De la religion sinon rien…

 

Hier soir, je suis allée voir un opéra, Le Concile d’Amour, adapté de la pièce d’Oscar Panizza, un auteur suisse allemand un peu fou de la fin du XIX ème siècle (il est mort en 1921). Il y attaque violemment l’Eglise catholique accusée de toutes les dépravations (avec raison en ce qui concerne l’époque incriminée, le règne des papes Borgias qui ont « un peu » exagéré dans la licence morale…) et la Religion dans son ensemble.

Farce burlesque autant que dénonciation délirante, la pièce est pourtant porteuse de messages d’un réel humanisme. Elle défend le respect de l’homme, de sa faiblesse comme de sa grandeur, de son droit inaliénable à la liberté et à l’amour véritable.

Las ! l’Opéra n’a pas tenu ses promesses. Il nous a été imposé un sermon ennuyeux et finalement bien pensant, pas de délire, pas de burlesque, pas d’humour… On reste dans les limites de la décence, du politiquement correct, on ne prend pas de risques, on se méfie de la folie…

La folie ouvre pourtant bien des fois les portes de la sagesse… Par son outrance même, elle a le culot de déranger les idées reçues et de faire bouger les choses. Idées reçues souvent sclérosées et porteuses de souffrance sous leur apparente bienséance.

Mais… c’était un exercice difficile et… eh bien… on ne réussit pas toujours… Qu’importe.

La vision de Dieu et des rapports religieux dans cette pièce m’a cependant interrogée. Rien d’immanent, de transcendant, de spirituel dans cette pièce. Un vieux Dieu cacochyme perclus de rhumatismes, prisonnier du temporel, personnage issu des images d’Epinal de l’époque (le vieillard à la barbe blanche) et qui se plaint de ne pouvoir mourir, une vierge perverse qui détient la réalité du pouvoir sur les hommes, un Jésus minable « qui se laisse manger » comme dans un mauvais roman cannibale…

Pas grand-chose à voir avec la théologie, quelle soit catholique ou d’un autre bord.

Mais cette image de la trinité (Marie tenant plus ou moins le rôle du St Esprit, absent) est fort instructive pour comprendre la société qui lui a donné naissance, ce XIX eme siècle supposé si religieux, voire fanatique et puritain.

En fait, il me semble que ce XIX eme siècle a, au contraire, malgré le nombre de ses églises et de ses prêtres et religieuses, été le plus matérialiste et athée de l’histoire de l’Europe. Si religion il y a eu, ce ne fut que la religion de l’argent et du pouvoir que celui-ci procurait. La religion n’étant que le bâton merdeux du pouvoir utilisé pour asseoir la domination sans partage de la bourgeoisie sur  le peuple. Enseigner la résignation aux volontés divines, ainsi que la promesse d’une récompense au ciel, d’autant plus importante que les souffrances endurées étaient nombreuses et profondes, permettait à la classe dominante d’asservir sans culpabilité d’autres être humains qui n’avaient pas la chance d’être « bien nés ». Mettre l’opprobre sur le plaisir et la liberté que l’on pouvait vivre en dehors du Travail aboutissait au même résultat.

Dieu est celui que l’on doit « craindre », qui juge, qui condamne et qui trône sur un fauteuil doré entouré de ses anges, la barbe blanche et le regard sévère.

Où est la douceur et l’amour du prochain des Evangile, où est la nature intemporelle de la divinité (pour laquelle être jeune ou vieux n’a également aucun sens), où est la liberté de l’homme sans laquelle il ne peut y avoir d’amour ? Ben… Certainement ailleurs que dans cette religion masochiste et sociale, une religion qui a servi de prétexte à une domination politique, un simulacre que l’on retrouve encore chez les intégristes de tous poils qui se servent de la marionnette Dieu, créé à leur image,  pour asseoir leur propre puissance. Et l’on exige des sacrifices, et l’on tue, et l’on fait tuer pour la plus grande gloire de ce soi-disant Dieu.

Pas étonnant que les hommes respectueux de leur semblables ne supportent pas ce Dieu fantoche et le dénoncent comme faux… Ils ont raison. Ce Dieu là n’existe pas.

Quant à savoir si un vrai Dieu existe, c’est l’histoire privée de chacun de nous… Cela ne peut donner matière à opéra…

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