Gérer le temps…

Nous sommes entrés dans l’ère de la gestion. Il nous faut désormais, non pas vivre mais gérer…

Gérer nos relations, gérer notre carrière, gérer la production ou la consommation, gérer, aussi, le temps.

Je n’aime pas.

Tout homme qui se refuse à entrer dans ce système est voué à l’isolement et à l’incompréhension des foules. J’ai lu, il y a un moment, un excellent essai d’Ernst Jünger sur le temps. Il y parlait, d’une manière à la fois poétique et philosophique qui lui est propre, du monde d’avant l’invention des horloges mécaniques.

Dans ces temps anciens, c’était l’homme qui jaugeait le temps. (Et non l’inverse). La période, l’instant, le moment étaient des notions personnelles avec lesquelles il fallait penser en terme de différence. Chacun avait son propre étalonnage…

Et le monde tournait quand même. On naissait, grandissait, aimait, souffrait, mourrait… de la même manière quaujourd’hui…

Mais au moins, on avait une liberté essentielle: on n’était pas les esclaves du temps.

Nous n’étions pas obligé d’obéir à cette dictature implacable qui égrenne seconde après seconde le temps qui vous est imparti. Il n’y avait pas ces limites imbéciles et rigides qui vous obligent à être sans cesse sur le qui-vive… Personne ne vous attendait à une heure précise.  C’était votre personne que l’on attendait et pas un rendez-vous abstrait. Et à cette personne on acceptait d’accorder la souplesse de vivre, y compris des imprévus. 

On n’était pas assujetti à un chronomètre qui tictaque sans jamais tenir compte du facteur humain, de la voisine qui a besoin d’aide, de l’enfant qui tombe et qui pleure ou de la beauté d’un paysage sous le soleil couchant entrevu au  détour du chemin et comtemplé, parce que la beauté d’un tel spectacle est éphémère et qu’elle fait du bien. Des évènements de la vie, petits ou grands que l’on apportera ensuite à celui qui nous attend, dans un partage qui fait de nous des humains et non des machines.

Et puis, au fond, l’attente pouvait faire partie de la rencontre. C’était un moment de pause pour s’y préparer, s’ouvrir à l’autre, l’accueillir. Il viendrait lorsqu’il pourrait. Il avait donné sa parole… Il viendra

Et on vivait autre chose en l’attendant. N’ayant pas d’échéance exacte, on ne s’arrêtait pas dans une attente stérile. On n’avait pas attribué à cette portion précise de temps une fonction unique et en cas de retard, on avait bien d’autres choses à faire, à finir ou à entreprendre. C’était la règle du jeu. La souplesse.

Je regrette cette période en ce qui concerne la gestion du temps. Elle convient mieux à mon envie de liberté, à ma manière de rester ouverte à un futur que je ne connais pas, à la non obligation d’avoir une organisation stricte et prédéterminée qui laisse fort peu de place à la fantaisie, à la créativité et au simple sentiment de se sentir vivre sans pression.

D’une façon ou d’une autre, qu’on essaie de la maitriser et de la contrôler en l’enfermant dans un emploi du temps précis ou qu’on la laisse se déployer sereinement, la vie passera. Ni plus vite, ni moins vite, et au final, ce n’est pas la quantité de choses qu’on aura réussi à faire dans un minimum de temps qui va compter mais ce qu’on a réussi à être…

2 commentaires à “Gérer le temps…”


  1. 0 Robert 9 fév 2010 à 7:40

    Je n’ai pas lu les œuvres de Ernst Junger, mais votre commentaire à propos de lui m’a encouragé à lire quelques articles sur ses idées (je n’étais pas capable de trouver son essai sur les horloges de sable). Dans un essai autour de lui, quelqu’un a dit que nous ne pouvons pas jouer à moins que nous perdons le sens du temps. Les enfants qui jouent doit être rappelé sur le temps de leurs parents. Cela semble vrai.

    Ses idées certainement nous aider à essayer de regarder les temps différemment. Il est si facile de supposer que la conception occidentale du temps est le seul.

    Il semble aussi avoir quelques idées qui semblent contradictoires. Évidemment, il était préoccupé par les effets déshumanisants de travail mécanisé, et pourtant, j’ai été surpris d’apprendre qu’il était quelque peu semblable à Nietzsche: il a rejeté les valeurs libérales de liberté, de sécurité et de confort et il juge les gens par leur capacité à résister à la douleur et le sacrifice. Il craignait que les ouvriers pourraient être victimes de travail, et pourtant, il a estimé la douleur était bon.

    Comme quelqu’un qui a travaillé pendant des années dans les usines, je suis familier avec l’esclavage des horloges, de production et mécanisation du travail. Junger pourrait dire qu’il renforcé mon caractère, mais il aurait également été concernés que j’ai été victime? Je devrais lire plus à le faire comprendre …

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  2. 1 Legué B, samère,çà amère...ma mère!!! 26 mar 2010 à 15:55

    Journée clOAUque (j’aime bien écrit comme çà!).
    J’ai fait une petite révision rapide de mes signets informatiques favoris, dont l’attrape mots, que je n’avais pas lu depuis longtemps.
    Pas de doute ce que je préfère dans les écrits d’Agnès, c’est l’humour du quotidien . « Gérer le temps » : je retrouve bien là notre société « occidentalisée », que j’imagine en personnage de BD, et qui, dans une absortion massive d’ horloges géantes subit le plus indigeste des progrès.Aujourd’hui tout un chacun, omnubilé par les doxa des médias, fouille au fonds de soi à la recherche de son horloge biologique!!! De vraies petites « Alice au pays des Merveilles » s’enfonçant au coeur de l’humain, pour y dégoter….. une nouvelle montre ! Les psy n’ont pas à s’en faire… c’est du boulot pour l’avenir !

    Raccourci visuel très juste sur le pénis ! tel les haiku japonais revisité en mangas !

    Quand aux femmes, je dois relire, le temps est passé et j’en ai perdu l’idée pour ma réponse!!! L’horloge bio ou l’Alzeimer !

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