pierres.

Son amant est parti dans la nuit.

Quelques larmes coulent doucement sur ses joues. Elles coulent sans que rien ne bouge dans son visage lisse, petites fontaines d’eau salées qui ne veulent pas s’arrêter. Il est parti et elle a réussi à retenir ses larmes jusqu’à ce qu’il parte. Mais elle n’a pas pu cacher sa détresse. Celle-ci débordait de son cœur à travers ses yeux.

Il avait besoin d’espace, il avait besoin d’autres femmes. D’être rassuré par le regard d’autres femmes…  Comme à chaque fois…

Il le lui avait dit lors de leur rencontre. Elle l’avait accepté. Comme si elle ne méritait pas d’être la seule. Peut-être, d’ailleurs, ne l’a t’elle pas vraiment cru. Dans sa naïveté de femme amoureuse, elle pensait que son amour le guérirait… Illusions !

Alors, elle s’est oubliée, a oublié de réclamer quelque chose pour elle, pour le garder quand même, pour qu’il reste près d’elle, un peu. Elle s’est tue mais en a souffert, au fil des jours.

Blessée de n’être pas capable de lui apporter ce dont il avait besoin, blessée dans son identité de femme,  dans son besoin d’être aimée, cette nuit, elle s’est révoltée et la plainte est sortie, expression d’une souffrance plus que d’un reproche. Cela a suffi. Il est parti, furieux et en colère. Elle n’a pas vraiment compris. Sonnée…

Elle a eu mal. S’est sentie stupide, se reprochant d’agir de travers, de ne pas le respecter.

Elle a hurlé dans la maison vide. Est tombée à terre, ivre de douleur, emportée par la souffrance. Elle a laissé sortir toute sa peine pendant des heures puis s’était endormie alors que la nuit finissait, pelotonnée sur son futon comme un petit chat. Le jour l’a réveillée dans un frisson, elle ne s’était pas couverte. Elle a un peu froid. Et ses larmes coulent toujours. De honte, de peur de le perdre, de tristesse.

Elle se lève et va voir le jardin.

Elle s’assoit devant la porte, elle entoure ses genoux de ses mains et pose son menton dessus. Elle suit des yeux le papillon, et ses yeux peu à peu s’assèchent, elle regarde la fleur qui s’ouvre aux rayons du soleil, elle respire. Elle essaie de ne penser à rien, juste aux sensations d’être là et de ne rien faire, de laisser la terre tourner en toute liberté, de laisser respirer l’univers et peu à peu son cœur s’apaise.

Elle ne lutte plus. Elle laissait entrer en elle la sérénité de la nature. Elle est triste mais elle vit cette tristesse sans en accuser personne, même pas elle. Elle la laisse la traverser, simplement. Accepter.

Elle s’accepte enfin telle qu’elle est. Elle l’accepte aussi tel qu’il est, avec ses envies de fuir, de la fuir. De quel droit exigerait-elle quoi que ce soit de lui ?

Elle l’aime. même sans retour, elle sent cette vibration de vie en elle. Elle aime. Et cela suffit…

Jusqu’alors elle s’était refusée à se laisser aller à l’aimer. D’abord parce qu’il ne le voulait pas, considérant tout amour à son endroit comme un enfermement, et puis parce qu’elle en avait très peur. Elle enfouissait ses sentiments au plus profond d’elle-même pour pouvoir les nier. Mais il est inutile et dangereux de nier l’évidence, et la réaction qu’elle avait eu cette nuit n’était que le fruit de cet amour qu’elle avait refoulé et qui voulait malgré tout s’exprimer. Mal et de travers.

Elle entre dans la maison. Elle laisse tomber son kimono à ses pieds et reste nue. Elle a besoin d’être ainsi, de sentir l’air du matin sur sa peau, d’être ainsi qu’il l’a prise cette nuit là. Cette nuit où elle a hurlé de plaisir avant de hurler de douleur.

Elle s’assit devant la petite table et se mit à écrire une lettre qu’elle ne lui enverra pas.

« C’est parce que je t’aime que je vais cesser de pleurer, de gémir et de hurler ma douleur d’être rejetée. Je t’aime et je vais donc accepter cette souffrance et vivre avec elle, en faire ma compagne. D’une certaine façon, elle m’est chère car elle vient de toi.

Je t’aime et c’est pour cela que j’accepte que tu sois ce que tu es, que tu aies peur d’aimer, que tu aies besoin de séduire sans cesse pour te sentir exister, et que je vais, désormais m’écarter de ta route pour que tu te sentes libre vis-à-vis de moi.

Je t’aime et je respecte ta manière de vivre. Elle est toi et je l’accepte en tant que telle. Je ne te demande surtout pas de changer. C’est toi que j’aime, pas un idéal que j’aurais plaqué sur toi. Je t’aime et je vais m’occuper de moi pour que tu n’aies pas le sentiment que je te demande de me prendre en charge. Je t’aime et je vais apprivoiser ma douleur d’être loin de toi, car je ne veux pas t’en faire porter le poids. Je t’aime et je vais tâcher de construire mon bonheur toute seule car, de toute façon, tu n’en es pas responsable.

Je ne compte pas sur toi pour être heureuse. Sinon, qu’aurais-je à t’offrir ?

Je t’aime et je vais me mettre en vacance de toi. Travaillant, lisant, rêvant, cultivant le souvenir des bons moments que nous avons passé ensemble. Te laissant libre de revenir vers moi ou pas. Je t’aime et c’est pour cela que j’accepte de te perdre car si ton bonheur est ailleurs, il faut que tu ailles le chercher ailleurs.

Je t’aime et je ne veux pas être une entrave à ta vie, mais l’enrichir, bien au contraire.

Je t’aime profondément, je n’ai pas fait exprès. C’est comme cela. Cette chose que tu considères monstrueuse est arrivée entre nous. Tu ne l’acceptes pas, moi si. Ce n’est pas grave. Tu n’en es pas responsable, pas plus que je n’en suis coupable. Nous avons le droit de le vivre différemment. On ne se doit rien l’un à l’autre. L’amour n’est pas là pour répondre à un besoin. Il est, c’est tout. L’amour est libre, il ne s’impose pas. Sinon, c’est de la dépendance. Et je ne suis pas dépendante de toi. Je peux très bien vivre sans toi. Même si j’ai l’impression que ma vie serait plus riche avec toi. Je t’aime et c’est pour cela que j’accepte que tu puisses ne pas m’aimer.

C’est parce que je t’aime que je ne te le dirai pas, que je ne t’enverrai pas ce texte. Car je sais que tu ne peux l’entendre.

Je t’aime et ne vais rien dire, ni rien faire. Etre absente et peut être attendre que tu reviennes vers moi. Peut être pas… Je ne sais pas. J’ai besoin d’autre chose que cette manière que tu as d’être avec moi. Je suis désolée.

Je t’aime et je vais aimer cette femme qui t’aime.

Garder comme un trésor ces moments de bonheurs avec toi… En jouir…

Et vivre… »

Elle posa sa plume.

Son amant est entré par le jardin. Elle ne le voit pas. Elle est belle, la soie sombre de ses cheveux épars étalés sur le sol, son corps lisse et doux, ses fesses rondes qu’il aime tant toucher, ses seins blancs et tendres…

Il se pose près d’elle, et sa main caresse.

Elle sursaute un peu, ouvre les yeux, le reconnaît, son papillon volage qui était parti, qui est revenu, qui repartira sans doute… elle sourit et se donne.

PS: toute ressemblance avec des personnes existantes en ce moment dans ma vie est purement forfuite… si, si…

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