Une vieille histoire… (créée et recréée)

-         Le problème, Henry, c’est que lorsque tu fais l’amour, tu ne fais l’amour qu’à toi-même…

-         Arrête, c’est n’importe quoi….

-         Si, je t’assure. Maintenant, je le vois. Comme Narcisse, les autres ne sont pour toi qu’un miroir dans lequel te mirer.

-        

-         Tu m’as aimé, enfin, tu as eu l’impression de m’aimer parce que je te ressemblais. Nous avions tellement de points communs… J’étais un autre toi-même. Nous sommes nés dans la même ville, nous avons le même type de sensibilité et d’intelligence, nous aimions les mêmes choses…

-         Tu dis n’importe quoi… Je t’ai aimée, enfin, j’ai cru t’aimer, comme tu le dis, parce que j’avais besoin de me rassurer après ma rupture… c’est tout. Et puis, lorsque j’ai été rassuré, eh, bien, je …  Tu me fais de la psychologie de bazar…

-         Non. Je sais ce que je dis. J’ai cru à ton explication, au début. Mais cela ne collait pas. Tu n’es pas un mec « prédateur », qui utilise les femmes pour leur égo. Cela ne collait pas avec ce que nous avions vécu, à ce que j’avais ressenti de toi. Je restais blessée et je ne comprenais pas. C’est pour cela que je n’arrivais pas à faire le deuil. Quelque chose nous échappait dans cette histoire. Et je dis « nous » car toi aussi, tu avais du mal à tourner la page. Cela se voyait… Cela se voit. Si nous sommes là, face à face, tous les deux, c’est pour cela. Il y a entre nous un parfum d’inachevé insupportable. Enfin, surtout pour toi, car moi, depuis que le voile s’est déchiré, je vais mieux. J’ai admis, enfin, que je n’avais pas besoin d’un homme comme toi. Ce que je veux dans ma vie, c’est un homme équilibré qui sache vivre une relation normale. Ce que tu ne sais pas faire.

-        

 

Manon regardait cet homme-enfant qu’elle avait tant aimé, et elle se demandait si, malgré son discours, elle ne l’aimait pas encore. Il l’émouvait. Elle avait envie de le bercer dans ses bras et de le rassurer, elle avait envie d’en faire un homme. Mais c’était idiot. C’était à lui de grandir. Elle n’y pouvait rien. Et elle savait au fond d’elle-même qu’elle ne pourrait aimer longtemps un homme tel que lui.

Il y avait un combat titanesque en elle, combat qu’elle avait décidé de conclure une fois pour toute grâce à la raison.

Elle avait besoin de vivre une relation de partage et d’amour, pas d’être le miroir d’un homme perdu dans sa propre contemplation. Elle devait s’épanouir elle aussi, et pour cela être la compagne aimée d’un autre homme. Mais son amour pour Henry résistait au fond de son inconscient. Mélange de sentiment maternel et d’amour de femme, de tendresse et de désir. Refoulé mais vivant.

 

Il baissait la tête. Ce qu’elle lui avait dit avait fait mouche, mais c’était dur à entendre. Il ne l’acceptait pas. « C’est normal », se dit-elle « le narcissique ne se rend pas compte de son problème relationnel, tant qu’il peut séduire. Le vide intérieur se creuse insidieusement et c’est lorsqu’il se retrouve seul, à la fin de sa vie, parce qu’il n’a jamais rien pu construire de vrai, de fort, qu’il réalise, trop tard. Et là, c’est assez terrible. Mais Henry est un homme dans la force de l’âge, séduisant, qui se perd dans son travail et les rencontres faciles et qui oublie de penser à l’avenir. Il ne voit pas le gouffre qu’il est en train de creuser… »

-         Je n’aurais peut être pas du te dire cela.

-         Pourquoi ?

-         Je ne sais pas si tu es capable de l’entendre. Et puis, ce n’est pas mon rôle. Je n’ai pas de rôle, désormais dans ta vie, d’ailleurs. Je n’en ai plus… Alors, je ne sais pas pourquoi je t’embête avec cela…

-         Tu te trompes…

-         Peut être…

 

En partant, ce soir là, après avoir récupéré ses affaires qui étaient restées chez lui depuis un an, depuis qu’il l’avait jetée, elle se disait que non, elle ne se trompait pas.

Il y avait tellement de signes qui auraient du l’alerter dès le départ… Le miroir de l’entrée qu’il avait posé en lui disant «  c’est pour toi, pour que tu te regardes en partant »… Elle avait été attendrie de l’attention.

Désormais elle réalisait qu’il n’y avait jamais eu que lui qui se regardait en partant. Elle n’avait même pas songé à le faire d’elle même… Cela ne lui ressemblait pas.

En fait, il faisait sans cesse la confusion entre elle et lui. Il ne l’aimait que parce qu’elle était lui. Et sa sensibilité l’avait su. Elle se souvenait maintenant qu’elle s’appliquait, sans même en avoir conscience, à l’imiter. Elle le singeait littéralement, cachait ses différences, les estompait et se calant en permanence sur ses goûts, ses habitudes et ses envies à lui.

Les rares fois où elle avait demandé quelque chose pour elle, il avait regimbé. Immédiatement. Cela « lui portait peine ». Il ne pouvait pas.

Et puis, au bout de 6 mois, la différence évidente qui était toujours entre deux êtres, ne serait-ce que la différence sexuelle (elle était incontestablement une fille et lui un garçon) a éclaté et il l’a rejetée comme un fardeau trop lourd, sans états d’âme, comme si elle l’étouffait de sa différence.

Narcisse s’était noyé dans son reflet et avait besoin de partir en chercher un autre.

0 commentaire à “Une vieille histoire… (créée et recréée)”


  1. Aucun commentaire

Laisser un commentaire


Commentaires récents

Visiteurs

Il y a 1 visiteur en ligne
  • Album : New york
    <b>rue1.jpg</b> <br />
Rejoignez Viadeo, le réseau social professionnel choisi par Agnès Falabrègues et plus de 40 millions de professionnels

Laisse moi mettre des poème... |
Le Dragon de la Rivière |
Tisseurs de Mondes |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Nothing to Say
| Au delà des apparences...
| Les Aixclats du coeur