Dostoïevski

« L’homme est malheureux parce qu’il ne sait pas qu’il est heureux… Ce n’est que cela !!! » Les Possédés.

La dépression (je ne parle pas de la dépression pathologique, mais de celle de nos vies quotidienne de petits névrosés communs…, la petite dépression qui se traîne au long cours et qui empoisonne l’air de rien, notre univers), c’est ne vouloir (ou ne pouvoir) voir que le négatif d’une vie. Ou plutôt de pratiquer une subtile dichotomie: On ne voit que le négatif de notre vie, et que le positif de la vie des autres. Le résultat est bien évidemment particulièrement désolant…

Ce qui est étonnant, c’est de voir à quel point on s’accroche désespéremment à cette vision de la réalité. Comme si on avait peur de ne plus être malheureux…

Des côtés négatifs, tristes, des manques, il y en a toujours dans la vie. Ces moments de baisse d’énergie, des vides, ces tristesses, font partie intégrante de toute existence normale. Ca va, ça vient… et ce sera passé demain ou après demain… puisque tout change tant qu’on est vivant.

Mais justement, as t-on envie d’être vivant ? Se l’autorise t’on ? Nous a t’on autorisé à l’être ?

En d’autre termes, nous a t’on autorisés à vivre la tristesse comme la joie ? A égalité pour l’un et l’autre? Nous avons parfois l’impression que nous devons être heureux, parfaits, toujours au top, au risque de décevoir nos géniteurs (surtout nos génitrices) au narcissisme fragile… Etre simplement nous-mêmes, avec des hauts et des bas, sans être des gagnants « obligatoires » remetraient trop violemment en cause la réussite de leur mission parentale, et par là même eux mêmes.

Faire comme si on pouvait être heureux tout le temps, tout de suite et sur commande, parce qu’il est « normal » de l’être, est la porte ouverte à la dépression (parce qu’on voit bien que cet idéal est inaccessible, enfin, il faut bien avouer qu’en fait, on s’est bien débrouillé pour le considérer comme inaccessible). Ou bien, on masque le problème par un faux self et on se construit un personnage qui obéit aux normes imposées, fait semblant d’être heureux et vit une vie « parfaite » vide de sens à notre place, pendant que meurt le vrai soi.

Bref, la dépression… quelles qu’en soient les causes, comment ça marche parfois ?

Comment peut-on, au long d’une vie se laisser couler dans un flot morne et gris de tristesse, sans espoir d’aborder quelque part? Comment peut on s’y enfermer un jour, et ne plus vouloir en sortir ?

Non, je ne sais pas.

(sinon, ma fortune serait faite !!!!)

Mais je sais qu’il y a des attitudes qui « aident » à s’y complaire. Dont celle dont je parle dans le début de cet article: ne voir que le négatif et refuser de faire autrement sur la foi de certitudes que l’on renforce soi même.

Si l’on est seule, on regrette de ne pas avoir de partenaire, si l’on est en couple, on regrette que le partenaire ne soit pas à la hauteur, si on a du travail, il est stressant, si l’on n’en a pas, on est nul. Et à mesure que l’on envie ce que l’a pas, on le pare de toutes les vertus et on ne voit pas ce que l’on a. On devient jaloux de ceux qui ont ce que nous désirons sans voir qu’on s’illusionne bien souvent sur ce « trésor » et qu’en plus on ne voit pas qu’ils n’ont pas ce que nous, on a.

Parce que, ce que l’on a, n’a pas d’importance. On refuse de le voir, on le néglige, on le minimise, on l’oublie. On préfère se focaliser sur nos manques et nos douleurs jusqu’à l’obscession et on passe à côté d’une vie qui, sans être parfaite, est plus que supportable.

En même temps on imagine que tout sera réglé, qu’il n’y aura plus d’ombres dans notre vie lorsqu’un jour on obtendra l’objet de nos désirs. Enfin, on aura comblé notre manque.

Cet homme (cette femme) qui nous aimera sera parfait, nous comprendra et nous permettra de nous épanouir pleinement, ce travail que l’on obtiendra nous rendra à nous mêmes et nous redonnera toute notre dignité…

C’est un leurre…

Et la porte ouverte à toutes les desillusions. Désillusions qui vont ensuite nous renforcer dans notre conviction stupide que nous n’avons pas le droit, ou la chance, de pouvoir être heureux… D’ailleurs, il est étrange de constater que nous agissons souvent comme si c’était précisément là notre souhait. Pour plus de sécurié sans doute, pour donner raison à nos croyances, on fait tout pour le rendre inaccessible, ce bonheur…

On le met sur un pied d’estal, on le rend global et idéal, on le grime en potion magique. Et on se désinvestit de notre responsabilité dans son élaboration. Il faut qu’il nous soit donné, en bloc, parfait, comme un cadeau du père Noël.

Alors qu’il est là, à portée de main sous nos yeux aveugles, qui attend patiemment qu’on veuille bien le construire peu à peu, l’accepter tel qu’il est: imparfait, lacunaire, fragile, en pointillé… mais tenace.

Comme nous…

Nous refusons obstinément de voir le problème autrement, nous nous obstinons à rester crispés comme si c’était l’unique voie de notre salut. Et comme cela ne marche pas. Forcément. On se renforce dans l’idée que nous ne l’aurons jamais, ce bonheur…

 Et à force de se mordre la queue, on se dévore tout entier.

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