Chronos

C’était vrai ce qu’il disait… Que la rencontre, celle qui compte, se fait « comme ça », sans qu’on y pense.Sans doute, elle y pensait trop. Sans doute, elle demandait trop et trop vite à la vie, aux hommes. Elle avait fait des progrès, mais ce n’était pas encore cela.

Fermer les yeux et attendre, confiante, qu’un baiser vienne un jour se poser sur ses lèvres…

Ou plutôt, non, ne rien attendre et être simplement bien, dans sa vie, chaque instant. Ne pas tout gâcher dans une attente stérile…

Cela lui faisait peur…  Si peur… encore. Au fond, la vie, le bonheur lui faisait terriblement peur et elle sabotait systématiquement toute chance d’y accéder. Elle n’attirait que ceux qui ne savaient pas aimer, ceux qui ne pouvaient être heureux, simplement, dans un partage libre et épanouissant. Elle avait peur de recevoir parce que, enfant, recevoir avait été trop lié à une menace de mort.

Elle haïssait le temps. Le temps menait tout droit à la mort. Implacable. Le temps dévorait tout: elle, ce qu’elle aimait, l’espoir et la beauté. Le temps abîmait la vie, le temps vous entrainait vers la mort avant que d’avoir vécu, avant d’avoir pu goûter au bonheur. Et puis ensuite, c’est fini. Trop tard…

Trop tard, deux mots qui la glaçait d’angoisse. Trop tard, circulez, il n’y a rien à voir, la pièce est finie. « Tu n’as pas su saisir l’instant et il s’est envolé comme un papillon. Il ne reste rien dans tes mains qu’un peu de cendres amères… »

La nuit précédente, elle s’était réveillée en larmes, oppressée, haletante. Il lui avait fallu de longues minutes pour se calmer et reprendre une respiration normale. Elle avait revécu son enfance, revécu cette douleur atroce de n’être rien. De n’appartenir à aucune famille et surtout pas à la sienne.

Non pas abandonnée. Pour être abandonnée, il faut pouvoir perdre quelque chose. Elle, on ne lui avait rien donné… que pouvait on lui reprendre ? On avait satisfait ses besoins physiologiques mais elle restait transparente, inexistante… Un spectre.

Ce n’est pas évident d’être un spectre, à 1 mois, à 8 ou 10 ans, à 20 ans et ensuite …

 (ça, c’était avant… ces journées de fin avril…)

0 commentaire à “Chronos”


  1. Aucun commentaire

Laisser un commentaire


Commentaires récents

Visiteurs

Il y a 1 visiteur en ligne
  • Album : New york
    <b>rue1.jpg</b> <br />
Rejoignez Viadeo, le réseau social professionnel choisi par Agnès Falabrègues et plus de 40 millions de professionnels

Laisse moi mettre des poème... |
Le Dragon de la Rivière |
Tisseurs de Mondes |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Nothing to Say
| Au delà des apparences...
| Les Aixclats du coeur